un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

14 décembre 2006

La Chartreuse de Parme - Stendhal *

Je vous avais déjà parlé de ce livre ici !chartreuse

 Au début il me faisait peur rien que par son titre (olala c’est quoi une « Chartreuse » ?). Et puis les profs de littérature en parlaient avec des trémolos dans la voix (c’est pas pour moi, je comprendrai rien, je suis trop bêêêêête…). Lecture commencée donc timidement et un peu par défi en janvier 2005, achevée hier soir, avec les méandres que vous savez. (Alors que Stendhal a écrit son chef d’œuvre en sept petites semaines - c’est fou !- de novembre à décembre 1838.)

 Certains passages de ce livre sont mythiques, et je les connaissais avant d’avoir lu le livre :

- Le fameux « Il n’y comprenait rien du tout » au sujet de Fabrice, se sentant complètement paumé à la bataille de Waterloo.

- L’appris par cœur pour les besoins de l’Histoire : « Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. » (l’incipit du roman)

- L’ellipse sur les trois ans de bonheur de Fabrice

- Cette histoire de ne se rencontrer que dans le noir (je ne comprenais pas bien et je me demandais si je ne confondais pas avec  l’Education sentimentale, ce qui n’était pas étonnant : je n’avais lu aucun des deux).

- Les derniers mots du roman : «TO THE HAPPY FEW », dédiant le livre à une certaine élite.

- La passion coupable de la Sanseverina pour Fabrice (mais pourquoi coupable ?).

 

Je pensais m’être fait une bonne idée du roman. Comme quoi Fabrice sort avec la Sanseverina, et la trompe avec Clélia (c’est pour ça qu’ils ne peuvent se voir que dans le noir !), et même qu’il va la quitter pour Clélia (trois ans de bonheur héhé). Je suis trop forte, même pas besoin de lire le livre en fait.

 En fait non.

 Le pitch : Nous sommes dans l’Italie du XIXè siècle, et l’histoire racontée est censée s’être réellement passée. Gina, la duchesse de Sanseverina, s’installe avec le comte de Mosca à Parme. Elle y est rejointe par Fabrice, son neveu et accessoirement prêtre, dont elle s’éprend sans jamais trop le dire. Fabrice pourtant s’intéresse par caprice à la petite Marietta, ce qui ne plait pas trop à son amant qui l’attaque, et que Fabrice tue un peu par accident. Il va donc être jeté en prison, pour des raisons politiques en réalité, le meurtre servant de prétexte. Mais de sa fenêtre, il peut voir la volière de la jeune Clélia Conti, fille du gouverneur de la citadelle… Il connaît donc le bonheur en prison, grâce à la relation qu’il a établie tant bien que mal avec Clélia, et ne souhaite pas quitter le lieu où il peut mourir à tout moment par empoisonnement, au grand désespoir de la duchesse…

 Le bonheur : voilà le sujet du roman. Les personnages ont une aptitude au bonheur qui fait qu’ils sont heureux même dans des situations extrêmes. (Oui être emprisonné et être menacé en permanence d’empoisonnement, j’appelle ça une situation extrême) Ils se raccrochent au plus petit évènement tendant vers le bonheur, même si celui-ci est fragile et éphémère, et qu’ils le savent. C’est cette recherche du bonheur, et la jouissance de ses fugaces apparitions qui caractérisent les trois personnages principaux : Fabrice, Clélia et la Sanseverina. Les trois bafouent la morale, les lois et parfois le bon sens afin d’être en harmonie avec leur passion. Ce culte du moi (qui explique le très grand nombre de monologues) fait donc des personnages des êtres heureux et privilégiés malgré leurs malheurs.

 On sent également un écrivain heureux. Il faut savoir que Stendhal a écrit son roman au fur et à mesure, par improvisation, c’est-à-dire sans savoir où il va mener ses personnages, et jusqu’où. On l’a d’ailleurs comparé à un orchestre de jazz. Son écriture s’est déployée tout en spontanéité, par le simple plaisir d’écrire. Ce plaisir se manifeste notamment dans la façon dont Stendhal se moque de l’Eglise, du pouvoir, de ses héros. Personne n’est épargné.

