29 juin 2008
Lily la Tigresse - Alona Kimhi
Avertissement: note à haute teneur en digressions girly et blogguesques
La scène se déroule à Gibert, haut lieu de perdition parisien. Il faut savoir que je me fais un devoir d’éviter cet endroit, tout simplement parce que je préfère donner mes dollars convertis en peu d’euros aux librairies indépendantes au lieu des supermarchés de la kulture. Je sais que ceci est discutable, mais il s’agit de l’un de mes petits snobismes.
Or donc je suis à Gibert, et la raison pour laquelle j’ai envoyé valser mes principes, c’est que je devais acheter mes bouquins d’agrégation dans les plus brefs délais, et que ça me gavait d’avance de courir tout Paris pour trouver les bonnes éditions. C’est donc les bras chargés de bouquins déprimants – sachant que même Steinbeck, même Jane Eyre je les trouvais déprimants dans ce contexte – que je me retrouve au rayon poche.
Et là mes yeux sont attirés par une couverture guimauve, représentant une déesse de la fertilité une sucette à la main. Girly donc, voire chick lit. De quoi repousser agréablement la lecture de mes bouquins d’agreg.
Lily la Tigresse. Le titre me plaît : Peter Pan, tout ça.
La quatrième de couverture m’informe que c’est traduit de l’hébreu. Un peu de nouveauté dans ma Pile A Lire. Très bien, très bien.
Et puis le dernier paragraphe, que je tente de déchiffrer envers et contre l’étiquette du prix : « D’une drôlerie et d’une fantaisie ébouissantes, ce deuxième roman impose définitivement Alona …. raire internationale comme un des… naux de sa génération. »
Je suis convaincue, j’embarque Amos Oz pour faire bonne mesure, et les livres se rajoutent à ma pile de bouquins que je tiens des deux mains et que je finis de stabiliser du menton. Très pratique pour descendre les escaliers en toute dignité.
Mais venons en à Lily la Tigresse. Il a eu l’immense privilège d’inaugurer ma première session du club des théières dont le thème ce dimanche là était « les figures géométriques ». Praline et moi sommes tombées d’accord pour dire que le livre était rectangulaire et qu’à ce titre, il entrait tout à fait dans le sujet. Qui osera nous contredire ? Et puis ce n’est pas comme si j’essayais de faire passer le cœur pour une figure géométrique, sans parler de John le Carré…
Lily la Tigresse donc. Nous sommes à Tel Aviv, de nos jours, mais on pourrait très bien être à New York. Le premier chapitre raconte le déroulement d’une séance de masturbation dans la baignore au rythme de Schubert. Je n’ai toujours pas vu Sex and the City, le film, soit dit en passant.
Lily la Tigresse je disais. C’est l’histoire de Lily, cent douze kilos en comptant ses dents qui ont fait sa gloire. C’est aussi l’histoire de Ninouch, jeune slave maigrissime et contorsionniste, à la dentition pourrie. C’est enfin l’histoire du bébé tigre qu’elles adoptent et qui grandit. Ses dents aussi. Les trois histoires se croisent et fusionnent tour à tour, et chaque page que l’on tourne reconstitue une partie du puzzle de leurs vies. Autour gravitent un fiancé lâcheur, un mari violent, un ex qui expérimente des trucs bizarres sur son corps, une conductrice de taxi, un mac avant-gardiste.
Mais Lily la Tigresse m’a séduit parce que j’ai réussi à croire à des situations complètement oufs, qui paraîtraient ridicules si je vous les raconte comme ça. En réalité ces scènes, belles ou horrifiantes, m’ont parues comme autant d’irruptions inquiétantes du merveilleux, avec créatures magiques, monstres, coïncidence du monde animal et de l’univers humain. Le tout donne lieu à des réflexions dignes d’intérêt, dans un style parfois grave, parfois léger sans jamais trop se prendre au sérieux.
