un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

26 avril 2007

Soie - Alessandro Baricco

Il paraît que ce livre est un best seller. Heureusement que je ne le savais pas au moment de le lire, sinon vous ne liriez pas ce post. Pourtant c’était écrit sur la quatrième de couverture : «soieSoie, publié en Italie en 1996…est devenu en quelques mois un roman culte ». Certes, il n’y a pas l’énorme bandeau rouge « Best Seller » qui clignote autour de lui, mais ça veut dire ce que ça veut dire (les fourbes).

Je me suis donc laissée surprendre par ce livre minuscule (quel soulagement après les pavés de ces derniers mois !) dont je ne connaissais rien. Et c’était bien agréable, même si je n’avais pas la conscience tout à fait tranquille en le lisant. Parce que c’était un cadeau pour l’Homme. Il fallait donc faire attention à ne pas corner les pages, laisser tomber des miettes de gâteau, des gouttes de thé aux fleurs orientales. Question de principes. Puis l’Homme m’a dit d’envoyer mes principes ramasser des champignons en Antarctique. Il est bien ce garçon. Mais du coup le livre en a pris plein la tronche. 

Le pitch : L’histoire commence en 1861. « Flaubert écrivait Salammbô. » nous dit l’incipit. (Comment ne pas se sentir en confiance avec une telle référence kulturelle ? ) Hervé Joncour achète des vers à soie. Il est envoyé au Japon car c’est là qu’est produite la soie la plus fine du monde. Alors que sa vie avait toujours été un long fleuve tranquille, ni heureuse, ni malheureuse, elle bascule lorsqu’il croise le regard d’une femme. « Ses yeux n’avaient pas une forme orientale et son visage était celui d’une jeune fille ». Chaque année, il fera ce voyage jusqu’au bout du monde pour la voir mais revient toujours auprès de son épouse qui l’attend, nouvelle Pénélope, bien moins lisse qu’il n’y paraît .

C’est un récit très simple, à l’écriture tout en finesse et sobriété, allant droit à l’essentiel. Il semble imiter le raffinement délicat de la calligraphie japonaise. C’est l’histoire d’un éternel recommencement, les voyages formant un cycle dans la vie de cet homme oscillant entre l’Ici et l’Ailleurs jusqu’à la fusion des deux. L’auteur survole les années, la distance pour se concentrer sur des détails, toujours les mêmes, troublants du fait de leur isolement : le flamboyant d’une robe, d’un regard, le toucher de la soie. J’ai trouvé ce roman hypnotique, justement à cause de son côté « variations sur le même thème ». Il s’agit de le lire lentement pour savourer les détails. Mais d’autres peuvent trouver ça chiant comme la pluie.

Ce roman est très sensuel. On nous dit le soyeux d’un tissu, le velours d’une voix. Le plus important n’est pas ce qui est dit, mais ce qui est suggéré, ce qu’on nous donne à imaginer, d’autant plus qu’il y a peu de paroles. Il y a vraiment un contraste entre la sobriété du style et la passion que l’on perçoit en filigrane dans le triangle formé par l’homme et les deux femmes. Cette passion apparaît dans tous les sens du mot : amour spirituel, désir, souffrance, soumission (On dirait le pitch d’un épisode de Sunset Beach, c’est terrible.)Tous les trois sont rattachés par un fil de soie, fragile et ténu en apparence, mais en réalité très solide et précieux. Leur histoire peut sembler invraisemblable, en fait elle l’est, mais ce n'est pas grave. Il s’agit de se laisser porter.

C’est incroyable à quel point ce tout petit livre, réutilisant les mêmes mots tout simples, est riche, jamais monotone dans sa lenteur. D’autant plus que le coup de théâtre final nous fait revenir en arrière pour relire le livre sous un autre jour, créant ainsi un roman dans le roman. En même temps c’est très léger, comme en suspension, une toile d’araignée. Soie, le bien nommé.

Ce que ce roman nous apprend, ainsi qu’au héros, c’est la force de l’amour qui nous submerge sans même qu’on le sache. Et que, foudroyé par son immensité insoupçonnée, on comprend parfois trop tard.

C’est la minute Nat King Cole : «♪ The greatest thing you’ll ever learn is just to love, ♫and be loved in return♪ ». 
Et ce que j’ai bien aimé, c’est que l’auteur ne nous assène pas de grosse leçon de morale en nous faisant les gros yeux. Encore une fois, c’est à nous de le comprendre.

Au final, même si ce livre n’a pas complètement bouleversé toutes mes certitudes littéraires, historiques et mathématiques, je l’ai trouvé très beau, et je suis sortie de la lecture sereine et apaisée.  Maintenant je vais me remarteler les nerfs avec un cétacé désormais célèbre sur ce blog.

 

 

 

 

Posté par celinevixen à 17:42 - Toujours vivants bizarrement - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ton billet m'a fait mourir de rire! Ta description de ta lecture cadeau, en faisant attention de ne pas "casser" la reliure, c'est tout moi, et je n'offre jamais un livre que je n'ai pas lu, comme toi...Mais je n'ai rien à dire sur le roman, je ne l'ai pas lu (parce que moi aussi je me méfie des best-sellers et qu'en général j'ai bien raison, c'est épouvantable). Et après ton billet, je ne sais pas vraiment si ça me plairait...