 Et donc, plaisir du lecteur, bien récompensé après le cap des 150 premières pages… Je n’exagère pas : chaque ligne est jouissive, on se tord de rire à chaque page (du coup ça fait un peu snob de se marrer sur la Chartreuse dans le métro, mais tant pis). Et puis vraiment, ce livre nous tient en haleine et nous tire vers le même horizon que les héros. On en sort heureux.

 Quelques mystères non résolus :

- pourquoi placer une dédicace à la fin du livre ? (« TO THE HAPPY FEW »)
et c’est qui ces happy few ? et pourquoi en anglais ?

- c’est quoi cette fin précipitée où tout et tout le monde se bouscule ?

- pourquoi un titre de roman qui a peu de rapport avec l’histoire et qui ne se justifie en partie que vers la toute fin ? (bon, c’est vrai, il a la classe ce titre)

- pourquoi des prénoms français pour des héros italiens ?

 A suivre…(peut-être)

Posté par celinevixen à 20:36 - Monstres sacrés - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je ne peux, moi-même, répondre à aucune des questions que tu poses.

Mais j'ai trouvé ceci sur 'www.alalettre.com' et ça répond peut-être en partie au premier mystère que tu exposes :

- [ Finalement, "La Chartreuse de Parme" est dédiée "to the happy few", à ceux qui sont arrivés au bout, qui n'ont pas craint de rester un peu seuls avec eux-mêmes et de s'amuser de leurs propres rêves. ]

et

- [Stendhal s'est souvent vanté d'écrire pour un petit nombre de ses contemporains : "J'écris pour des amis inconnus, une poignée d'élus qui me ressemblent : les happy few." indique-t-il dans la Vie d'Henry Brulard.]

et sur un blog (information à vérifier) :

- [Les Happy Few sont ces soirées, réunions et autres, rassemblant des invités triés sur le volet, ravis de faire partie pour un soir des « quelques uns » privilégiés.
D’où vient cette charmante expression de « happy few » ?
Elle est tirée de Henri IV de Shakespeare, dans la tirade :
« we few, we happy few, we band of brothers » ]

M'étant décidé à lire au moins un livre de chaque auteur qu'on dit 'classique', je suis actuellement en train de dévorer : "La peau de chagrin" de Balzac. Je n'avais jamais lu Balzac et je suis scié de la modernité que j'y trouve, notamment dans son héros : Raphaël de Valentin. J'ai été voir dans tes archives, tu n'en a pas (encore?) parlé. Mais tu dois déjà avoir lu un ouvrage de la "comédie humaine", me trompé-je ?

( Je précise que je n'ai pas fait d'études litteraires et que je n'étais d'ailleurs pas du tout bon en français, c'est pour cela que les 'classiques' m'étaient inconnus jusqu'il y a peu ) J'ai lu un Zola ( la bête humaine), la 'Chartreuse' de Stendhal, j'suis occupé avec Balzac, j'ai lu des nouvelles de Maupassant, il me reste beaucoup de classiques à découvrir mais, j'en viens à ma question : lequel me conseillerais-tu, quel auteur et quel ouvrage ?

Désolé de t'avoir raconté ma vie ;-), je ne suis d'habitude pas aussi envahissant...

Posté par cedric, 15 décembre 2006 à 11:36

Waow. Rire en lisant "La Chartreuse de Parme", c'est quelque chose que je n'aurais pas imaginé... Mais si c'est une lecture aussi heureuse, je tenterai le coup ! :-)

Posté par louve, 15 décembre 2006 à 15:25

Stendahl est un auteur qui m'effraie beaucoup, je n'ai jamais ouvert un seul de ses livres. Et m'enfiler 150²pages horribles, je ne sais pas... On verra, peut-être.

