29 juin 2008
Lily la Tigresse - Alona Kimhi
Avertissement: note à haute teneur en digressions girly et blogguesques
La scène se déroule à Gibert, haut lieu de perdition parisien. Il faut savoir que je me fais un devoir d’éviter cet endroit, tout simplement parce que je préfère donner mes dollars convertis en peu d’euros aux librairies indépendantes au lieu des supermarchés de la kulture. Je sais que ceci est discutable, mais il s’agit de l’un de mes petits snobismes.
Or donc je suis à Gibert, et la raison pour laquelle j’ai envoyé valser mes principes, c’est que je devais acheter mes bouquins d’agrégation dans les plus brefs délais, et que ça me gavait d’avance de courir tout Paris pour trouver les bonnes éditions. C’est donc les bras chargés de bouquins déprimants – sachant que même Steinbeck, même Jane Eyre je les trouvais déprimants dans ce contexte – que je me retrouve au rayon poche.
Et là mes yeux sont attirés par une couverture guimauve, représentant une déesse de la fertilité une sucette à la main. Girly donc, voire chick lit. De quoi repousser agréablement la lecture de mes bouquins d’agreg.
Lily la Tigresse. Le titre me plaît : Peter Pan, tout ça.
La quatrième de couverture m’informe que c’est traduit de l’hébreu. Un peu de nouveauté dans ma Pile A Lire. Très bien, très bien.
Et puis le dernier paragraphe, que je tente de déchiffrer envers et contre l’étiquette du prix : « D’une drôlerie et d’une fantaisie ébouissantes, ce deuxième roman impose définitivement Alona …. raire internationale comme un des… naux de sa génération. »
Je suis convaincue, j’embarque Amos Oz pour faire bonne mesure, et les livres se rajoutent à ma pile de bouquins que je tiens des deux mains et que je finis de stabiliser du menton. Très pratique pour descendre les escaliers en toute dignité.
Mais venons en à Lily la Tigresse. Il a eu l’immense privilège d’inaugurer ma première session du club des théières dont le thème ce dimanche là était « les figures géométriques ». Praline et moi sommes tombées d’accord pour dire que le livre était rectangulaire et qu’à ce titre, il entrait tout à fait dans le sujet. Qui osera nous contredire ? Et puis ce n’est pas comme si j’essayais de faire passer le cœur pour une figure géométrique, sans parler de John le Carré…
Lily la Tigresse donc. Nous sommes à Tel Aviv, de nos jours, mais on pourrait très bien être à New York. Le premier chapitre raconte le déroulement d’une séance de masturbation dans la baignore au rythme de Schubert. Je n’ai toujours pas vu Sex and the City, le film, soit dit en passant.
Lily la Tigresse je disais. C’est l’histoire de Lily, cent douze kilos en comptant ses dents qui ont fait sa gloire. C’est aussi l’histoire de Ninouch, jeune slave maigrissime et contorsionniste, à la dentition pourrie. C’est enfin l’histoire du bébé tigre qu’elles adoptent et qui grandit. Ses dents aussi. Les trois histoires se croisent et fusionnent tour à tour, et chaque page que l’on tourne reconstitue une partie du puzzle de leurs vies. Autour gravitent un fiancé lâcheur, un mari violent, un ex qui expérimente des trucs bizarres sur son corps, une conductrice de taxi, un mac avant-gardiste.
Mais Lily la Tigresse m’a séduit parce que j’ai réussi à croire à des situations complètement oufs, qui paraîtraient ridicules si je vous les raconte comme ça. En réalité ces scènes, belles ou horrifiantes, m’ont parues comme autant d’irruptions inquiétantes du merveilleux, avec créatures magiques, monstres, coïncidence du monde animal et de l’univers humain. Le tout donne lieu à des réflexions dignes d’intérêt, dans un style parfois grave, parfois léger sans jamais trop se prendre au sérieux.
Lily la Tigresse est également d’une grande sensualité et témoigne d’un bel épanouissement de la chair féminine. Lily pèse cent douze kilos et chacun semble lui être source de plaisir. Lily vit pour toutes les fibres de son corps : on peut les sentir vibrer ! Bien sûr, elle se plaint de son poids de temps à autre, mais pas plus que n’importe quelle autre femme. Je n’ai jamais réussi à occulter son poids. Comme Rhett Butler et sa moustache. Ou Darcy et sa chemise mouillée. Et puis cette exaltation de la chair donne lieu à des scènes de galipettes assez tordantes.
