Bilan provisoire au matin du 18 juin 2007 :hours
- visionnages du film : fait (dont deux fois au cinéma)
- lecture-accrochez-vous de « Mrs Dalloway » : fait (et si ce n’est pas fait pour vous, allez jeter un œil à mon post)
- chapardage éhonté du bouquin « The Hours » : fait
- mémoire de master : écarté
- expérience homosexuelle : pas fait
- litre de thé vert à l’amande : prêt
La lecture de « The Hours » est déclarée ouverte.

Le pitch : Ce livre raconte une journée dans la vie de trois femmes : Virginia Woolf dans l’Angleterre des années 1920, Laura Brown dans la banlieue de Los Angeles des 50’s, et Clarissa Vaughan à New York de nos jours. Tout semble séparer ces trois femmes. Seulement, leurs destins sont intimement liés par « Mrs Dalloway »: l’une l’écrit, l’une le lit et l’autre le vit. Trois portraits de femmes qui se superposent et s'entremêlent par delà l’espace et le temps .

Je suis bien contente d’avoir lu « Mrs Dalloway » avant ! Je pense que la lecture de « The Hours » prend tout son sens si on lu Woolf, parce que le livre y fait constamment référence, de façon implicite ou non, au niveau de l’histoire, du style... Mais en même temps, je pense qu’on peut tout à fait apprécier le livre sans cela.

Il faut un peu connaître l’histoire de V.Woolf cependant. Là c’est pas bien compliqué, il suffit de savoir qu’elle faisait partie du Bloomsbury Group (un groupe d’intello qui se la pétait un peu et où tout le monde batifolait avec tout le monde), qu’elle avait des crises de folie (pendant lesquelles elle entendait des oiseaux chanter en grec) et qu’à cause de ses problèmes de santé, elle s’est retrouvée bloquée dans la banlieue de Londres qu’elle ne supportait pas (comme je la comprend). Elle finit par se suicider par noyade dans la rivière Ouse en 1941. Elle a révolutionné en littérature le modernisme dit britannique, avec sa technique d’écriture (« the stream of consciousness ») par laquelle elle explore les pensées les plus profondes de ses personnages. En gros. Je devrais écrire des articles Wikipédia.

J’ai trouvé le style de Cunningham admirable, inspiré de Virginia Woolf, mais pas vulgairement imité de. Il ne suffit pas de faire de longues phrases états d’âme en commentant de temps à autre le paysage pour recréer la complexité des personnages woolfiens. Cunningham réussit à traduire le flot de pensée de ses héroïnes solitaires en adoptant à chaque fois un ton s’accordant avec leur propre environnement. Et pour aboutir au même résultat : l’exploration en profondeur de ses personnages, de leurs souffrances, de leur amour, qui contraste vivement avec leur rôle social se révélant pur masque. Tout transparaît à travers de petits gestes, de petites observations. Et l'on flotte avec elles, l'on vit leur rêve éveillé avec elles ! Qui se douterait que derrière Laura Brown, la mère au foyer lisse et aimante, se cache une femme prête à tout plaquer mais épouvantée par cette perspective? On voit comment la confection d’un gâteau traduit cette détresse. En même temps, il y a des scènes qui, si elles sont peu spectaculaires, sont très marquantes : quand Virginia organise les funérailles d’un oiseau, quand Laura fait participer son garçon à la confection du gâteau, quand Clarissa tente de réjouir son poète.

L’auteur met également en lumière un grand principe de « Mrs Dalloway » : la connection des « caves ». V.Woolf disait en effet qu’elle creusait de grands tunnels derrière ses personnages, révélant leur moi le plus profond. Enfin, s’il fallait traduire exactement, faudrait dire « caverne » et pas « tunnel », mais c’est mon blog et je fais ce que je veux. Et tout l’intérêt de « Mrs Dalloway », c’est le lien souterrain et insoupçonnable entre les personnages, entre Clarissa Dalloway et Septimus. "The idea is that the caves shall connect, & each comes to daylight at the present moment.” qu’elle dit. Bon ici, c’est moins subtil, on voit clairement ce qui les relie (le livre), mais c’est bien quand même.

Et comme chez Woolf, on retrouve cette importance du sacrifice (suicide ou disparition) qui est en réalité un éloge de la vie.
Dans le film, les dernières paroles de V.Woolf expriment très bien cela :
« Dear Leonard. To look life in the face, always to look life in the face and to know it for what it is, at last, to know it, to love it for what it is, and then to put it away. Leonard, always the years between us, always the years, always the love, always the hours.” 
Le poète choisit de mourir pour garder intacte la vie,en lui et chez les autres. Mourir pour des idées. Il y a ce moment extraordinaire où Virginia Woolf choisit lequel de ses personnages dans « Mrs Dalloway » va être sacrifié : 
« Clarissa will be bereaved, deeply lonely, but she will not die. She will be too much in love with life, with London. Virginia imagines someone else, yes, someone strong of body, but frail-minded; someone with a touch of genius, of poetry, ground under by the wheels of the world, by war, by government, by doctors; a someone who is, technically speaking, insane, because that person sees meaning everywhere, knows that trees are sentient beings and sparrows sing in Greek. Yes, someone like that. Clarissa, sane Clarissa – exultant, ordinary Clarissa- will go on, loving London, loving her life of ordinary pleasures, and someone else, a deranged poet, a visionary, will be the one to die." On sait que Virginia pense en même temps à son propre sacrifice et on ne peut s’empêcher de penser à cette scène très marquante qui ouvre « The Hours » : le corps de Virginia Woolf flottant comme un fantôme dans l’Ouse.

Malgré tout, je n’ai pas trouvé le livre triste. Je l’ai pris comme une réflexion sur la vie et sur les choix à faire pour lui faire honneur et affronter son destin.
On voit des personnages qui s’aiment, qui rient. Car ce livre est aussi un éloge de l’amour qui donne un sens à la vie des personnages. Et moi l’amour, je trouve ça cool.

Voilà, j'ai fait ma pub! Si vous n'êtes pas convaincus, allez du côté de chez Lilly ou encore Cécile.
Qui elles aussi battent des deux mains devant un livre dont l'auteur est... toujours vivant bizarrement.

Edit: au diable la distance critique, lachez tout et courez voir le film, achetez vous le dévédé en dix exemplaires pour être sûrs que vous en aurez toujours un quoiqu'il arrive. C'est une véritable merveille, les acteurs sont juste fabuleux (mention spéciale à Nicole et son nez, Ed avec sa robe de chambre), la musique superbe, et tout le film finit par vous tordre les tripes d'émotion.

Verdict: Je relirai.