Au cœur des ténèbres, monstre de la littérature, c’est le cas de le dire. Je ne sais pas vous, mais a moi il me faisait peur.

Et puis un beau jour on s’aperçoit qu’il ne fait même pas cent pages. Mais la Réputation veille… Ce pauvre Conrad est en effet souvent étiqueté de chiant, obscur, insupportable, et moi je crois toujours ce qu’on me dit, même si je n’écoute pas. Je me suis donc lancée au cœur des ténèbres, et je reviens ravie de mon expédition (haha).

 Le livre nous conduit dans un monde étrange et exotique dès les premières pages qui se déroulent à Londres au XIXè siècle.
(J’ai utilisé Londres et exotique dans la même phrase !)
En effet, la Tamise est comparée à la rivière qui traverse le Congo, sur laquelle Marlowe navigue plus tard dans le roman. On se rend compte que l’Angleterre fut une contrée sauvage, inexplorée et inconnue il fut un temps, avant l’arrivée des colonisateurs, à l’égal des terres mystérieuses de l’Afrique. Et là, quelque chose de magique se produit : ma vision de Londres se rembobine, et peu à peu apparaissent des forêts, un fleuve tourmenté, des sauvages hirsutes (qui a dit « au secours le cliché ? ») qui effacent les immeubles bourgeois, Soho, le Prince Charles.

Au cœur des ténèbres raconte comment un homme part à la recherche d’un autre dans une contrée qui lui est irréductiblement mystérieuse, qui le trouble et l’hypnotise. C’est elle le personnage principal de l’histoire, cette jungle congolaise que l’on perçoit à travers les yeux hallucinés de Marlowe dans sa remontée du fleuve pour trouver Kurtz. Sa vision se noie dans le brouillard, l’obscurité, l’entremêlement de la végétation dans lequel on perçoit de temps à autre d’absurdes tâches de couleur. Le mystère de cette jungle tient aussi aux êtres qui l’habitent, qui n’ont pas encore été réduits en esclavage. On entend leurs cris, leurs chuchotements. A moins qu’il ne s’agisse des bruits de la jungle ? On ne sait pas bien. Ils sont l’étrangeté absolue aux yeux de Marlowe qui adopte une attitude ambiguë à leur égard, entre empathie et méfiance. Et qui ne cherche pas à comprendre.
De la à traiter Conrad de raciste, il n’y a qu’un pas. Mais en fait tout le monde est mystérieux. Les traficants d’ivoire ne sont pas clairs, les indigènes sont bizarres, Kurtz est carrément louche. Conrad parle de l’impossibilité de connaitre un autre être humain.

 Grace à ce livre vous allez frissonner, que dis-je ! trembler, tressaillir de tout votre être et tout votre corps face à la noirceur insoupconnée du cœur humain, y compris le votre. Peut-être bien que, l’angoisse vous prenant a la gorge, ne saurez vous retenir un cri, pensant qu’il vous sortira de ce cauchemar junglesque. Mais souvenez vous : au cœur des ténèbres, personne ne vous entend hurler. (une reference a Alien se cache dans ce paragraphe, sauras-tu la retrouver ami lecteur?)

 Beau programme n’est-ce pas ? Vous l’aurez compris, je recommande.