Et puis Lily la Tigresse est plutôt imprévisible. Je me suis attendue à tout dans ce livre, mais je n’ai jamais été capable de deviner la suite correctement. Et c’est rafraîchissant tiens. Livre dévoré en un rien de temps, qui a su m’enchanter et maintenir mon intérêt de page en page. Mais point de Peter Pan. Ultime pied de nez au lecteur ?
31 août 2007
Mon nom est rouge - Orhan Pamuk
Aujourd’hui, en cette journée d’été caniculaire, de ma
chambre bostonienne balconée et très fenêtrée, je vais vous parler de
« Mon nom est rouge ». Au
mépris de mes obligations administratives comme ouvrir un compte bancaire à la Bank of America par exemple.
Laissons de côté ces contingences matérielles et projetons
nous plutôt à Istanbul, hiver 1591. Il neige et il y a un puit bizarre. Une
voix en sort. C’est le cadavre à l’intérieur qui s’adresse à nous. Il n’est pas
très content d’avoir été assassiné.
Le roman introduit ainsi de façon très cavalière l’histoire
polymorphe et polyphonique de « Mon nom est rouge ». Le cadavre – feu
Monsieur Délicat, peintre hors pair et farouche défenseur de la peinture
traditionnelle ottomane- nous révèle d’emblée les raisons de son meurtre :
on voulait le faire taire. En effet, l’influence de l’art occidental, en
particulier vénitien, se fait sentir dans le milieu des miniaturistes de
l’atelier du Sultan avec la découverte du portrait et de l’affirmation du
« style », ce qui va à l’encontre de leur conception ordinaire de la
peinture. Le meurtre de Monsieur Délicat fait donc partie d’un complot contre
l’art ottoman, sa culture, ses traditions et partant, l’empire.

Un autre thème le double, celui de la confrontation de l’Orient et de l’Occident, problème tristement contemporain que l’auteur fait remonter au 16è siècle. On y retrouve avec inquiétude fatwas intellectuelles, (auto)censure, fondamentalisme et anathèmes.
L’auteur décrit et dénonce ainsi la vérité des choses, à travers une œuvre de fiction. Et comme pour mieux nous en convaincre, les derniers mots du livre sont consacrés à « Orhan », à qui sa mère confie l’histoire de « mon nom est rouge » afin qu’il la retransmette à son tour, « Car Orhan ne recule, pour enjoliver ses histoires, et les rendre plus convaincantes, devant aucun mensonge. »
Je disais personnages, mais en fait l’auteur fait parler des
objets comme une pièce de monnaie, un dessin (pas de détails croustillants pour
le coup) (quoique, elle s’est retrouvée dans de drôles d’endroits la pièce de
monnaie). A chaque nouveau chapitre, je trépignais d’impatience de découvrir le
nouveau narrateur ! C’était trop Noël !
Encore un autre exemple : un artiste ne peut affirmer
son style dans sa peinture car c’est signe de prétention. Il doit obéir avec
humilité aux canons instaurés depuis des siècles par les plus grands peintres.
Et puis on y découvre aussi Istanbul et sa vie de tous les jours. Exemple : les jeunes gens communiquent via les vendeurs ambulants en toute discrétion (enfin, tout est relatif, puisque ces lettres sont lues par les facteurs sans scrupules en question)
Et pour achever de séduire la midinette que je suis, il y a aussi une belle histoire d’amour bien littéraire et romanesque comme il se doit, avec des obstacles, des interdits et tout. Les Mille et une nuits ne sont pas loin…
06 août 2007
Harry Potter and the Deathly Hallows - J.K Rowling *
PAS DE SPOILERS! AVANCEZ SANS CRAINTE! (je n'ai jamais parlé de façon aussi abstraite d'un livre, parfois je m'impressionne moi-même.)
Bien sûr, je suis une grande fan.
Pas de quoi me pointer déguisée à minuit le 21 juillet devant le WH Smith. Pas de quoi non plus me lancer dans le marathon "lire-en-une-nuit".
J'étais même prête à laisser la priorité de lecture à mon frère, rendez-vous compte.
Je lui ai laissé 24 heures. Ce n'est pas la fête non plus.
Maintenant j'ai enfin la réponse à mes questions les plus obsédantes:
- qui va y passer: Voldemort et/ou Harry?
- Snape est-il un fils de sa mère ou un gentil qui avance masqué comme j'aime à le penser?
- Que devient-IL?
