(Hum, voilà qui va booster mes stats. Vous allez voir.)bataille

On apprend des choses sympa en prépa, surtout quand le thème de philo de l’année c’est « le Corps ». Et là les profs se lâchent. Déjà, en temps normal, ils ont tous un avis sur le sujet dont ils nous font part allègrement. Et quand ils ont EN PLUS une (vraie) bonne raison pour en parler, c’est parti…

 Donc voilà : Sade et Bataille ont été mes grandes découvertes cette année là. Je préfère vous parler de Sade plus tard.

 Je laisse 10/18 vous faire le pitch, car je trouve le texte très beau.

 Le pitch : « Pierre raconte comment, après une enfance religieuse, il fut, à l'âge de dix-sept ans, initié à la perversion par sa mère. Plongeant grâce à elle dans l'orgie et la débauche, il découvre l'extase de la perdition où se mêlent l'angoisse, la honte, la jouissance, le dégoût et le respect. Respect pour cette femme, la mère, qui a su brûler ses vaisseaux jusqu'au dernier et qui, ayant touché le fond de l'abîme, entraîne son fils dans la mort qu'elle se donne. Ma mère est l'un des textes les plus violents, les plus scandaleusement beaux de Georges Bataille, qui disait de lui-même : " Je ne suis pas un philosophe, mais peut-être un saint, peut-être un fou ", sachant que c'est dans cette ambiguïté même que réside la seule philosophie. »

 

 Bien sûr, ce livre est complètement fou. Imaginez un peu quoi : une mère voulant entraîner son fils dans un délire orgiaque. Avec elle. Mais oui justement, on est obligé d’imaginer, parce que le livre dit tout et rien à la fois. Les personnages font « les pires choses qu’il puisse se faire » certes, mais quoi exactement ? Donc non seulement on baigne dans un flou artistique, mais les gestes accomplis sont retranscrits sous forme de périphrases (= tourner autour du pot). Et un « baiser monstrueux », ça peut dire n’importe quoi (je n’en dirai pas plus)(n’insistez pas). Ce livre se caractérise par son excès, sa démesure, d’autant plus qu’il est déterminé par l’imagination du lecteur. Et donc ignorance des règles de la morale : l’ « hypermorale » batallienne (c’est-à-dire la morale en deça de celle de la société).

 En effet, si morale il y a, c’est celle de jouir de la vie et du corps vivant de façon absolue. Les personnages ne sont caractérisés que par leur sexualité, on ne sait rien de leur vie. Ils ne sont même pas dans la séduction, la représentation, mais dans l’immédiateté du désir, des rapports et la liberté. Et ainsi, cette initiation monstrueuse est un cadeau, de la part d’une mère à son fils, lui révélant dans un éblouissement le sens de la vie. On pourrait même parler de sacrifice, car après l’Irréparable (héhé moi aussi je sais faire des périphrases), la mère se suicide. Le désir et le plaisir sont ainsi ce qui triomphe de la mort et la transcende, car la mère transmet la vie et sa propre force de façon ultime à son fils. Sa mort n’est donc pas une fin mais un élan. G.Bataille disait d’ailleurs que l’érotisme est « l’approbation de la vie jusque dans la mort ». Le lecteur n’est donc pas voyeur. Ce n’est pas un livre à ne lire que d’une main, n’est-ce pas (du moins ce n’est pas son but premier). Cette jouissance absolue de la vie suscite une véritable fascination, un envoûtement total.

 Aussi bizarre que ça puisse paraître, l’on n’a pas envie de juger les personnages. De plus, l’on vit l’histoire à travers un regard particulier, celui de Pierre, qui ne cesse de considérer sa mère avec amour, et surtout respect.

 La fascination que nous inspire ce livre vient aussi de son mystère. Mystère de la langue, magnifique mais tortueuse et parfois difficile à comprendre (parfois on en a un peu marre). De plus, on ne suit pas toujours, puisque ce sont des successions de scènes de sexe et on ne voit pas forcément le rapport entre elles. Je pense que cela peut refléter la confusion des corps, du moins c’est l’impression que j’en ai eu.
Mystère aussi de la structure : Ma mère est en effet un livre inachevé qui est paru à titre posthume. Ainsi la fin nous est donnée par fragments, ce qui augmente l’effet de confusion. On ne comprend pas ce qu’il se passe, et du coup on a l’impression que les personnages sombrent irrémédiablement dans un abîme de luxure, qui serait inaccessible à notre compréhension.

 Je ne peux pas résister à l’envie (l’influence battaillienne ?) de vous montrer les dernières lignes. Mais non je ne détruis pas le suspense…

 C’est la mère qui parle. (Je ne me souviens plus de son prénom).

« Laisse moi vaciller avec toi dans cette joie qui est la certitude d’un abîme plus entier, plus violent que tout désir. La volupté où tu sombres est déjà si grande que je puis te parler : elle sera suivie de ta défaillance. A ce moment je partirai, et jamais tu ne reverras celle qui t’attendit, pour ne te donner que son dernier souffle. Ah, serre les dents, mon fils ! tu ressembles à ta pine, à cette pine ruisselante de rage qui crispe mon désir comme un poignet. »

 Bon et maintenant, une étude comparative de Bataille et Sade. Chez les deux, les personnages parlent beaucoup (trop ?) quand ils font l’amour. Genre on fait une pause et on parle de la vie. Ca me fait trop rire.