Il paraît que ce livre est un best seller. Heureusement que je ne le savais pas au moment de le lire, sinon vous ne liriez pas ce post. Pourtant c’était écrit sur la quatrième de couverture : «soieSoie, publié en Italie en 1996…est devenu en quelques mois un roman culte ». Certes, il n’y a pas l’énorme bandeau rouge « Best Seller » qui clignote autour de lui, mais ça veut dire ce que ça veut dire (les fourbes).

Je me suis donc laissée surprendre par ce livre minuscule (quel soulagement après les pavés de ces derniers mois !) dont je ne connaissais rien. Et c’était bien agréable, même si je n’avais pas la conscience tout à fait tranquille en le lisant. Parce que c’était un cadeau pour l’Homme. Il fallait donc faire attention à ne pas corner les pages, laisser tomber des miettes de gâteau, des gouttes de thé aux fleurs orientales. Question de principes. Puis l’Homme m’a dit d’envoyer mes principes ramasser des champignons en Antarctique. Il est bien ce garçon. Mais du coup le livre en a pris plein la tronche. 

Le pitch : L’histoire commence en 1861. « Flaubert écrivait Salammbô. » nous dit l’incipit. (Comment ne pas se sentir en confiance avec une telle référence kulturelle ? ) Hervé Joncour achète des vers à soie. Il est envoyé au Japon car c’est là qu’est produite la soie la plus fine du monde. Alors que sa vie avait toujours été un long fleuve tranquille, ni heureuse, ni malheureuse, elle bascule lorsqu’il croise le regard d’une femme. « Ses yeux n’avaient pas une forme orientale et son visage était celui d’une jeune fille ». Chaque année, il fera ce voyage jusqu’au bout du monde pour la voir mais revient toujours auprès de son épouse qui l’attend, nouvelle Pénélope, bien moins lisse qu’il n’y paraît .

C’est un récit très simple, à l’écriture tout en finesse et sobriété, allant droit à l’essentiel. Il semble imiter le raffinement délicat de la calligraphie japonaise. C’est l’histoire d’un éternel recommencement, les voyages formant un cycle dans la vie de cet homme oscillant entre l’Ici et l’Ailleurs jusqu’à la fusion des deux. L’auteur survole les années, la distance pour se concentrer sur des détails, toujours les mêmes, troublants du fait de leur isolement : le flamboyant d’une robe, d’un regard, le toucher de la soie. J’ai trouvé ce roman hypnotique, justement à cause de son côté « variations sur le même thème ». Il s’agit de le lire lentement pour savourer les détails. Mais d’autres peuvent trouver ça chiant comme la pluie.

Ce roman est très sensuel. On nous dit le soyeux d’un tissu, le velours d’une voix. Le plus important n’est pas ce qui est dit, mais ce qui est suggéré, ce qu’on nous donne à imaginer, d’autant plus qu’il y a peu de paroles. Il y a vraiment un contraste entre la sobriété du style et la passion que l’on perçoit en filigrane dans le triangle formé par l’homme et les deux femmes. Cette passion apparaît dans tous les sens du mot : amour spirituel, désir, souffrance, soumission (On dirait le pitch d’un épisode de Sunset Beach, c’est terrible.)Tous les trois sont rattachés par un fil de soie, fragile et ténu en apparence, mais en réalité très solide et précieux. Leur histoire peut sembler invraisemblable, en fait elle l’est, mais ce n'est pas grave. Il s’agit de se laisser porter.

C’est incroyable à quel point ce tout petit livre, réutilisant les mêmes mots tout simples, est riche, jamais monotone dans sa lenteur. D’autant plus que le coup de théâtre final nous fait revenir en arrière pour relire le livre sous un autre jour, créant ainsi un roman dans le roman. En même temps c’est très léger, comme en suspension, une toile d’araignée. Soie, le bien nommé.

Ce que ce roman nous apprend, ainsi qu’au héros, c’est la force de l’amour qui nous submerge sans même qu’on le sache. Et que, foudroyé par son immensité insoupçonnée, on comprend parfois trop tard.

C’est la minute Nat King Cole : «♪ The greatest thing you’ll ever learn is just to love, ♫and be loved in return♪ ». 
Et ce que j’ai bien aimé, c’est que l’auteur ne nous assène pas de grosse leçon de morale en nous faisant les gros yeux. Encore une fois, c’est à nous de le comprendre.

Au final, même si ce livre n’a pas complètement bouleversé toutes mes certitudes littéraires, historiques et mathématiques, je l’ai trouvé très beau, et je suis sortie de la lecture sereine et apaisée.  Maintenant je vais me remarteler les nerfs avec un cétacé désormais célèbre sur ce blog.