- Harry va-t-il passer du côté obscur de la force? (je sais, c'est absurde)
Voilà, vous ne saurez rien, sauf qu'il s'agit d'un des meilleurs livres de la série: il est riche en nouvelles aventures, en rebondissements et en coups de théâtre auxquels IL n'est pas étranger. J'étais un tout petit peu déçue par les deux précédents ("l'ordre du phoenix" et "le prince de sang mêlé"), du fait du manque d'action pendant 500 pages que les 50 dernières tentent de rattraper comme elles peuvent. Dans les "Deathly Hallows", tout est parfaitement dosé et l'on ne s'ennuie pas une seule seconde.
Si ce tome est le plus noir, il s'y trouve tout de même de beaux moments d'émotion et d'amitié. J'en ai pleuré comme une madeleine. Ce que j'admire chez l'auteur, c'est qu'elle est parvenue à les rendre sans qu'ils paraissent gnangnan, ce qui n'était pas gagné. Il s'agit d'un livre mûr, qui a évolué avec son héro et qui conclut la série en beauté. Car la boucle se boucle, de façon cohérente et convaincante.
La seule chose avec laquelle j'ai eu du mal (mais c'est depuis les premiers tomes), c'est la façon dont l'auteur justifie l'über power d'Harry vis-à-vis de Voldemort: il serait protégé par l'amour de ses parents morts pour lui. Je trouve qu'il s'agit d'une pirouette un peu trop facile et bien pensante, mais bon je veux bien marcher.
J'ai eu une difficulté pendant la lecture: le récit fait appel à des souvenirs très précis des autres tomes, et si on ne s'en souvient plus très bien, on a du mal à se rappeler certains sorts et personnages, à comprendre la référence à certaines blagues et anecdotes. Mais heureusement, certains sites peuvent nous rafraichir la mémoire.
Potterophiles de tous les pays, manifestez-vous!
Et les autres, veillez à ce qu'il ne vous arrive pas la même mésaventure qu'à une de mes connaissances. Appelons le Paul. Paul en est aux tous derniers chapitres du "Deathly Hallows". Il est trois heures du matin. Paul est tout content à l'idée qu'il va ENFIN connaître la fin. Aussi, quelle n'est pas son horreur quand il s'aperçoit qu'il lui manque les trente dernières pages! Non, ce n'était pas un coup de Bellatrix Lestrange, mais d'un ami (?) à lui dont la cruauté et le sadisme depassent l'imagination moldue.
Rassurez vous, Paul a fini par récupérer ses pages (soigneusement enfermées dans une enveloppe) le lendemain soir après une longue journée de torture, non sans avoir sérieusement malmené son ami (?).
Il y en a qui méritent Azkaban parfois.
Edit du 24/08/07: Allez voir les avis de Lilly et Lou (qui diffèrent un peu du mien mais elles ont quand même aimé) et de Fashion Victim (qui nous fait un best of de la saga)
26 juin 2007
The Hours - Michael Cunningham *
Bilan provisoire au matin du 18 juin 2007 :
- visionnages du film : fait (dont deux fois au cinéma)
- lecture-accrochez-vous de « Mrs
Dalloway » : fait (et si ce n’est pas fait pour vous, allez jeter un
œil à mon post)
- chapardage éhonté du bouquin « The Hours » :
fait
- mémoire de master : écarté
- expérience homosexuelle : pas fait
- litre de thé vert à l’amande : prêt
La lecture de « The Hours » est déclarée ouverte.
Il faut un peu connaître l’histoire de V.Woolf cependant. Là c’est pas bien compliqué, il suffit de savoir qu’elle faisait partie du Bloomsbury Group (un groupe d’intello qui se la pétait un peu et où tout le monde batifolait avec tout le monde), qu’elle avait des crises de folie (pendant lesquelles elle entendait des oiseaux chanter en grec) et qu’à cause de ses problèmes de santé, elle s’est retrouvée bloquée dans la banlieue de Londres qu’elle ne supportait pas (comme je la comprend). Elle finit par se suicider par noyade dans la rivière Ouse en 1941. Elle a révolutionné en littérature le modernisme dit britannique, avec sa technique d’écriture (« the stream of consciousness ») par laquelle elle explore les pensées les plus profondes de ses personnages. En gros. Je devrais écrire des articles Wikipédia.
Dans le film, les dernières paroles de V.Woolf expriment
très bien cela :
« Dear Leonard. To look life in the face, always to look life in the face and to know it
for what it is, at last, to know it, to love it for what it is, and then to put
it away. Leonard, always the years between us, always the years, always the
love, always the hours.”
