un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

13 juin 2007

Ensemble (tout devient possible, même ça), c'est tout - Anna Gavalda

Attention : note à forte teneur en vénéritude… Car oui, je suis un peu vener. Et je prie ceux qui ont aimé ce livre d’excuser paranna avance la verdeur de mon ton. Il faut que je me lache !

Une amie m’a prêtée « Ensemble c’est tout » d’Anna Gavalda.

Pitch de l’éditeur : " Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... " Camille dessine. Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire, c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils s'aident à se relever.

Je ne sais pas comment le dire autrement : ce livre n’a rien à voir avec la littérature.

Bon, je vais dire les trucs gentils, comme ça on passe tout de suite au reste. L’histoire est mignonne, les personnages sont attachants, ça finit bien, on est contents pour eux.

(Voilà, la véner-attitude commence) Mais malgré les apparences, il est difficile à lire. Les mots sont pourtant très simples, voire monosyllabiques. Les phrases sont réduites à la structure S-Vb-Complément en dehors de laquelle point de salut. L’histoire n’est pas très complexe. Les références historiques/littéraires/artistiques ne sont pas dures à repérer malgré leur côté très allusif. Mais j’ai failli arrêter de lire plusieurs fois, complètement exaspérée, avant de me reprendre : « allez, tu as laissé sa chance à Stendhal (ô pardonne moi ce rapprochement) pendant deux ans, fais un effort pour l’amour de l’Equité. »

Pourquoi tant de haine ?

Voici pêle-mêle:

- L’auteur veut nous parler du bonheur. Son message : peu importe les sales coups de la vie, pourvu qu’on soit « ensemble, c’est tout ». L’union fait la force. Aimez vous les uns les autres. Un pour tous, tous pour un. Rejeter son prochain parce qu’il est différent, c’est mal. Aimer, par contre, c’est bien. C’est rempli de bons sentiments, c’est bien pensant à outrance, pire qu’une comédie musicale américaine (où au moins c’est assumé).

- On n’a AUCUNE surprise sur l’histoire en général. Non seulement on voit venir la fin depuis le début, mais en plus on sait comment ça va venir. C’est quand même terrible. Bon, il y a des petites choses inattendues, mais qui n’apportent pas grand-chose. Mais à partir du moment où les trois personnages principaux se rencontrent, c’est fini.

- Parlons-en des personnages… Des caricatures verbalisées.

* Le gros dur au cœur tendre et avec une moto (et le tatouage de biker ? où est-il passé ?)  
* L’aristo coincé, féru d’histoire, citant ses ancêtres et employant un langage châtié, avec un château, un vrai (elle n’a pas osé ? ben si) ;
* La jeune fauchée artiste et cultivée (ah oui, moi qui croyait que tous les pauvres étaient cons et incultes…) ;
* La grand-mère avec un joli jardin qu’on met dans une maison de retraite et qui se laisse dépérir (……….).
Et le tout avec une enfance malheureuse, dont on finit par apprendre les détails dans des coming-out larmoyants (oui, là il faut pleurer lecteur, tu vois pas le panneau « pleurer »?). Mais après, ensemble, ils sont heureux (là lecteur, il faut sourire. Il faut tout t’expliquer.)
Je ne m’en remets toujours pas…

 - Le style est d’une médiocrité affligeante. Référez vous dans un premier temps à ce que j’ai mentionné ci-dessus. Mais quand il n’y en a plus, il y en a encore. Il y a beaucoup trop de (mauvais) dialogues, où l’on a du mal à comprendre qui parle à qui et de quoi, où les personnages s’arrêtent au milieu de leurs phrases. Peu de liaisons entre les (très courts) chapitres, voire parfois entre les paragraphes. Ca fait très « oh, je ne sais pas comment faire une transition, pas grave, j’en fais pas ».

Et puis ça m’exaspère tellement le style qui se veut branché… Genre on emploie des mots de djeunz dans une langue très oralisée. Si ces mots contenaient un message, ça passerait, mais là on touche le fond du gouffre de l’inanité « littéraire »…
Et puis de temps en temps un mot trisyllabique pour rappeler qu’on est dans un bouquin ici, hein, c’est pas la fête non plus.
Ce qui passe dans un blog est inadmissible dans ce qui se veut une œuvre littéraire. Quelle imposture.

 - Je crois que ce qui m’énerve le plus, c’est le nombre de références artistiques et historiques qu’on nous balance sans trop de justification ni de développement. Genre ça fait bien de citer Vivaldi, Dürer, Charles Quint (limite ensemble, au point où on en est…). Parfois, on trouve même des listes pour montrer qu’on connaît. L’auteur veut peut-être faire croire qu’elle a pondu une œuvre intelligente. Avec tous ces noms, ça ne peut pas être autrement.

Bon, pourquoi est-ce que je l’ai lu jusqu’au bout ? Parce que c’est agréable et léger à lire si on fait attention à l’histoire en elle-même uniquement, un peu comme un croissant ou une glace, ce qui justifie son succès. Ce livre m’a fait sourire. Oui, mais un sourire : « c’est mignon ». Je n’ai pas vibré, rêvé, je ne me suis pas sentie bouleversée. C’est ce que je demande à un livre en général.
Je n’ai pas ressenti leur bonheur, ni celui de l’auteur à l’écrire. Pour un livre dont le but est de rendre les lecteurs heureux, ce n’est pas un franc succès (en ce qui me concerne). N’est pas Stendhal qui veut. Le master de l'écriture du bonheur, c'est lui.

C’est terrible, Anna Gavalda m’a fait inaugurer une nouvelle rubrique dans mon blog : « Sacrés monstres » est déclarée ouverte.

Edit: Je suis sûre que l'histoire passe mieux en film qu'en livre... Si quelqu'un peut confirmer (ou non)...

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20 novembre 2006

Astérix et la rentrée gauloise - Uderzo et Goscinny

Je ne voulais pas d’abord. Quand il est sorti il y a trois ans, il m’a tout de suite fait l’effet d’un gros coup commercial : c’étaitast_rix une insulte à mes VRAIS Astérix adorés, tout vieux et déchirés. Et puis ils avaient déjà fait le coup en 1993, alors non seulement c’était du réchauffé mais du réchauffé de réchauffé. On pouvait me dire « oui mais ya des inédits, et puis des trucs difficiles à retrouver aujourd’hui et tout et tout. » Oui mais non. Je refusais de céder à cette vaste machine à fric exploitant les productions d’un artiste après la mort dudit artiste (ici Goscinny, mais c’est aussi valable pour Tupac qui continue à tourner des films, oui oui). On ne m’aurait pas nonmaisho. La puriste a parlé.

 Mais je l’ai lu, pour l’amour d’Antoine.

 Antoine est le petit garçon à qui je suis censée apprendre l’anglais. Inspirée par l’esprit de la Pédagogie (et de la Démagogie), je me suis décidée à lui transmettre le flambeau de la langue d’une manière qui a déjà fait ses preuves  : lire des bédés en anglais. Et hop : « Asterix in Corsica ».

 Je suis une puriste qui lit Astérix en anglais, il y a un problème?

 La question fatale n’a pas tardé : « Vous me le donnez ? ». Et la réponse impitoyable a suivi : « Non Antoine, je ne peux pas. ». Je me sentais horrible. Il fallait me rattaper. « Non, je ne te le donne pas, mais si tu veux, je peux te le prêter.

- Ah chouette alors !

- Mais tu fais très attention hein ! pas de taches, pas de déchirure, pas de miettes, d’accord ? (c’est vrai quoi, c’est un de mes Astérix adorés, tout vieux et déchiré)

- Oui d’accord. Mais en échange je vais vous prêter une bédé à moi. Tenez, prend celle-là (« La rentrée gauloise » donc). Je suis sûre que vous allez aimer, ya plein d’histoires et tout.

- Merci Antoine, tu es trop mignon. (Céline ouvre-toi l’esprit, fais lui plaisir, c'est un gosse quoi)

- Mais attention hein ! pas de taches, pas de déchirure, pas de miettes, d’accord ?

- … »

 « La rentrée gauloise » est un regroupement de quatorze histoires courtes, dont la plupart avaient déjà été publiées séparément, notamment dans la revue « Pilote ». Certaines planches n’ont été réalisées que par Uderzo. Chacune de ces histoires est présentée par un texte d’introduction, expliquant les conditions de réalisation et de publication. En effet, elles sont toutes de natures très différentes : une est créée spécialement pour le magazine « Elle », une autre pour la candidature de Paris aux J.O de 1992, certaines mettent les auteurs en scène dans un procédé métafictionnel…Ainsi chaque planche est replacée dans son contexte.

 Globalement, j’ai trouvé ça sympa. Bien sûr, c’est très inégal et c’était inévitable avec quatorze histoires. Mes préférées sont celles qui n’ont pas cherché à être absolument fidèles à l’esprit de la bédé, et qui ne sont donc pas de mauvais mini Astérix comme d’autres. C’est le nouveau que j’ai trouvé intéressant. Ainsi, j’ai beaucoup aimé l’histoire sur le descendant d’Obélix, celle assez poétique sur l’arrivée du Printemps, ou encore les planches tordantes montrant « Astérix tel que vous ne l’avez jamais vu » (version trash, futuriste, bavard, psychédélique). L’histoire se payant la tête des défenseurs de la langue française contre le franglais, mettant en scène nos gaulois utilisant des mots latins, est aussi intelligente que drôle, et fait partie de mes préférées.

 Malheureusement, les autres histoires ne sont pas à la hauteur, ni de celles-là ni des autres Astérix. Les gags sont un peu légers, bébé, les fins tombent un peu à plat, et on ne retrouve pas cet humour si particulier et si caractéristique de la bande dessinée.

 J’ai beaucoup aimé en revanche les « secrets de fabrication » de toutes les histoires. Cela donne un nouveau aperçu sur les albums en général, car mettant en lumière les procédés de création. On s’aperçoit que la bande dessinée est véritablement une œuvre

 Les meilleures histoires sont celles créées par le tandem Uderzo et Goscinny, forcément. Imaginez un Laurel et Hardy sans Hardy. Justement, vous n’imaginez pas. C’est la même chose avec Astérix : sans Goscinny au scénario, ce n’est pas pareil. Ca n’enlève rien aux mérites d’Uderzo, car vraiment, quel coup de crayon ! Les dessins sont vraiment beaux et fidèles à la bédé. En revanche quelque chose m’a quand même gênée, ce sont les couleurs. Elles ne sont pas aussi intenses que dans mes Asterix à moi. Et apparemment Uderzo va refaire la colorisation de tous les albums, histoire de leur donner un coup de jeune et effacer certains défauts. Kevin en parle d’ailleurs dans son blog (« Bookiweb », regardez dans les liens). Bouof. Ca ne me gênait pas du tout les anciennes couleurs, ça faisait même partie du charme un peu rétro de la bédé ! J’espère que cette refonte ne va pas condamner les anciens albums à la trappe.

 Ca y est, je suis nostalgique.

 

Posté par celinevixen à 20:06 - Sacrés monstres. - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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