Il y a plusieurs livres monumentaux que je n'ai aucune envie de lire. Enfin, il ne faut jamais dire jamais, ma liste réduit progressivement au fil des années.

Par exemple, Moby Dick est sorti de la blacklist l'an dernier. Les sept cent pages de descriptions philosophico-scientifiques de cétacés ne me parlaient pas spécialement. Puis un jour une personne au goût très sûr autant en termes de gâteaux que de livres m'en a parlé avec un enthousiasme délirant. Donc j'ai emprunté l'édition Pléiade, histoire de me raccrocher aux notes (et je me suis accrochée en effet. Comme une noyée)(cette parenthèse n'est pas destinée à décourager qui que ce soit). Au bout de quelques mois semaines je suis sortie de l'épreuve non pas indemne, mais plus forte. Au final, ce fut une merveilleuse expérience de lecture.

La Recherche du temps perdu (ou La Recherche tout court pour ceux qui se la pètent) faisait également partie des pestiférés. Rapport aux phrases interminables, même qu'il faut souligner les sujet-verbe-compléments circonstanciels avec différentes couleurs pour en comprendre le sens, pour ensuite se demander si ce sens nous intéresse et si on a vraiment envie de partir à sa recherche pendant quelques milliers de pages. Bref, ma première expérience de Proust n'a pas été un franc succès.
Et puis à force d'entendre mes amis se demander mutuellement où ils en étaient dans la Recherche (mes amis se la pètent un peu), à force de me sentir exclue de ce cercle très privé, j'ai décidé de faire une seconde tentative d'approche de la bête. Mes motivations étaient purement sociales, très Guermantes dirons nous. Et ça marche assez bien je dois dire.
Pour ceux qui comme moi galèrent, je leur dis (comme on me l'a dit à moi) : commencez par "Un amour de Swann", la seconde partie du Côté de chez Swann. Le style est beaucoup plus accessible que le reste du tome, tout en nous donnant une idée de ce qui nous attend, et comme ce récit est détaché du reste de la narration, on ne se gâche pas la lecture en lisant cette partie en premier.
Et vous, z'en êtes où dans La Recherche?

Un des monstres que je ne pensais jamais lire, mais vraiment jamais, et que forcément je suis en train de lire sinon vous ne liriez pas ce post, c'est l' Ulysses de Joyce. Je ne le lis même pas de ma propre volonté. C'est pour mes cours (ah qu'elle est horrible cette phrase...). Je viens de lire les cent premières pages (il y en a huit cent), et j'ai cru que j'allais mourir. Pour vous donner une idée, Ulysses nous place dans la tête de quelqu'un, c'est-à-dire que vous avez accès direct à toutes ses pensées. Mais sans leur contexte. Mais oui, quand vous pensez, vous n'explicitez pas pour vous-mêmes toutes vos réflexions: il y a des blancs, des passages du coq à l'âne, des références à des événements ou d'autres pensées connus de vous seuls. Voilà, ça c'est Ulysses et je n'ai plus qu'un mois pour le lire.

Ce que j'ai compris: on est à Dublin et on suit deux personnages, Stephen Dedalus et Leopold Bloom. Le premier est artiste (mais je connais Portrait of the Artist as a Young Man du même Joyce, dont il est le héros et l'artiste en question, donc c'est de la triche). Le second est un négociant qui se fait cocufier par sa femme dès qu'il sort de la maison.
Voilà voilà.

En plein désespoir voilà ce que j'ai fait ce soir:
- j'ai acheté un "companion" sur Amazon.uk, un livre avec uniquement des notes explicatives sur une oeuvre. Des gens très sympas et intelligents se cassent la tête à notre place, mais ça a un prix. En livres, c'est déjà cher, mais quand on se rend compte que le dollar a deux fois moins de valeur que la livre, on se sent soudain mal.

- j'ai acheté une traduction française de Ulysses, la toute nouvelle sortie en 2004. Oui je sais, c'est TRES mal de la part d'une fille qui est spécialiste de littérature anglophone. Si ça sort d'entre ces quatre murs virtuels, j'irai mourir de honte au fond de mon lit (j'en profiterai pour dormir). Ce delai fatidique d'un mois me fait renoncer à tous mes principes. Je suis une fille perdue, et j'en rajoute à peine.

Dans un mois, vous aurez donc une vraie note sur Ulysses, et vous saurez si mes deux compagnons m'auront été d'une aide quelconque dans mon Odyssée. Je vous promets du sang, du travail, des larmes et de la sueur.

Vos encouragements et tuyaux seront acceptés avec reconnaissance.