Le poète choisit de mourir pour garder intacte la
vie,en lui et chez les autres. Mourir pour des idées. Il y a ce moment
extraordinaire où Virginia Woolf choisit lequel de ses personnages dans
« Mrs Dalloway » va être sacrifié :
« Clarissa
will be bereaved, deeply lonely, but she will not die. She will be too much in
love with life, with London. Virginia imagines someone else, yes, someone strong of body, but frail-minded;
someone with a touch of genius, of poetry, ground under by the wheels of the
world, by war, by government, by doctors; a someone who is, technically
speaking, insane, because that person sees meaning everywhere, knows that trees
are sentient beings and sparrows sing in Greek. Yes, someone like that.
Clarissa, sane Clarissa – exultant, ordinary Clarissa- will go on, loving London, loving her life of ordinary pleasures, and someone else, a deranged poet, a visionary, will be the one to die."
On voit des personnages qui s’aiment, qui rient. Car ce
livre est aussi un éloge de l’amour qui donne un sens à la vie des personnages.
Et moi l’amour, je trouve ça cool.
Voilà, j'ai fait ma pub! Si vous n'êtes pas convaincus, allez du côté de chez Lilly ou encore Cécile.
Qui elles aussi battent des deux mains devant un livre dont l'auteur est... toujours vivant bizarrement.
Edit: au diable la distance critique, lachez tout et courez voir le film, achetez vous le dévédé en dix exemplaires pour être sûrs que vous en aurez toujours un quoiqu'il arrive. C'est une véritable merveille, les acteurs sont juste fabuleux (mention spéciale à Nicole et son nez, Ed avec sa robe de chambre), la musique superbe, et tout le film finit par vous tordre les tripes d'émotion.
Verdict: Je relirai.
26 avril 2007
Soie - Alessandro Baricco
Il paraît que ce livre est un best seller.
Heureusement que je ne le savais pas au moment de le lire, sinon vous ne liriez
pas ce post. Pourtant c’était écrit sur la quatrième de couverture : «
Soie, publié en Italie en 1996…est
devenu en quelques mois un roman culte ». Certes, il n’y a pas l’énorme
bandeau rouge « Best Seller » qui clignote autour de lui, mais ça
veut dire ce que ça veut dire (les fourbes).
Je me suis donc laissée surprendre par ce livre minuscule
(quel soulagement après les pavés de ces derniers mois !) dont je ne
connaissais rien. Et c’était bien agréable, même si je n’avais pas la
conscience tout à fait tranquille en le lisant. Parce que c’était un cadeau
pour l’Homme. Il fallait donc faire attention à ne pas corner les pages, laisser
tomber des miettes de gâteau, des gouttes de thé aux fleurs orientales.
Question de principes. Puis l’Homme m’a dit d’envoyer mes principes ramasser
des champignons en Antarctique. Il est bien ce garçon. Mais du coup le livre en a pris plein la tronche.
Le pitch : L’histoire commence en 1861.
« Flaubert écrivait Salammbô. » nous dit l’incipit. (Comment ne pas
se sentir en confiance avec une telle référence kulturelle ? ) Hervé
Joncour achète des vers à soie. Il est envoyé au Japon car c’est là qu’est
produite la soie la plus fine du monde. Alors que sa vie avait toujours été un
long fleuve tranquille, ni heureuse, ni malheureuse, elle bascule lorsqu’il
croise le regard d’une femme. « Ses yeux n’avaient pas une forme orientale
et son visage était celui d’une jeune fille ». Chaque année, il fera ce
voyage jusqu’au bout du monde pour la voir mais revient toujours auprès de son
épouse qui l’attend, nouvelle Pénélope, bien moins lisse qu’il n’y
paraît .
C’est un récit très simple, à l’écriture tout en
finesse et sobriété, allant droit à l’essentiel. Il semble imiter le
raffinement délicat de la calligraphie japonaise. C’est l’histoire d’un éternel
recommencement, les voyages formant un cycle dans la vie de cet homme oscillant
entre l’Ici et l’Ailleurs jusqu’à la fusion des deux. L’auteur survole les
années, la distance pour se concentrer sur des détails, toujours les mêmes,
troublants du fait de leur isolement : le flamboyant d’une robe, d’un
regard, le toucher de la soie. J’ai trouvé ce roman hypnotique, justement à
cause de son côté « variations sur le même thème ». Il s’agit de le
lire lentement pour savourer les détails. Mais d’autres peuvent trouver ça
chiant comme la pluie.
