un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

06 juillet 2008

Le Pavillon d'Or - Yukio Mishima

C’est l’expo Hokusai qui m’a rappelé que je n’avais encore jamais lu d’auteur japonais, même si cela faisait très longtemps que je chérissais le projet de lire Mishima.

Au départ, il y avait un garçon aux cheveux décolorés (se fournissant exclusivement chez Muji), qui en parlait avec des trémolos dans la voix (de Mishima et Muji) et a donc suscité mon intérêt (pour Mishima et Muji).

Quelques années plus tard, en juin 2008, j’avais acheté les flacons à pompe et le taille-crayon transparents mais je n’avais toujours pas lu Mishima. Aujourd’hui, c’est chose faite.

 

Mon choix s’est porté sur Le Pavillon d’Or parce que c’est ce que le monsieur de Compagnie m’a conseillé et que je crois tout ce qu’on me dit.

 

Pitch : Nous sommes à Kyoto et la fin de la Seconde Guerre mondiale approche. Mizoguchi devient bonze novice au Pavillon d’or. Il conçoit tout d’abord de l’indifférence pour ce temple, mais petit à petit le Pavillon d’or étend son emprise sur lui. Le jeune bonze, laid et bègue, ressent une grande fascination pour ce bâtiment qu’il considère comme l’incarnation de la beauté. Cette fascination se transforme graduellement en obsession puis en haine pour ce qu’il considère comme une provocation envers sa propre laideur. C’est ainsi que naît en lui l’idée du crime ultime.  

 

Voilà un bien beau roman amis lecteurs, qui étudie les mobiles d’un véritable crime ayant eu lieu à Kyoto en juillet 1950. Mishima laisse de côté toute considération triviale et terre-à-terre pour ne se concentrer que sur l’excuse bidon improvisée par le jeune bonze du fait divers : il aurait commis ce crime par haine de la beauté. Genre.

Néanmoins cette justification a le mérite de fournir une belle matière de réflexion pour un roman et Mishima s’en est donné à cœur joie. La beauté est ici principalement décrite sous la forme du Pavillon d’Or que le narrateur dépeint tout au long de l’œuvre : le jour, la nuit, au crépuscule, en été, au printemps, en hiver, en automne, avant une tempête, mais aussi telle qu’elle lui apparaît dans ses songes et hallucinations. D’autres paysages sont décrits : un bord de mer, un parc, un port, la campagne. Les descriptions m’ont beaucoup fait penser aux estampes japonaises d’Hokusai, mais mises en mouvement, par la finesse des détails, la nuance des couleurs. On imagine le manuscrit écrit au pinceau à calligraphie.

 

Cependant, ça fait beaucoup de descriptions. A la fin, je n’en pouvais plus du Pavillon d’or. En plus, le style est du genre « padamboum » comme l’a finement analysé Praline, c’est-à-dire que l’on part souvent dans de grandes envolées. Je n’ai rien contre les grandes envolées ; une de temps en temps ne fait de mal à personne, mais il faut savoir que longtemps, je n’ai pas pu supporter Hugo à cause de ça (d’ailleurs on ne peut toujours pas me parler des poèmes). Bon, les descriptions du Pavillon d’Or n’arrivent pas au niveau de la description de Notre-Dame mais j’ai du morceler ma lecture pour éviter l’overdose. Bien sûr, ceci est propre à mon expérience de lectrice et je ne jugerais quiconque ayant le goût du padamboum.

 

Mis à part le coup des envolées, j’ai trouvé ce roman merveilleux par l’analyse de la beauté et du mal qu’il offre - analyses souvent étonnantes, fines, percutantes qui enrichissent la conception ordinaire que l’on s’en fait. Le narrateur parvient à atteindre la beauté par le mal, créé du beau, ce qui m'a fascinée.

 

J’ai trouvé ça très intéressant de faire du Pavillon d’Or un être à part entière, comme voué d’une vie et d’intentions propres et déterminé à rendre le jeune bonze fou. Ben oui, moi j’estime qu’apparaître tel un mauvais rêve lors du « moment suprême » cher à Brassens, c’est vouloir nuire à quelqu’un.