Au fait, tu devrais embaûcher Cédric, je sais pas où il les trouve ses réponses, enfin si, mais bon, il est pratique je trouve ;D

Posté par Lilly, 16 décembre 2006 à 12:33

* Cédric, Lilly a raison, tu as la classe! ;)
Plus sérieusement, merci de tes informations, j'avais un peu de mal à comprendre le coup des Happy few. En fait je me disais qu'il dédiait son oeuvre à ceux qui l'avaient aimé, ce qui est un peu facile... Et puis le coup de la littérature réservée d'emblée à une élite, mouais... Donc ça rejoint un peu ce que tu dis, et je trouve ça
bizarre, mais bon...
Par contre, je comprend mieux l'usage de l'anglais! Honte à moi, je n'avais pas repéré Shakespeare! (Par contre je repéré du Shakespeare dans le Roi lion, héhé) Mais je pense que c'est Henry V, et c'est tiré du discours de "St Crispin's day", que le roi fait pour encourager ses soldats. Absolument magnifique ce discours soit dit en passant. Merci encore de me l'avoir fait remarquer! ;)

Pour en venir aux classiques : Oui c'est absolument génial la "Peau de chagrin". J'en parlerai sûrement un jour. J'ai déjà lu du Balzac, mais pas beaucoup : "Le père Goriot", "La Rabouilleuse", quelques nouvelles, "La cousine Bette", c'est tout je crois.
Quant à te conseiller, hmmm ce n'est pas facile... Moi je dirais :
Colette
Flaubert ("Madame Bovary")
Michel Tournier ("Le roi des Aulnes", "Vendredi ou les limbes du Pacifique")
Maupassant ("Bel-Ami")
Diderot ("La religieuse")
Choderlos de Laclos ("liaisons dangereuses")
Boris Vian


Littérature anglaise reprezent :
Les soeurs Brontë
Jane Austen
DH Lawrence
Bukowski

Liste certainement pas exhaustive! C'est horrible comme question en fait! ;) Ce qui est génial, c'est qu'on ne vient jamais à bout des classiques. Il en reste toujour un que l'on n'a pas lu.

Cédric, mais heureusement que la littérature n'intéresse pas que les spécialistes! :) Qu'est-ce qui t'a donné envie de lire des classiques? Parce que le problème avec les classiques, c'est que ça fait peur, ou bien on se dit que c'est chiant (cf mauvais souvenirs de collège et de lycée où les profs ne donnent pas toujours envie), et vraiment c'est dommage, vu les trésors qu'ils recèlent...

Pfiou, ça c'est du commentaire!

Posté par Céline, 16 décembre 2006 à 22:44

* Bonjour à toi Louve! Ah oui, il faut le lire! Tu trouve des trucs géniaux et tordants presque à chaque phrase! Ca me fait un peu penser au style de Jane Austen, genre ça fait très sérieux, mais en fait on rit de tout. Ce n'est pas trop flagrant dans "Orgueil et préjugé", mais dans "Northanger Abbey" que je lis en ce moment, c'est particulièrement visible!

* Franchement Lilly, laisse toi tenter. Si tu veux je te fais un résumé! ;) Et puis le style de l'auteur est le même, forcément, donc ça fait un peu passer la pilule... Et Fabrice à Waterloo, ça vaut le coup...