Ce roman est très sensuel. On nous dit le soyeux
d’un tissu, le velours d’une voix. Le plus important n’est pas ce qui est dit,
mais ce qui est suggéré, ce qu’on nous donne à imaginer, d’autant plus qu’il y
a peu de paroles. Il y a vraiment un contraste entre la sobriété du style et la
passion que l’on perçoit en filigrane dans le triangle formé par l’homme et les
deux femmes. Cette passion apparaît dans tous les sens du mot : amour
spirituel, désir, souffrance, soumission (On dirait le pitch d’un épisode de
Sunset Beach, c’est terrible.)Tous les trois sont rattachés par un fil de soie,
fragile et ténu en apparence, mais en réalité très solide et précieux. Leur
histoire peut sembler invraisemblable, en fait elle l’est, mais ce n'est pas grave.
Il s’agit de se laisser porter.
C’est incroyable à quel point ce tout petit livre,
réutilisant les mêmes mots tout simples, est riche, jamais monotone dans sa
lenteur. D’autant plus que le coup de théâtre final nous fait revenir en
arrière pour relire le livre sous un autre jour, créant ainsi un roman dans le
roman. En même temps c’est très léger, comme en suspension, une toile
d’araignée. Soie, le bien nommé.
Ce que ce roman nous apprend, ainsi qu’au héros,
c’est la force de l’amour qui nous submerge sans même qu’on le sache. Et que, foudroyé par son immensité insoupçonnée, on comprend
parfois trop tard.
C’est la minute Nat King Cole : «♪ The greatest
thing you’ll ever learn is just to love, ♫and be loved in return♪ ».
Et ce que j’ai bien aimé, c’est que
l’auteur ne nous assène pas de grosse leçon de morale en nous faisant les gros
yeux. Encore une fois, c’est à nous de le comprendre.
Au final, même si ce livre n’a pas complètement
bouleversé toutes mes certitudes littéraires, historiques et mathématiques, je
l’ai trouvé très beau, et je suis sortie de la lecture sereine et apaisée. Maintenant je vais me remarteler les nerfs avec un cétacé désormais célèbre sur ce blog.
24 janvier 2007
Non quoi *
Je viens de finir le tout dernier Harry Potter, et je ne suis pas d'accord. Ca ne va pas du tout,
faut le faire ressusciter dans le 7.
En général, l'intrigue ne m'intéresse pas plus que ça dans Harry Potter, je le lis davantage pour son univers. Ce sont mes dix minutes de lecture avant d'aller faire dodo, histoire de me sentir bien. D'ailleurs les "mille et unes nuits" vont le relayer dès ce soir. Je ne sais pas si c'est une bonne idée d'ailleurs, j'ai cru comprendre que c'était sacrément olé olé.
C'est là que je vais me contredire : je suis un peu remontée contre l'auteur au niveau de l'intrigue justement. Qu'il ne se passe pas grand chose pendant les 4/5è du livre, ce n'est pas grave. Que pendant le dernier 5è, on croit qu'il se passe quelque chose, et en fait il ne se passe rien, soit. C'est la critique que l'on fait communément de ce 6è tome,mais ça ne m'a pas dérangée plus que ça. S'il n'est pas riche en action, il l'est au niveau du contenu. Il participe à la cohérence de l'univers au niveau temporel, et explique comment le monde des sorciers en est arrivé là.
Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé, même si ce n'est pas mon préféré de la série.
Mais alors là, l'"Adava Kedavra" lancé par ***** sur *****, moi je dis non.
J.K Rowling, je sais que tu me lis. Alors tu te débrouilles comme tu veux, mais je VEUX le revoir dans le tome 7. Faut pas te croire tout permettre non plus.
J'ai dit.
30 décembre 2006
Marilyn, les dernières séances - Michel Schneider
Ce livre vient juste de sortir et je
l’ai acheté. Je l’ai même lu. Je répète :
il est vieux d’à peine quelques mois, et je l’ai acheté
et lu. Ceux qui me connaissent savent. Pour moi un bon
écrivain est un écrivain mort.
Non ce n’est pas vrai. C’était juste pour voir vos têtes.
En réalité, mon étagère d’ « A lire » est en train de s’écrouler. Façon de parler car mon étagère est une bibliothèque. Donc je ne lis pas ce qui sort et reçoit de tonnes de prix simplement parce que chez moi, tout le monde doit faire la queue. Même Kundera.