Posté par fashion victim, 26 avril 2007 à 20:40

Et bien voilà que les renards s'égarent de plus en plus dans les rayons de la littérature contemporaine... et italienne en plus ! Avec la météo qui nous joue des tours, voici la preuve que le réchauffement climatique à de lourdes conséquences sur la planète et notre écosystème, pour ceux qui en douteraient !
J'aime beaucoup Baricco (même si je ne sais jamais si c'est deux "R" et deux "C" ou un "R" et deux "C", ou un "C" et deux "R" ou... un "R" et un "C".. Je crois les avoir tous fait...) et notamment ses premiers livres : "Novecento", et "Océan-mer". Sans être mon auteur culte, il sait mener ses histoires pour mon plaisir ! Un style simple et soyeux comme tu le dis.
Par contre son dernier "Homère-Iliade" où il revisite le récit à sa sauce et pour le rendre accessible au plus grand nombre, ne m'a vraiment pas convaincu. En le simplifiant il a dénaturé ce véritable monument (même si j'y reconnais certains longueurs... Mais Troie n'a pas plié en un jour...

Je voulais te féliciter pour ton commentaire presque plus long que le livre (j'attends ton article sur les mémoires d'outre-tombe...) et je voulais savoir si tes principes avaient fini par trouver des champignons en Antarctique ????

Posté par Laurent, 27 avril 2007 à 13:28

Hé, ho, attends.
Je partais confiante, parce que ce livre ne m'a jamais donné envie, et là j'ai succombé avant même de lire le mot "tronche" (c'est-à-dire avant même que tu ne parles réellement du livre. C'est grave.)
Tu es pénible, parce que je suis interdite d'achats de livres, à cause de ceux qui m'attendent chez moi depuis des millénaires, à cause aussi de ceux que je peux trouver à la bibliothèque, et... dis, il finit bien, ce livre ?
Tu vas croire que je suis intéressée à chaque fois que tu parles d'un livre, mais je te promets de ne pas succomber quand tu écriras sur la grosse baleine (600 pages avec un bateau et la mer, ce n'est PAS possible pour moi). :-)
Bon. Je verrai, pour "Soie". En tout cas, ta manière d'écrire est toujours aussi géniale !

Posté par erzébeth, 28 avril 2007 à 15:30

* Ce que je fais de plus terrible parfois, quand c'est l'anni de quelqu'un, je lui achète un livre que je n'ai pas lu(en étant sûre que ça va plaire hein, j'achète pas Racine à ma cousine caillera, enfin si Racine, mais pas le dramaturge) et je lui lis avant en faisant super attention. Là je le fais moins, c'était surtout au collège avec les BD.
Sinon je comprend que ce livre ne te tente pas... J'aurai essayé! :D

* Laurent, je crois que ton explication de mes "égarements" est un peu légère mais mérite qu'on y regarde de plus près... Je te dirai.
C'est pareil pour moi, quand j'ai écrit le titre de mon post, je suis allée vérifier comment ça s'écrivait, craignant que tout le monde ne me fonce dessus...
Je ne connais pas les autres bouquins de Baricco, j'y jeterais un oeil.
Tu as trop raison, mon post (et ce commentaire) est limite plus long que le bouquin! Mais je ne peux pas m'empêcher, j'aime bien parler...
Quant à mes principes, ils cherchent, ils cherchent...

* Ma petite Aurélie, ça me fait trop rire de me faire remonter les bretelles à chaque post... Je devrais davantage parler des livres que je n'a pas aimé...Mais ce livre là, tu peux vraiment le lire en une heure!
A mon avis, le cachalot ne va tenter personne... Vu que je vais raconter toutes mes galères...

Eh merci de me dire de gentilles choses les gens! ;)

Posté par céline, 29 avril 2007 à 17:29

Ton commentaire est très bien fait. J'ai lu ce livre et je me rappelle l'avoir beaucoup aimé malgré son rythme un peu lanscinant qui berçait le lecteur par ses répétitions. Je m'aperçois d'ailleurs que je n'en avais pas fait de commentaire à l'époque. Sur mon blog tu pourras trouver les commentaires que j'avais faits sur les autres livres de cet auteur que j'avais lus.
http://aufildeslivres.over-blog.com/categorie-1221237.html

Posté par LN, 30 avril 2007 à 15:12

Aujourd'hui, je me suis perdue dans les méandres d'une librairie et j'ai effectivement vu que ce livre est : 1. tout petit, 2. écrit gros ! Comme je sais qu'il est à ma bibli, hop, je l'emprunterai et le lirai en une heure, ce week-end. Finalement, c'est bien quand tu parles de livres courts, c'est plus facile à caser dans mon terrible emploi du temps de lecture ;-)

Posté par erzébeth, 30 avril 2007 à 19:01

Ca y est, lu ! (je n'ai pas attendu le week-end, finalement).
Ca ne m'a pas passionnée, à part, très vite, le personnage d'Hélène... alors t'imagines comme la fin a pu "plaire" à mon coeur d'artichaut. :-)
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur cet amour, mais heureusement je suis flemmarde.
En tout cas, merci ! La lecture a été certes rapide, mais agréable. Il se peut que je suive à nouveau tes conseils, plus tard ! ;-)
Bon week-end, mademoiselle.

Posté par erzébeth, 04 mai 2007 à 11:44

* LN je pense que je vais bientôt me laisser influencer par tes commentaires... Pas tout de suite sinon les autres livres ne seront pas contents, mais bientôt...

* Aurélie, je suis contente que tu aies sombré du côté obscur en lisant un de mes livres! héhé C'est vrai que la fin est géniale! Elle nous force à revoir tout le livre d'un autre oeil! Hélène est très intéressante...
Je suis contente que ta lecture ait été agréable jeune fille...

Posté par céline, 05 mai 2007 à 16:04

Sobre c'est certain, épuré également mais TROP les personnages n'ont pas de relief et l'histoire reste plate.
J'ai lu et entendu tellement de bien de ce livre que j'ai été déçue.
Ce style épuré que l'on retrouve dans Neige de Maxence Fermine ne m'enchante guère!

Posté par Mlle Swann, 22 mars 2009 à 08:51

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