Lily la Tigresse est également d’une grande sensualité et témoigne d’un bel épanouissement de la chair féminine. Lily pèse cent douze kilos et chacun semble lui être source de plaisir. Lily vit pour toutes les fibres de son corps : on peut les sentir vibrer ! Bien sûr, elle se plaint de son poids de temps à autre, mais pas plus que n’importe quelle autre femme. Je n’ai jamais réussi à occulter son poids. Comme Rhett Butler et sa moustache. Ou Darcy et sa chemise mouillée. Et puis cette exaltation de la chair donne lieu à des scènes de galipettes assez tordantes.
Et puis Lily la Tigresse est plutôt imprévisible. Je me suis attendue à tout dans ce livre, mais je n’ai jamais été capable de deviner la suite correctement. Et c’est rafraîchissant tiens. Livre dévoré en un rien de temps, qui a su m’enchanter et maintenir mon intérêt de page en page. Mais point de Peter Pan. Ultime pied de nez au lecteur ?
Commentaires
Tu viens d'éveiller ma curiosité, alors qu'à priori ce livre n'a rien pour me plaire.
Sinon, ça ne va pas te plaire, mais pour moi tu gagnes le titre de reine de la mauvaise foi loin devant Fashion !
Ah, merci Lilly!!! Quand je disais que je n'étais pas tant de mauvaise foi que ça! :)))
Et puis Le Carré est parfaitement dans les clous aussi! :p (My God! Je progresse à pas de fourmis, pourtant il est vraiment bien... Tu me mets grave la pression en faisant un lien vers chez moi! ;-) Mais merci! :D)
Bien sûr, les livres sont rectangulaires !! C'est amusant, ce livre ne me tente a priori pas du tout. Mais tu me donnes vraiment envie de me plonger dedans (et Ulysse n'avance pas, bouh).
Attendez, je trouve que les Théières sont plusieurs à avoir été de mauvaise foi, sur ce coup ! Mais elles s'en sortent avec brio ;-)
(et franchement, John Le Carré, c'était parfait !!)
Ton billet est un délice, vraiment drôle ! Et je comprends que même Jane Eyre devienne une "corvée" quand il s'agit de travailler dessus, j'ai développé la même répulsion envers les lectures obligatoires...
Quant à "Lily la Tigresse", ça ne me tente absolument pas, malgré ta critique des plus accrocheuses...
Ah! Merci erzébeth! ;-) (mais il faut rendre à César ce qui est à Jules : Le Carré m'a été soufflé par Tamara)
Ah! Merci erzébeth! ;-) (mais il faut rendre à César ce qui est à Jules : Le Carré m'a été soufflé par Tamara)
Ta critique me tente, alors que je pense que la couverture seule ne l'aurait jamais fait!
on verra...
Bon retour de ce côté de l'Océan!
Je l'avais repéré sans vraiment oser l'acheter. Ton article complètement décalé vient de me confirmer qu'il faut que je me le procure pour le lire. Il semble être bourré de bonne humeur et de drôlerie. Sacré Renarde ....
Quand je t'ai conseillé la vitalité de la littérature israelienne, je crois bien avoir dit littérature, non?
* Lilly, je suis super contente d'avoir réussi à te tenter! Et en ce qui concerne ma mauvaise foi, moi je dis que mon livre est vraiment une figure géométrique. On ne peut pas en dire autant du coeur...
* Fashion, je te défie de trouver d'autres supportrices! :)
* Lucile, on attend toujours! :p
* Praline: allez lance toi! T'as toute la vie (il te faudra bien ça) pour Jiji!
* Merci de me soutenir Erzebeth, même si je ne suis pas de mauvaise foi, je le dis et redis!
Mais tu sais, j'aime bien Jane Eyre en fait... Et tant pis si je ne t'ai pas convaincue pour Lily la Tigresse, j'ai d'autres succès à mon actif! :)
* Merci Mo! Et tiens moi au courant si tu te lances!
* Ah tu me fais plaisir Nanne! Tiens moi au courant de ta lecture! :)
* Gabriel: je sens des ondes négatives de ton côté... :)
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