Mais là, ce n’est pas pareil. C’est sur Marilyn. Et en sa qualité de béguin number 2, elle est passée devant tout le monde, et même de façon tout à fait légale. Vous voyez Disneyland : tout le monde doit faire la queue pour le Space Mountain, mais certains ont droit à ce qu’on appelle un « Fast pass » (=droit de passer devant tout le monde en ricanant un peu). Là c’est la même chose.
Passons aux choses sérieuses : le pitch.
Le pitch : (celui de l'éditeur,
mea culpa, mais je le trouve bien fait...)
Trente mois durant, de
janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le
plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste
freudien. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à
se lever, de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à
aimer, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné
comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un
enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau (hum
pas terrible la métaphore, même s'il se rattrape après),
mais pour avoir été la dernière personne à
l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée
morte, on l'accusa d'avoir eu sa peau. Telle est l'histoire. Deux
personnes qui ne devaient pas se rencontrer et qui ne purent se
quitter. Des mots noirs et des souvenirs blancs. Dans la lumière
adoucie d'un cabinet de psychanalyste se redit la dernière
séance de Marilyn.
Ce livre est plutôt paradoxal. En
effet, il nous montre à la fois Marilyn et Norma Jean.
Marilyn, parce qu'il présente son histoire comme un film :
tout commence par l'image mystérieuse d'une belle femme morte,
allongée sur son lit, et on remonte le temps, comme dans
certains films. Marilyn ressemble aussi étrangement à
l'héroine de Billy Wilder, Norma Desmond du « Boulevard
du Crépuscule », ancienne très grande
actrice qui sombre dans la solitude et la folie. Et en effet, « comme
les cheveux de Marilyn, ce roman – ces romans emmêlés
– est vraiment faux ».
Et en même temps Norma Jean :
l'auteur nous montre derrière la ravissante idiote la jeune
femme qui lisait Joyce, avait un regard critique et désabusé
sur le cinéma, l'amour, la vie et surtout sa vie. On entend
ses propres mots, on lit des extraits de ses lettres. La conscience
très claire qu'elle avait du manque de sens de sa vie et de
l'impossibilité de lui en donner un, du fait du regard de
l'autre la réduisant à une fille « sexy »,
est quelque chose de tout à fait terrifiant. L'enfer c'est les
autres, comme dirait l'autre.
Et cette schizophrénie est au
fondement même de la tragédie.
De la même façon, le livre
prend la forme quelque peu factice d'une enquête policière
pour découvrir non pas qui, mais qu'est-ce qui a tué
Norma Jean Baker. Les médicaments? Ses amours malheureuses?
Son extrême solitude? Le refus qu'elle avait de s'identifier à
Marilyn Monroe tout en l'incarnant? Un cocktail explosif avec une
pincée d'un peu tout? Cette enquête se nourrit
d'éléments réels (comme son passé
d'actrice pornographique) comme fictionnels (les moments où
elle sort déguisée), et parfois aussi à la
limite des deux. Difficile de déceler le vrai du faux, mais on
s'en fout car « seule la fiction donne accès au
réel ».
Et en effet, ce livre nous offre à
travers Marilyn un regard sans complaisance sur l'univers du cinéma,
de la politique, du monde de l'analyse et aussi sur les relations
humaines. Ce regard nous aide à comprendre le regard injecté
de sang, le teint terne, les cheveux morts de la Marilyn de la
Dernière Séance de Bert Stern.
- mais pourquoi vouloir filmer en
noir et blanc, demanda Marilyn au metteur en scène (John
Huston – the Misfits)
- Parce que avec tes yeux
injectés de sang, tes capillaires éclatées par
la dope on n’aurait pas pu tourner en technicolor même si
j’en avais eu l’intention et le budget. Ne prends pas ça
mal et ne va pas te faire une autre rasade de pilules. Je ne
t’aimerai pas plus morte ! Les névrosés suicidaires
m’ont toujours tapé sur les nerfs. Tuez-vous si vous devez
vous tuer mais n’emmerdez pas les autres…
(Sympa)
A ce niveau, ce livre a valeur de
documentaire, à travers le fourmillement de détails
qu'il nous donne sur cette société.
Sa construction est également digne d'intérêt. L'auteur nous présente chapitre par chapitre des fragments de vie qui paraissent comme éclatés et souvent comme n'ayant pas de rapport entre eux : « une suite d'images brisées parcourue de reflets à contresens » qui au final forment les touches d'un tableau, se complètent, se fondent, tout comme l'existence de Norma Jean Monroe. De plus, ces chapitres sont extrêmement courts et se succèdent très rapidement, ce qui donne le sentiment d'une course. Et ici d'une course à la mort.
