Vous ferais-je l’affront de pitcher Mary Poppins ?

Je crois bien que oui, car je me suis rendue compte – horreur !  que pas mal de personnes ne connaissaient pas mon film préféré ou n’étaient plus trop sûres.

Pitch (version Disney avec Julie Andrews) :
17 Cherry Tree Lane. Londres. Début du XXè siècle
Jane et Michael Banks font fuir leur énième nurse, ce qui commence à agacer leurs parents, qui n’ont pas que ça à faire de les élever. Mr Banks, comme son nom l’indique, est banquier et fait des choses très compliquées de grandes personnes. Mrs Banks, comme son nom ne l’indique pas, est suffragette – activité ô combien estimable, mais prenante et pleine de risques. Jane et Michael décident donc de prendre les choses en main et rédigent eux-mêmes une petite annonce pour recruter une nanny, à l’insu de leurs parents. Arrive Mary Poppins, qui correspond aux critères. Comme elle le dit elle-même, elle est « pratiquement parfaite », et un peu sorcière aussi.
Les enfants, Mary Poppins et leur ami Bert forment une grande famille recomposée. S’ensuit une grande aventure dans un Londres magique, où l’on danse sur les toits avec des ramoneurs, où l’on saute dans un dessin et s’y promène, où l’on prend le thé en apesanteur car il suffit de rire pour voler. Mary Poppins parle de l’importance de vivre pleinement sa propre enfance, mais également de « devenir vieux sans être adulte » (copyright J. Brel) Voilà ce que ça donne chez Bert et Mary:

Maintenant un mot sur Bert, à mes yeux le personnage le plus intéressant de l’histoire car il est celui qui en bouleverse tout le sens.

Bert est un ami de longue date de Mary Poppins. Enfin ami… un ami qui flirte quoi. Il connaît et appartient à son univers magique. Tout au long du film, on le voit exercer plusieurs petits métiers romantiques comme homme orchestre, peintre des rues, ramoneur, dans lesquels il semble s’amuser comme un fou… « I draws what I likes and I likes what I do » déclare-t-il dans la scène du dessin. Il semble être l’un des rares adultes à ne pas l’être justement.

Mais.

Quand on regarde le générique de fin, on s’aperçoit que Bert et Mr Dawes sont joués par le même acteur : Dick Van Dyke.
Mr Dawes est l’affreux patron de Mr Banks, qui est convaincu qu’investir est la clef de l’avenir. Il n’a pas tout à fait tort, mais il casse un peu l’ambiance, surtout quand il essaie de piquer les pauvres tuppence (= deux pence) de Michael. Pour lui ces tuppence représentent le début de la fortune. Mr Dawes représente la vie dans sa mécanique, le prévisible, la rationalité, l’adultat. Cependant, à la fin du film il meurt de rire au sens littéral. Et à ce moment survient une scène cruciale : il s’envole, comme les initiés au monde de Mary Poppins quand ils rient. Voyez plutôt.

Mr Dawes s’envole quand il rit, tout comme Bert, et tous les deux sont joués par le même acteur. Troublant n’est-ce pas ? S’agit-il juste d’une blague de la part de Disney ? Ou Mary Poppins contient-il un sens caché beaucoup moins enchanteur que ce qui parait à première vue ? Car si le fait que ces deux personnages soient joués par le même acteur n’a rien d’une coïncidence, faut-il en conclure que Bert contient en lui Mr Dawes, lequel se révélera petit à petit au fil des années ? Il semble que l’on ne puisse échapper à l’adultat : la magie de Mary Poppins n’est qu’éphémère.

Et en effet, des indices préfigurant Mr Dawes apparaissent déjà en Bert : tous ces petits boulots sont amusants, mais demeurent des petits boulots tout de même. Il s’agit de gagner de l’argent, ne serait-ce que des piécettes. « No remuneration do I ask of you but me cap would be glad of a copper or two.” dit-il dans la scène du dessin. A copper or two: tuppence donc. Ah, ces fameux tuppence!

Il me semble donc que cet éloge de l’enfance qu’est Mary Poppins contient en son sein la menace de l’adultat. Si l’enfant ressurgit, c’est à la toute fin, quand l’adulte retombe en enfance. Vous avez dit désespérant ?


Edit: Bien sûr que je n'y pense pas quand je regarde Mary Poppins! Il ne faut pas exagerer non plus... Personne ne va me gâcher mon film préféré, pas même moi!

Chim Chimney Chim Chimney Chim Chim Cheeroo!