 

Ce roman offre en outre une belle galerie de personnages complexes, ambigus, mystérieux. On apprend que les moines ne sont pas des anges. M’aurait-on menti… ?

 

Un très beau roman donc amis lecteurs, qui m’a donné envie d’en lire plus. J’ai donc La Mer de la Fertilité à m’envoyer cul sec. Reste à savoir quand !

 

 

Posté par celinevixen à 22:42 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Tu sais que tu me tentes bien ?
Puis bon, j'ai survécu à "Notre Dame de Paris" sans sauter de pages, alors peut-être que je serais assez résistante, une nouvelle fois ? (bien que, comme toi, je ne suis pas une grande fan des longues descriptions... peut-être parce que je suis incapable de visualiser ce qu'on me décrit).
"La Mer de la fertilité" est un groos livre, et je suis sûre que si ton libraire de Compagnie était là, il te dirait : "Céline, n'oublie pas Haruki Murakami, le fabuleux japonais auteur de "Kafka sur le rivage""
(j'espère que mon message subliminal est compréhensible...?)
Et bon courage pour ton boulot :-)

Posté par erzébeth, 07 juillet 2008 à 20:26

Après avoir survécu au grand Victor, Mishima c'est du petit lait ! Alors moi je vote pour la mer de la fertilité illico presto, non mais ;)

Posté par praline, 08 juillet 2008 à 12:17

Je viens de lire "le marin rejeté par la mer" et je n'ai pas trouvé le style trop "padamboum" (bon, c'est un roman court, ça n'a pas dû me paraître trop assourdissant) ; mais je ne signe pas pour la "mer de la fertilité", pas tout de suite, je dois me remettre de toute cette cruauté...

Posté par rose, 23 juillet 2008 à 11:34

Bon tu es taguée... mais j'imagine que l'agreg ne va pas trop permettre ce genre de bétises.

Posté par praline, 12 octobre 2008 à 02:11

Bivouac littéraire

Bivouac littéraire sur
http://poetaille.over-blog.fr
Venez comme vous êtes !

Posté par Gérard, 17 novembre 2008 à 17:01

De fil en aiguille, ou plutôt de blog en blog, je découvre le tien, justement. J'ai beaucoup aimé "Le pavillon d'or", mais c'était il y a longtemps. Alors, je ne vois pas très bien ce que tu veux dire: c'est quoi au juste le style padamboum?

Posté par Cleanthe, 26 novembre 2008 à 22:06

Je viens de découvrir votre charmant blog, par cet article sur Mishmima.

Merci à vous.

Posté par unevilleunpoeme, 13 janvier 2009 à 23:49

Tanizaki

Je viens de decouvrir ton blog (en trainassant au travail).

Bon alors moi je ne suis pas d'accord du tout pour commencer la litterature japonaise par Mishima, effectivement c'est presque douloureux de beaute mais bon, c'est un peu chiant.

Tu devrais lire "un amour insense" de Tanizaki (ca rappelle Lolita). Ou alors completement different, les bebes de la consigne automatique de Ryû Murakami. Ou alors le fameux Kafka sur le rivage dont tout le monde nous rebat les oreilles.

Mais tu sais, le cote "lis donc ce grand roman descriptif", ca m'enerve. Bien sur, le pavillon d'or est magnifique, mais je trouve qu'on en a une vision super-occidentale, les beaux chromos orientalistes zenifiants. Alors qu'en fait, la litterature japonaise, ca vit et ca dechire.

je sais pas trop pourquoi je me lance dans les commentaires de blog alors que je n'en fais jamais, mais j'ai carrement aime ce que tu disais sur le choix de Sophie, alors bon ...

Posté par ACD, 22 avril 2009 à 04:43

Je n'ai lu que Confession d'un masque de cet auteur pour le moment, que j'avais bien aimé, je pense que le prochain livre que je lirai de cet auteur sera Le Pavillon d'or, plein de fois que j'en entends parler...

Posté par MeL, 02 octobre 2009 à 00:43

Tiens, ça fait un moment que tu as mis cet espace à jour. Tes nouvelles lectures me manque. J'espère que tu reviendras nous voir bientôt!

Posté par Allie, 31 octobre 2009 à 20:19

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