Attention : note à forte teneur en vénéritude… Car oui, je suis un peu vener. Et je prie ceux qui ont aimé ce livre d’excuser paranna avance la verdeur de mon ton. Il faut que je me lache !

Une amie m’a prêtée « Ensemble c’est tout » d’Anna Gavalda.

Pitch de l’éditeur : " Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... " Camille dessine. Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever.

Je ne sais pas comment le dire autrement : ce livre n’a rien à voir avec la littérature.

Bon, je vais dire les trucs gentils, comme ça on passe tout de suite au reste. L’histoire est mignonne, les personnages sont attachants, ça finit bien, on est contents pour eux.

(Voilà, la véner-attitude commence) Mais malgré les apparences, il est difficile à lire. Les mots sont pourtant très simples, voire monosyllabiques. Les phrases sont réduites à la structure S-Vb-Complément en dehors de laquelle point de salut. L’histoire n’est pas très complexe. Les références historiques/littéraires/artistiques ne sont pas dures à repérer malgré leur côté très allusif. Mais j’ai failli arrêter de lire plusieurs fois, complètement exaspérée, avant de me reprendre : « allez, tu as laissé sa chance à Stendhal (ô pardonne moi ce rapprochement) pendant deux ans, fais un effort pour l’amour de l’Equité. »

Pourquoi tant de haine ?

Voici pêle-mêle:

- L’auteur veut nous parler du bonheur. Son message : peu importe les sales coups de la vie, pourvu qu’on soit « ensemble, c’est tout ». L’union fait la force. Aimez vous les uns les autres. Un pour tous, tous pour un. Rejeter son prochain parce qu’il est différent, c’est mal. Aimer, par contre, c’est bien. C’est rempli de bons sentiments, c’est bien pensant à outrance, pire qu’une comédie musicale américaine (où au moins c’est assumé).

- On n’a AUCUNE surprise sur l’histoire en général. Non seulement on voit venir la fin depuis le début, mais en plus on sait comment ça va venir. C’est quand même terrible. Bon, il y a des petites choses inattendues, mais qui n’apportent pas grand-chose. Mais à partir du moment où les trois personnages principaux se rencontrent, c’est fini.

- Parlons-en des personnages… Des caricatures verbalisées.

* Le gros dur au cœur tendre et avec une moto (et le tatouage de biker ? où est-il passé ?)  
* L’aristo coincé, féru d’histoire, citant ses ancêtres et employant un langage châtié, avec un château, un vrai (elle n’a pas osé ? ben si) ;
* La jeune fauchée artiste et cultivée (ah oui, moi qui croyait que tous les pauvres étaient cons et incultes…) ;
* La grand-mère avec un joli jardin qu’on met dans une maison de retraite et qui se laisse dépérir (……….).
Et le tout avec une enfance malheureuse, dont on finit par apprendre les détails dans des coming-out larmoyants (oui, là il faut pleurer lecteur, tu vois pas le panneau « pleurer »?). Mais après, ensemble, ils sont heureux (là lecteur, il faut sourire. Il faut tout t’expliquer.)
Je ne m’en remets toujours pas…

 - Le style est d’une médiocrité affligeante. Référez vous dans un premier temps à ce que j’ai mentionné ci-dessus. Mais quand il n’y en a plus, il y en a encore. Il y a beaucoup trop de (mauvais) dialogues, où l’on a du mal à comprendre qui parle à qui et de quoi, où les personnages s’arrêtent au milieu de leurs phrases. Peu de liaisons entre les (très courts) chapitres, voire parfois entre les paragraphes. Ca fait très « oh, je ne sais pas comment faire une transition, pas grave, j’en fais pas ».

Et puis ça m’exaspère tellement le style qui se veut branché… Genre on emploie des mots de djeunz dans une langue très oralisée. Si ces mots contenaient un message, ça passerait, mais là on touche le fond du gouffre de l’inanité « littéraire »…
Et puis de temps en temps un mot trisyllabique pour rappeler qu’on est dans un bouquin ici, hein, c’est pas la fête non plus.
Ce qui passe dans un blog est inadmissible dans ce qui se veut une œuvre littéraire. Quelle imposture.

 - Je crois que ce qui m’énerve le plus, c’est le nombre de références artistiques et historiques qu’on nous balance sans trop de justification ni de développement. Genre ça fait bien de citer Vivaldi, Dürer, Charles Quint (limite ensemble, au point où on en est…). Parfois, on trouve même des listes pour montrer qu’on connaît. L’auteur veut peut-être faire croire qu’elle a pondu une œuvre intelligente. Avec tous ces noms, ça ne peut pas être autrement.

Bon, pourquoi est-ce que je l’ai lu jusqu’au bout ? Parce que c’est agréable et léger à lire si on fait attention à l’histoire en elle-même uniquement, un peu comme un croissant ou une glace, ce qui justifie son succès. Ce livre m’a fait sourire. Oui, mais un sourire : « c’est mignon ». Je n’ai pas vibré, rêvé, je ne me suis pas sentie bouleversée. C’est ce que je demande à un livre en général.
Je n’ai pas ressenti leur bonheur, ni celui de l’auteur à l’écrire. Pour un livre dont le but est de rendre les lecteurs heureux, ce n’est pas un franc succès (en ce qui me concerne). N’est pas Stendhal qui veut. Le master de l'écriture du bonheur, c'est lui.

C’est terrible, Anna Gavalda m’a fait inaugurer une nouvelle rubrique dans mon blog : « Sacrés monstres » est déclarée ouverte.

Edit: Je suis sûre que l'histoire passe mieux en film qu'en livre... Si quelqu'un peut confirmer (ou non)...