Mais évidemment, comme c'est Marilyn qui m'intéresse, j'ai eu envie d'arrêter ma lecture à la page 437, le moment où elle disparaît. Après tout, je serais restée dans l'ambiance, car elle ne finissait jamais de livres.Les états d'âmes de Ralph Greeson, voilà quoi. Mais bon, en sage lectrice je l'ai fini, péniblement.
Au final, même si ça peut faire « Hollywood stories », même si l'écriture n'est pas toujours à la hauteur, j'ai lu ce livre avec beaucoup de respect, de tendresse et de tristesse.
Je ne peux pas m'empêcher :
Elton
John – Candle in the wind. (Lui
aussi, il avait tout compris!)
Goodbye
Norma Jean
Though I never knew you at all
You had the grace to
hold yourself
While those around you crawled
They crawled out
of the woodwork
And they whispered into your brain
They set you
on the treadmill
And they made you change your name
And it
seems to me you lived your life
Like a candle in the wind
Never
knowing who to cling to
When the rain set in
And
I would have liked to have known you
But I was just a kid
Your
candle burned out long before
Your legend ever did
Loneliness
was tough
The toughest role you ever played
Hollywood created a
superstar
And pain was the price you paid
Even when you died
Oh
the press still hounded you
All the papers had to say
Was that
Marilyn was found in the nude
Goodbye Norma Jean
From the young
man in the 22nd row
Who sees you as something as more
than sexual
More than just our Marilyn Monroe
15 octobre 2006
Le Dieu des petits riens (The God of small things) - Arundhati Roy *
Oui je sais, j’ai dit que je ne lisais pas d’oeuvres contemporaines.
Je ne me souviens plus exactement comment j’ai découvert ce livre. Je crois que c’est en lisant un article sur la littérature indienne contemporaine dans Télérama. Oui Télérama. Je suis une ancienne khâgneuse qui lit Télérama, et alors? J’accumule les clichés si je veux. Revenons à nos renards.
J’ai vécu une bonne partie de mon enfance en Inde et je suis restée très attachée à cette culture. Mais jamais il ne m’est venu à l’idée d’aller jeter un œil à sa production littéraire. La Lumière m’apparut. Télérama, si tu me lis, merci à toi. J’ai choisi Le Dieu des petits riens un peu au hasard. Je suis tombée dessus dans une librairie spécialisée en littérature asiatique, je me suis donc lancée.
Cette lecture fut assez déconcertante. Tout d’abord le roman - la trame narrative, les thèmes abordés, l’écriture, la structure - est très déstabilisant et fascinant en lui-même. On s’y perd un peu.
Mais je me suis en même temps retrouvée dans un univers qui m’était très familier. Je revoyais ces paysages, je sentais ces parfums, j’entendais ces rumeurs. Je ressentais toute la torpeur et la fébrilité du monde de mon enfance. Ce n’était pas un roman sur l’Inde, mais un roman indien. Et de fait, ce familier était extrêmement perturbant, par les souvenirs qu’il évoquait et parce que C’ETAIT l’Inde. Le lire fut difficile et douloureux.
En plus j’étais interrompue par mon travail (aider des étudiants à se loger en l’occurrence) toutes les deux minutes, ce qui n’arrangeait rien.
Le pitch : Rahel et Estha, deux jumeaux de huit ans, sont un jour confrontés à un événement terrible et contraints de choisir entre la vérité et le mensonge censé sauver leur mère. Ils sont séparés, puis fuient, et ne se retrouvent que bien des années plus tard, brisés, dans leur maison. Leurs souvenirs les obsèdent. Par bribes, dans le désordre, avec lenteur et souffrance, le passé nous est donc révélé. On y voit évoluer les protagonistes du drame avant que leurs vies ne s’effondrent : Mammachi la grand-mère dirigeant une fabrique de « confitures » trop sucrées, Chacko l’oncle coureur de jupon et coco pour rigoler, Baby Kochamma la grand-tante nourrissant une passion mystique pour un prêtre irlandais, Ammu la mère divorcée coupablement amoureuse de Vélutha l’intouchable, Margaret et Sophie Mol, une anglaise et sa fille fuyant leur passé… Oui, tout ça. Et quand yen a plus, yen a encore ! Je continue?
Toute la beauté de ce récit tient dans son écriture très imagée, la manipulation poétique des mots. En effet, le narrateur adopte le plus souvent le point de vue des enfants, et de fait les choses sont perçues avec un œil neuf, sans les lieux communs et les platitudes du langage et de la pensée formatés.
Le texte est ainsi émaillé de
réflexions d’enfants, de comptines, de jeux avec les mots. Ainsi « statut
légal » devient « statue l’Egale » pendant tout le texte. Il
nous rend aussi compte de la découverte d’une langue barbare à un âge très tôt.
« Quand les jumeaux demandèrent à
quoi servaient les boutons de manchette et s’entendirent répondre, par Ammu,
que c’était pour « boutonner les manches », pareille logique
linguistique, dans ce qui, jusqu’ici, leur avait paru être une langue
illogique, les réjouit au plus haut point. Bouton + manchette = bouton de
manchette. »
Il insiste également sur des détails surprenants, de ceux auxquels seuls les enfants peuvent accorder de l’importance. Le texte fait ainsi grand cas du « va-va » de Rahel (« deux perles sur un élastique qui n’expliquent en rien un nom pareil »), de la coupe à la (P)Elvis d’Estha qui ne tient jamais le choc de la vie quotidienne, du vernis sur les ongles de Vélutha.
On assiste également à l’exploration et à la catégorisation du monde par des enfants. Ainsi, le vendeur de boisson, devenu « l’Homme-Orangeade-Citronnade » initie Estha de façon triste (et crade) au monde des pervers sexuels.
Bon ça suffit pour les mômes.
L’autre spécificité du texte est sa dimension tragique. Le drame nous est annoncé dès le départ : tous les bribes de récit font sens vers la tragédie en question, toute la vie des personnages s’y dirige, même si seuls Ammu et Vélutha sont des héros tragiques au sens propre. En effet entre la Touchable et l’Intouchable, l’amour nait, scandaleux et passionné. Ils se touchent ; le désordre, l’anarchie menacent cette société de castes si bien réglée. Leur hybris, la démesure de leur amour coupable, leur contestation de l’ordre social ensemble et séparément en font les héros au sens classique d’une tragédie moderne.
Pour en revenir aux jumeaux, Estha et Rahel adultes (c’est-à-dire bien après les faits) prennent le relai, et deviennent des héros tragiques non au niveau d’une société particulière mais au niveau de la société en général. Si ça se trouve c’est un peu far fetched, mais il me semble qu’ils développent une relation sensuelle pour le moins troublante. Moi je ne mate pas mon frère (dit Gégé)(non il ne s’appelle pas Gérard) à poil, en me disant « ouah l’est trop bien foutu » avec une boule à l’estomac (te vexe pas mon Gégé). Maintenant chacun son truc hein, je ne juge personne. Mais voilà quoi. Et dans cette société humaine qui dit «qui aimer, comment et jusqu’où », nos jumeaux sont eux aussi mal barrés.
« C’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus
d’espoir, le sale espoir ; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat,
avec tout le ciel sur le dos, et qu’on n’a plus qu’à crier, – pas à gémir, non,
pas se plaindre, – à gueuler à pleine voix ce qu’on avait à dire, qu’on n’avait
jamais dit et qu’on ne savait peut-être même pas encore. Et pour rien : pour se
le dire à soi, pour l’apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu’on
espère en sortir. C’est ignoble, c’est utilitaire. Là, c’est gratuit. C’est
pour les rois. Et il n’y a plus rien à tenter, enfin ! ». Anouilh, Antigone
Cette définition de la tragédie par Anouilh explique la lenteur, la torpeur de ce récit. On prend tout son temps pour arriver au moment du drame en lui-même, avec de multiples allers-retours entre passé et présent. Ainsi la tension est palpable durant toute l’œuvre.
Des bribes de souvenirs recréent
la tragédie. "On ne dit que les
Petites Choses. Les Grandes tapies à l'intérieur restèrent inexprimées."
Ya aussi tout l’arrière fond politique, mais j’ai pas suivi. Chiant.
Et last but not least, ce bouquin m’a donné envie (avec « Moulin Rouge », aaaah Ewan…..) de regarder « la Mélodie du bonheur ». Il raconte tout le début du film! Et vous savez quoi ? Ce n’est même pas si mièvre que ça. Avec un titre pareil on pouvait légitimement s’attendre au pire. Mais faut savoir qu’en anglais le titre fait un peu moins pitié, c’est « the Sound of music ». Mais qu’est-ce qui est passé par la tête des traducteurs ???