Posté par Céline, 16 décembre 2006 à 22:50

> Mercii Céline, j'en prends très précieusement note ! (Oui oui c'est sincère, non non j'suis pas lèche-botte ). En fait, je n'ai jamais lu un livre de mon plein gré dans mon enfance et mon adolescence (uniquement ceux que les profs m'obligeaient à lire), je ne me nourissais que de télévision. Puis, petit-à-petit, comprenant les plaisirs de la lecture, j'en suis arrivé à partir de 22 ans (j'en ai 26) à avoir toujours un livre entamé. Et je me suis un jour dit : autant commencer par lire ceux que j'ai à la maison, c'est-à-dire ceux de la collection extrêmement limitée de mon père composée d'un dizaine de bouquins (des années 70, en poche, donc légèrement jaunis et pas très appétissants) dont trois 'classiques' ( Zola, Bernanos et Flaubert) que j'ai finalement lu car je les avais sous la main. Cela m'a, de façon surprenante, permis de constater que cela avait été beaucoup moins laborieux que je ne l'avais préjugé, d'où l'idée d'en lire d'autres ! Ce qui répond à ta question :-D.

Quand j'y repense, si je m'étais imposé les quelques efforts que demande la lecture dès mon enfance, j'aurais été bien meilleur et bien plus intéressé en français. Mais je ne suis pas un homme de regrets, je retiens plutôt qu'il n'est jamais trop tard !

> Je confirme que Fabrice à la bataille, ça vaut le coup ! C'est ce qui m'a fait rentrer et rester dans le bouquin !

Posté par cedric, 17 décembre 2006 à 11:31

Oups, petit rectificatif : pas Flaubert (que je n'ai pas encore lu) mais Stendhal ( et la fameuse chartreuse qui nous réunit sur cette note )

Posté par cedric, 17 décembre 2006 à 11:35

Moi j'ai commencé à lire, justement parce que je n'avais pas la télévision! Et j'ai lu des classiques, puisque c'est tout ce que j'avais à ma disposition! (J'en parle dans mon post sur les "Hauts de Hurlevent").

Bernanos, "Sous le soleil de Satan"? C'est celui-là? Il est bien? J'ai envie de le lire en ce moment.

Lol moi aussi j'avais tendance à confondre Stendhal et Flaubert! (d'où ma confusion "Chartreuse" et "Education sentimentale") C'est terrible parce qu'ils ne se ressemblent pas du tout!
;)

Posté par Céline, 18 décembre 2006 à 18:37

Alors déjà, Mme Bovary, c'est vache de le conseiller, on s'ennuie autant qu'elle. Pas tenu 100 pages.

Et puis là, excuse moi, mais j'avais une prof de français très chiante au collège, pendant 3 ans, qui nous faisait recopier des listes de mots qu'on risquait de mal orthographier avec toutes les difficultés en rouge. Genre "enveloppe", tu vois. Et "événement". Parce que oui, mademoiselle, événement prend deux accents aigus, je l'ai écrit une quinzaine de fois en changeant quatre fois de stylo par mot, alors puisque ça ne passe plus pour moi, ça ne passe pour personne !

Quoi ? chiante, moi ???

Posté par Prawn, 25 décembre 2006 à 21:46

* oooh mais elle est gentille Emma! Moi j'ai bien aimé...
mea culpa, mea maxima culpa : événement événement événement événement événement événement événement événement événement événement événement événement événement événement événement événement
Voilà, je le retiendrai toute ma vie! Gare à ceux qui ne mettent pas les bons accents! ;)

Posté par céline, 27 décembre 2006 à 01:08

On peut écrire événement ou évènement ! Je viens de consulter Robert (c'est un pote) il me le confirme. (Ça doit être depuis la réforme de l'orthographe que les deux sont acceptés)...

Posté par cedric, 31 décembre 2006 à 11:10

Toi et Robert m'êtes indispensables décidemment! J'adore quand on me donne raison... ;)

Posté par céline, 31 décembre 2006 à 13:14

Quel plaisir que celui de te donner raison ! :-)

Posté par cedric, 01 janvier 2007 à 12:05

Ben moi il me reste 3 jours pour finir le livre et j'en suis qu'à la page 161 alors que ça fait déjà 2 semaines que j'ai le livre !!! Je cherche des infos pour ma fiche de lecture mais j'en trouve aucune :'( ... HELP PLEASE !!!

Posté par Azertya, 20 mars 2008 à 08:07

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=194973&pid=3430807

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :