un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

10 janvier 2008

La Mort d'Ivan Ilych - Leon Tolstoi

La Mort d’Ivan Ilych est une expérience difficile, autant pour lui que pour nous. Enfin, plus pour lui maintenant, mais vous,vous vous prenez toujours autant la tête sur la mort.
Vous étiez pourtant bien tranquille avant cette lecture. Vous pensiez à la mort bien sûr, mais vous ne vous y attardiez pas, trop occupé à vivre. Et puis aussi, ce n’est pas très agréable. On a en effet trois possibilités me semble-t-il :

- être anéanti. Moui.

- Se réincarner. Moi, si je ne suis pas réincarnée en moi ou en chat, je préfère éviter.

- Aller au Paradis ou en Enfer. Le Paradis ça a l’air chiant. Et l’Enfer, dit comme ça… Sauf si on l’envisage comme Rowan Atkinson dans « La Vipère Noire ». Selon lui l’Enfer c’est cool puisque ce serait là où on la luxure, la paresse, la gourmandise font office de lois.

 Bref, toutes les raisons sont bonnes pour ne pas y penser et céder à la panique : « On a le temps. » « Ca n’arrive qu’aux autres ». C’est aussi ce que pensait Ivan Ilych jusqu’à ce que…

Mais je vais un peu vite. Voilà comment la nouvelle commence. Nous assistons aux funérailles d’un homme, et surprenons les conversations de ses proches qui ne semblent pas très émus par sa mort. Ils parlent argent. Ils pensent à la soirée qui les attend après l’enterrement. On ne sent pas de douleur de leur part, sauf chez un petit garçon silencieux à peine évoqué. On se sent pris d’une grande pitié, et même d’une certaine tendresse pour celui qui va être enterré.

(Ah non, ce n’est pas gai)

Puis, sans préambule, la deuxième partie de la nouvelle nous plonge directement dans la tête d’Ivan Ilych, alors tout jeune homme. Et là, on comprend un peu mieux la réaction de son entourage. Il n’est pas très sympathique, un chouilla tête à claques même. C’est un bon bourgeois médiocre menant une vie inintéressante. Il nous ennuie.

Un jour, il tombe malade. Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas bien compris de quoi il s’agissait, si c’était un virus, ou un accident. Mais il est malade, ça c’est sûr.

Ivan Ilych comprend qu’il va mourir, et ça le terrifie. Son personnage prend du relief, mais à quel prix ! La moitié de la nouvelle est consacrée à l’expression de son angoisse, de ses interrogations. Il y a aussi de petites descriptions de douleurs bien sympathiques.
Le narrateur nous présente également une réflexion sur la solitude. Car Ivan Ilych est seul dans son agonie ou presque. Les gens sont mal à l’aise face à lui, entretiennent des conversations factices, font semblant de rien.

Ce livre m’a tellement stressée que j’en avalé une boîte de cookies.

La Mort d’Ivan Ilych nous présente le désespoir d’un homme face à l’absurdité et l’arbitraire de la vie. Mais ce fut tout de même une belle expérience de lecture, très intense.
Je ne me souviens pas avoir déjà lu de roman sur la maladie. Je me trompe ou c’est plutôt rare ? Il y a bien La Montagne Magique de Thomas Mann (pas lu), et La Tâche de Philip Roth (pas lu non plus) (ou l’art de parler de livres que l’on n’a pas lu), mais à part ça, je ne vois pas.

Et vous savez quoi ? Ca se finit bien.

Edit:

Elou ajoute La Maladie de Sachs de Martin Winckler
Rose: Morts imaginaires de Michel Schneider (ce n'est pas specifiquement sur la maladie, mais on reste dans l'ambiance)
Gabriel: Un Homme de Philip Roth
Erzébeth: Love story

Posté par celinevixen à 01:20 - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Tu peux plus ou moins ajouter la maladie de Sachs (ce sont les maladies des patients du docteur Bruno Sachs) de Martin Winckler, c'est très beau

Posté par Elou, 10 janvier 2008 à 19:58

J'aime bien Tolstoï, mais je n'ai pas lu ce roman. "La tache", c'est bien mais je ne m'en souviens plus bien (constructif, non ?), "La maladie de Sachs" m'a ennuyée et je ne trouve pas d'autres titres traitant de la maladie ou de la mort (mais je vais chercher et revenir, foi de Fashion!:)))

Posté par fashion victim, 10 janvier 2008 à 21:48

Tu en parles très bien, à l'issue de cet article on se sent ... terrassé ;) Pour être toujours plus constructive : Michel Schneider a écrit des "morts imaginaires", sur le modèle des "vies imaginaires" de Schwob ; il y a peut-être des malades parmi eux (non, je ne l'ai pas lu ; et en plus ce n'est pas un roman...)

Posté par rose, 10 janvier 2008 à 23:32

* Elou, merci je note! je ne l'ai jamais lu!

* Fashion, si tu me dis que La Tache c'est bien, je vais le noter! Et je vais lire davantage de Tolstoi et d'auteurs russes en general. Ca c'est une grosse lacune chgez moi, avec les polars :)

* Rose, ton Michel Schneider a l'air super interessant! Je note aussi!

Posté par celine, 11 janvier 2008 à 14:17

La Tache, oui, lecture indispensable. Sur le même thème, et encore plus au coeur de la cible, le dernier Roth : un homme.
Bon retour Céline.

Posté par Gabriel, 11 janvier 2008 à 14:26

J'en garde un vague souvenir... de déprime. Ses grands romans m'ont beaucoup plus marquée !

Posté par praline, 11 janvier 2008 à 14:47

Ah moi, j'adore ce livre! Très beau, très juste. Poignant et passionnant (j'ai fait une fiche,si quelqu'un est intéressé)
Et il n'est pas malade, il s'est blessé en tombant en installant des rideaux, occupation modeste et sans panache qui montre l'humilité que peut avoir notre fin. Occupation réputée sans danger, qui montre le caractère imprévu que peut également avoir cette fin.
Vive les avis différents, ils enrichissent les échanges! ;-))

Posté par Sibylline, 12 janvier 2008 à 11:13

Tes commentaires littéraires sont toujours aussi bons ! :-) et je note avidemment ce titre, on m'a offert 600 gr de vraies pâtes de fruits et je pourrai me déculpabiliser de les manger en disant "Ce livre m'a tellement stressée que j'en ai avalé une boîte de pâtes de fruits". :-)
Sans rire, ça m'intéresse beaucoup - faut dire que j'ai une grande envie de littérature russe, alors ça n'arrange rien. (je VEUX lire "Anna Karénine" !)

"La Maladie de Sachs" est excellent, enfin, personnellement, j'ai eu mal au ventre pendant toute la lecture, mais ça m'a passionnée.
Niveau maladie, on a aussi "Petite musique des adieux" de Jennifer Johnston, mais c'est un peu inutile (et totalement plombant).
Il y a évidemment "Love story".
Et... rien d'autre ne me vient.

(au fait, j'ai bien lu ton mail, je suis ravie que tu aimes W. Collins, j'espère que ça se confirmera jusqu'au bout du roman !!)

Je t'embrasse, ma chère Céline :-)

Posté par aurzébeth, 12 janvier 2008 à 20:34

* Si Gabriel dit "le dernier Philip Roth", moi je dis "Amen"

* Praline, figure toi que je n'ai jamais lu autre chose de Tolstoi! J'en reviens pas de cette lacune!

* Sib, ça m'intéresse beaucoup ce que tu dis. Effectivement j'ai cru comprendre ça, mais je me disais que c'était trop... bête! et en effet ça l'est, en plus d'être en parfaite accordance avec l'homme.

* Ravie de te voir ici Aurzébeth! :D
rigole pas, c'est comme ça que ça marche mon stress: il fait disparaitre tous les gateaux à cent mètres à la ronde!

Posté par céline, 13 janvier 2008 à 18:02

Je l'ai et je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi sinistre. Je le lirai quand même, évidemment!

Posté par Sophie, 14 janvier 2008 à 06:36

J'ai prévu de lire "Guerre et Paix" cette année, on verra si j'ai le coup de foudre pour Tolstoï. Sinon, j'avoue que je pense que je passerais à côté de celui ci, même s'il finit bien ça n'a pas l'air particulièrement gai...

Posté par Lilly, 16 janvier 2008 à 13:06

* N'hésite pas Sophie! C'est un livre coup de poing qui vaut le détour!

* Lilly, il y a "Guerre et paix" qui fait la queue chez moi aussi! :)

Posté par céline, 17 janvier 2008 à 15:06

ahhhh céline tu as fais un "commentaire" sur Tolstoï !!!! Quelle joie pour moi !!!!
"La mort d'Ivan Ilitch" est magnifique de profondeur, d'"angoisse" - pour certains -, de folie et d'abîmes. Admirablement bien écrit - évidemment ça rend mieux en russe.
Merci céline pour ce rapport sur la littérature russe. Je conseille aux autres de le lire, surtout qu'il n'est pas long, et qu'il est dense et concis.

Posté par iadlioda, 23 janvier 2008 à 10:43

au fait pour ceux qui veulent lire "Guerre et Paix", je leur conseille mais c'est très dense et très long. Cependant il faut savoir que le Tolstoï de "Guerre et Paix" est différend du Tolstoï de "La mort d'Ivan Ilitch".

Personnellement je conseille de commencer par "La mort d'Ivan Ilitch" avant de s'engouffrer dans "Guerre et Paix".

Quant à ceux qui ne s'attendaient pas à ce que ce soit sinistre... hihi... toute la littérature russe est sinistre... et même souvent au-delà... !!!!

Posté par iadlioda, 23 janvier 2008 à 10:47

* je me doutais que tu apprécierais la présence d'un russe sur mon blog! :) C'est pas trop tôt n'est-ce pas? Je suis contente d'avoir écrit sur lui, même si je n'ai pas réussi à retransmettre tout ce que j'ai ressenti, cette horreur et angoisse de l'anéantissement, les intérrogations que l'on est poussé à faire sur sa vie et soi-même. Bref, c'est une expérience à faire, car elle est difficile à rendre!
Tu sais lire le russe??? Je suis hyper impréssionnée!
Merci pour tes conseils sur "Guerre et Paix", je me lancerai dedans quand j'en aurai enfin le temps.
C'est très naif comme question, mais pourquoi les auteurs russes sont-ils sinistres? c'est pas la première fois que j'entend ça, et je n'ai pas lu assez de littérature russe pour comprendre...

Posté par céline, 30 janvier 2008 à 15:46

Pourquoi les auteurs russes sont si sinistres ? Je crois que c'est dans leur mentalité. C'est tout cet esprit assez fataliste et mélancolique qui ressort des écrits russes. Et puis ils sont à l'image de ce qui les entoure, je ne sais pas si tu as eu l'occasion d'aller en Russie : le climat, l'atmosphère, les villes, la campagne, la façon de vivre, les gens.

Posté par iadlioda, 01 février 2008 à 18:19

* Ah oui je comprend mieux... Non je n'ai jamais été en Russie, mais je peux imaginer... Ca mène vers une question intéressante en effet: le style reflète-il le pays? Il faudrait avoir un bon recul pour y voir clair, mais je vais y réfléchir

Posté par céline, 05 février 2008 à 03:53

C'est vrai que cela pourrait être intéressant. Disons que chez beaucoup de russes la vie ou l'imaginaire de la vie russe, de ses campagnes, des carctères russes, ou même de son patriotisme ou de révoltes intérieures, enfin tout ce qui fait une vie russe se reflètent dans les écrits. La peinture de caractère a souvent édifié des idéaux et des manières de vivre ou de penser en Russie. C'est très complexe, mais très intéressants. A la fois très "réaliste" et totalement fou. A la russe.

Posté par iadlioda, 06 février 2008 à 15:07

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=194973&pid=7508738

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :