30 mai 2007
Le Journal d'une femme de chambre - Octave Mirbeau
A l’origine fut l’exposition au musée Rodin, présentant les
« Figures d’Eros » (= dessins et aquarelles érotiques) du maître. Les 
jolies étiquettes blanches sous les œuvres indiquaient à quelques reprises
l’influence du « Jardin des Supplices », d’Octave Mirbeau que je ne
connaissais que de réputation. Je suis allée le feuilleter à la boutique du
musée, mais comme je n’étais pas d’humeur à lire dans le détail ces joyeusetés
un peu crades, je n’ai pas acheté le livre. Cependant, j’ai retenu le nom
d’Octave Mirbeau.
Il y a quelques semaines, je suis retombée sur lui sous la
forme d’un « Journal d’une femme de chambre ». Vous ne trouvez pas
qu’il est doué pour pondre des titres un peu racoleurs ? J’ai
feuilleté : pas de trace de torture, de sadisme, de fouets, de sang, d’instruments
coupants, (vous n’entendez pas mes statistiques qui montent ?) tout va
bien. Moi, tant que tout le monde est consentant, en sort vivant et indemne, ça
me va.
Pitchons : Ce roman reconstitue à coups de flash-backs
l’itinéraire d’une femme de chambre parisienne, Célestine, n’ayant pas froid
aux yeux ni ailleurs. Elle est belle, chic, et est l’objet de toutes les
convoitises et perversions sexuelles qui ne font pas mal. Elle se remémore donc
ses nombreuses aventures galantes, n’ayant rien d’autre à faire dans la demeure
de ses nouveaux maîtres enterrés en pleine campagne. Bien sûr, elle se fait
draguer par le maître, mais aussi par Joseph, le jardinier. (mais pourquoi ce
fantasme du jardinier, de l’homme de la forêt partout ??)
Ce qui m’a frappée tout d’abord, c’est le snobisme de
Célestine. Elle veut être chic, avoir de beaux vêtements, manger des mets
raffinés, boire du bon vin, et s’indigne quand ce n’est pas au programme.
Mirbeau montre une domesticité qui paradoxalement appartient au beau monde tout
en demeurant des moins que rien, déchirée dans cet entre-deux. Ca m’a pas mal
fait penser aux « Bonnes » de Genet, où les deux bonnes jouent à être
Madame quand celle-ci est absente, portant ses robes et ses bijoux. De plus, comme
les « Bonnes » de Genet, Célestine emploie un vocabulaire, sinon
poétique, du moins plutôt raffiné. Je ne me souviens pas de termes vulgaires.
Elle tient un journal, et fait même des petits poèmes un peu bêbètes. Elle lit
aussi, suivant l’influence de ses maîtres. Bref, ce roman renvoie une image de
la domesticité du début du XXè qui m’était inconnue.
Ce roman montre les rapports impitoyables entre maîtres et
domestiques : les uns humiliant et exploitant, les autres chapardant et
manipulant. Le maître n’est pas toujours celui qu’on croit, et malgré les
statuts sociaux, nos personnages se valent tous au plan humain. C’est la
jungle, le règne de la loi du plus fort. On regarde ce monde par le petit trou
de la serrure, et le voyons tel qu’il est. Ce n’est pas toujours beau (ni
propre) à voir. Si ce roman peut sembler manichéen, on n’oublie pas qu’il
s’agit du récit d’une domestique forcément partielle et partiale, qui laisse
tout de même échapper quelques détails peu glorieux de son propre comportement.
Mirbeau, s’il dénonce l’hypocrisie de l’univers des maîtres et de la société
des classes en général, semble mettre les domestiques dans le même panier,
puisque eux aussi aspirent à devenir maîtres à leur tour.
Cependant entre eux, d’authentiques histoires d’amour naissent,
souvent brisant le cœur de notre Célestine (et le notre aussi) qui est une
vraie sentimentale (elle veut un câlin après l’amour, vous rendez-vous
compte ?). Car Célestine cède aux plaisirs de la chair par amour de la
chose et des hommes. Ses relations ô combien multiples ne font pas d’elle une
putain, car elle fait tout par amour. Cependant, l’amour n’est pas positif pour
autant, car stérile, pervers et surtout blasé. De la part de ses galants, l’amour n’est issu
et n’aboutit presque jamais à l’♥Amour♥, le vrai, l’unique, avec les cœurs qui
battent à l’unisson.
Question perversités, rien de neuf sous le soleil. Liaisons
extra-conjugales, saphisme, onanisme. La routine quoi. Célestine a bien des
fantasmes de meurtre mais bon. Le couple Eros-Thanatos n'est plus une nouveauté.
Ah si, un truc : on trouve un vieillard fétichiste
au début du livre, mais il ne reste pas très longtemps, et ce n’est pas drôle
(qu’il parte ; qu’il renifle les bottines de ses domestiques au contraire
c’est hilarant). Et puis il y a un viol aussi, et pour le coup ce n’est
vraiment pas drôle.
J’ai trouvé l’écriture très belle pour décrire ces actes de
chair (c’est joli « acte de chair », non ?), toute en périphrases,
non-dits, suggestions. Du coup, c’est bien un livre sur la sexualité, mais pas
érotique, et ça m’a étonnée vu la réputation de ce bouquin. Il m'est apparu un peu vieilli, mais son ambiance un peu rétro m'a séduite. Vraiment l'impression de lire des pages trouvées dans un grenier, un peu jaunies mais dont l'encre ne s'est pas délavée.
Voilà, ce petit compte-rendu de lecture en hommage à la
femme de chambre qui est entrée dans ma chambre d’hôtel à Bruxelles alors qu’on
ne lui avait rien demandé, et qui s’est retrouvée face à une renarde en petite
tenue et rougissante.
PS : Deux versions cinématographiques, très infidèles
parait-il, en sont tirées, une de Renoir (avec Paulette Godard), et une de
Bunuel (avec Jeanne Moreau).
19 février 2007
La Philosophie dans le Boudoir - Marquis de Sade
Sade, ça va cinq minutes. D’abord on trouve ça complètement
dégueulasse, on détourne chastement le regard, puis au bout de
quelques pages
on s’ennuie un peu. C’est vrai quoi, il se passe tout le temps la même chose,
et on finit par se sentir blasé : « oui bon là il les fouette…ah il
les fouette encore… tiens il les fouette toujours…ah cette fois ce sont elles
qui le fouettent… ».
Je n’aime pas lire Sade. Ses descriptions de viols, de
séquestrations et autres joyeusetés sont à lire une fois par curiosité, mais
pas deux en ce qui me concerne.
Cela dit je distingue tout de même La Philosophie dans le Boudoir. Et j’ai de bonnes raisons!
Non, pas de pitch, vous avez cru quoi ?
C’est non.
Bon d’accord. Allez : pitch… (édulcoré)
La chose est composé de sept dialogues, durant lesquelles
Mme de Saint-Ange et Dolmancé s’évertuent à débaucher Eugénie de Mistival,
jeune vierge pas si farouche. Le titre complet est d’ailleurs La Philosophie dans le Boudoir ou Les
instituteurs immoraux (sous titre : Dialogues destinés à l’éducation des jeunes demoiselles). Au fur et
à mesure des progrès étonnamment rapides de la jeune fille, l’on introduit de
nouveaux partenaires et des figures amoureuses plutôt compliquées.
Entre deux torticolis, nos héros parlent de la vie : la
religion, la politique, la Starac… Ils commentent aussi un pamphlet
« Français, encore un effort si vous voulez être républicains » (qui
s’inscrit dans le débat révolutionnaire sur les nouvelles législations après
1789).
Au bout de six dialogues, Mme de Mistival commence à
s’inquiéter pour sa fille. Elle vient donc prendre des nouvelles. Elle
n’aurait pas du.
La philosophie dans le
Boudoir, c’est bien, parce que le sexe est joyeux. Là tout le monde est
consentant (sauf la Maman), tout le monde s’éclate. La seule règle est le
plaisir pour l’un, pour tous. Même si parfois c’est berk, le récit est
davantage érotique et sensuel que pornographique. Les personnages
s’émerveillent, s’extasient, sont heureux.
Et puis c’est franchement drôle par moments : on a des
explications très théoriques sur la sexualité, les commentaires sont naïfs, les
positions sont tout à fait inconcevables, pareil pour la taille des phallus et
substituts phalliques… Les personnages continuent à parler de façon soutenue dans une langue magnifique
durant leurs ébats (à l’exception du jardinier qui parle son patois) (car oui,
il y a un jardinier). Ce décalage est à mourir de rire ! Il existe
vraiment un humour sadien (parfois douteux certes), et je trouve qu’il ressort particulièrement
ici. Bref, je le trouve même sympathique ce Sade !
Et puis parce qu’il n’y a pas que ça dans la vie, nos héros
ont aussi des conversations tout à fait honnêtes. L’éducation de la jeune fille
n’est pas seulement physique, mais aussi morale et philosophique. Et ces trois
enseignements se rejoignent. Ses instituteurs font table rase de toutes ses
anciennes certitudes et croyances, pour lui inculquer la notion (discutable
ici) de Liberté. Ainsi le bouleversement de l’univers d’Eugénie s’apparente au
bouleversement de la France lors de la Révolution Française. Le pamphlet,
l’appel aux armes « Français, encore un effort si vous voulez être
républicains » proclame l’universalité du plaisir. Ceci est tout à fait en
phase avec les débats de l’époque sur l’opposition Nature/Culture : cette
dernière n’aliène-t-elle pas l’homme ? Ce qu’on appelle
« crime » n’est-il pas au fond naturel ? Il ne faut donc pas
réprimer ce que l’on désire faire, puisque le désir est naturel.
De plus, il appelle à se débarrasser de la religion établie
en faveur de l’athéisme et donc là encore changer notre conception du
« crime ». En effet, il n’y a plus de crime si l’on fait abstraction
de Dieu. Donc on peut voler, violer, tromper, calomnier, et même faire subir
des horreurs à sa propre mère! Aux chiottes les lois, c’est la fête !
Il y a donc une inversion des valeurs, avec la mise en place
d’une nouvelle norme pour une nouvelle société. Sade professe une république du
plaisir.
Et maintenant quelques points d'intérrogation :
- Si l’homme obéit aveuglément à la nature, peut-il encore y
avoir liberté et donc plaisir (et donc Sade raconte n’importe quoi) ? Ou
bien est-ce que la Nature est seulement un prétexte pour justifier l’anarchie
qu’il professe ?
- Les citoyens libertins, les libertins citoyens :
utopie ou parodie ? Cette anarchie professée se moque-t-elle du
dérapage de la Révolution Française en Terreur (le livre est publié en 1795)?
A suivre…(peut-être !)
Maintenant vous pouvez le dire...Je vous ai fait peur au début hein? ;)
22 décembre 2006
Ma Mère - Georges Bataille *
(Hum, voilà qui va booster mes
stats. Vous allez voir.)
On apprend des choses sympa en
prépa, surtout quand le thème de philo de l’année c’est « le Corps ».
Et là les profs se lâchent. Déjà, en temps normal, ils ont tous un avis sur le
sujet dont ils nous font part allègrement. Et quand ils ont EN PLUS une (vraie)
bonne raison pour en parler, c’est parti…
Donc voilà : Sade et
Bataille ont été mes grandes découvertes cette année là. Je préfère vous parler
de Sade plus tard.
Je laisse 10/18 vous faire le
pitch, car je trouve le texte très beau.
Le pitch : « Pierre
raconte comment, après une enfance religieuse, il fut, à l'âge de dix-sept ans,
initié à la perversion par sa mère. Plongeant grâce à elle dans l'orgie et la
débauche, il découvre l'extase de la perdition où se mêlent l'angoisse, la
honte, la jouissance, le dégoût et le respect. Respect pour cette femme, la
mère, qui a su brûler ses vaisseaux jusqu'au dernier et qui, ayant touché le
fond de l'abîme, entraîne son fils dans la mort qu'elle se donne. Ma mère est
l'un des textes les plus violents, les plus scandaleusement beaux de Georges
Bataille, qui disait de lui-même : " Je ne suis pas un philosophe, mais
peut-être un saint, peut-être un fou ", sachant que c'est dans cette
ambiguïté même que réside la seule philosophie. »
Bien sûr, ce livre est complètement fou. Imaginez
un peu quoi : une mère voulant entraîner son fils dans un délire orgiaque.
Avec elle. Mais oui justement, on est obligé d’imaginer, parce que le livre dit
tout et rien à la fois. Les personnages font « les pires choses qu’il
puisse se faire » certes, mais quoi exactement ? Donc non seulement
on baigne dans un flou artistique, mais les gestes accomplis sont retranscrits
sous forme de périphrases (= tourner autour du pot). Et un « baiser
monstrueux », ça peut dire n’importe quoi (je n’en dirai pas plus)(n’insistez
pas). Ce livre se caractérise par son excès, sa démesure, d’autant plus qu’il
est déterminé par l’imagination du lecteur. Et donc ignorance des règles de la
morale : l’ « hypermorale » batallienne (c’est-à-dire la
morale en deça de celle de la société).
En effet, si morale il y a, c’est
celle de jouir de la vie et du corps vivant de façon absolue. Les personnages
ne sont caractérisés que par leur sexualité, on ne sait rien de leur vie. Ils
ne sont même pas dans la séduction, la représentation, mais dans l’immédiateté
du désir, des rapports et la liberté. Et ainsi, cette initiation monstrueuse
est un cadeau, de la part d’une mère à son fils, lui révélant dans un
éblouissement le sens de la vie. On pourrait même parler de sacrifice, car
après l’Irréparable (héhé moi aussi je sais faire des périphrases), la mère se
suicide. Le désir et le plaisir sont ainsi ce qui triomphe de la mort et la
transcende, car la mère transmet la vie et sa propre force de façon ultime à
son fils. Sa mort n’est donc pas une fin mais un élan. G.Bataille disait d’ailleurs que
l’érotisme est « l’approbation de la vie jusque dans la mort ». Le
lecteur n’est donc pas voyeur. Ce n’est pas un livre à ne lire que d’une main,
n’est-ce pas (du moins ce n’est pas son but premier). Cette jouissance absolue
de la vie suscite une véritable fascination, un envoûtement total.
Aussi bizarre que ça puisse paraître,
l’on n’a pas envie de juger les personnages. De plus, l’on vit l’histoire à
travers un regard particulier, celui de Pierre, qui ne cesse de considérer sa
mère avec amour, et surtout respect.
La fascination que nous inspire
ce livre vient aussi de son mystère. Mystère de la langue, magnifique mais
tortueuse et parfois difficile à comprendre (parfois on en a un peu marre). De
plus, on ne suit pas toujours, puisque ce sont des successions de scènes de
sexe et on ne voit pas forcément le rapport entre elles. Je pense que cela peut
refléter la confusion des corps, du moins c’est l’impression que j’en ai eu.
Mystère aussi de la structure :
Ma mère est en effet un livre inachevé qui est paru à titre posthume. Ainsi
la fin nous est donnée par fragments, ce qui augmente l’effet de confusion. On
ne comprend pas ce qu’il se passe, et du coup on a l’impression que les
personnages sombrent irrémédiablement dans un abîme de luxure, qui serait inaccessible
à notre compréhension.
Je ne peux pas résister à l’envie
(l’influence battaillienne ?) de vous montrer les dernières lignes. Mais
non je ne détruis pas le suspense…
C’est la mère qui parle. (Je ne
me souviens plus de son prénom).
« Laisse moi vaciller avec
toi dans cette joie qui est la certitude d’un abîme plus entier, plus violent
que tout désir. La volupté où tu sombres est déjà si grande que je puis te
parler : elle sera suivie de ta défaillance. A ce moment je partirai, et
jamais tu ne reverras celle qui t’attendit, pour ne te donner que son dernier
souffle. Ah, serre les dents, mon fils ! tu ressembles à ta pine, à cette
pine ruisselante de rage qui crispe mon désir comme un poignet. »
Bon et maintenant, une étude comparative de Bataille et Sade. Chez les
deux, les personnages parlent beaucoup (trop ?) quand ils font l’amour. Genre
on fait une pause et on parle de la vie. Ca me fait trop rire.
10 novembre 2006
Les chansons de Bilitis - Pierre Louÿs *
C’était un petit farceur Pierre Louÿs. Son deuxième recueil publié en
1894, les chansons de Bilitis, est en
effet demeuré célèbre
comme grosse arnaque littéraire. En effet Louÿs a
prétendu traduire du grec et retranscrire les "chants" de Bilitis, qui aurait été une grande poétesse
de l’Antiquité, ayant vécu sur l’île de Lesbos et ayant raconté sa vie en vers.
Et tout le monde est tombé dans le panneau.
Pourtant, trouver comme par hasard des poèmes antiques érotiques ET
saphiques, ce n’était pas un peu gros ? D’autant plus que le premier
recueil du jeune homme Astarté se
compose de poèmes eux aussi lyriques, d’inspiration grecque, teintés
d’érotisme. Le parallèle est troublant. Les gens sont crédules.
Bon d’accord c’est facile de se moquer.
Donc ce n’était pas seulement un petit farceur Pierre Louÿs, mais aussi
un petit coquin. En effet, il a imaginé la vie amoureuse et sensuelle d’une femme
(pas que dans cette œuvre d’ailleurs), avec des hommes mais surtout des femmes.
Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec Lady
Chatterley’s lover de D H Lawrence que je suis en train de lire. La
fascination de l’homme pour le plaisir féminin et ses tentatives de le
retranscire et de le comprendre sont choses très curieuses.
Commençons par le commencement.
La très belle introduction aux chansons de Bilitis (où l’auteur fait
genre « c’est vrai hein, si si, et même que c’est historiquement prouvé… »)
est elle-même empreinte de la poésie et de la simplicité qui caractérisent le
recueil. Elle reconstitue le contenu des chants avec un grand sens du détail
donnant une impression de réalité. L’on y retrouve également le souci de faire
revivre de façon visuelle, tactile, olfactive la Grèce antique, ou du moins
telle que l’on peut l’imaginer aujourd’hui et telle qu’il se l’est créée. Quand on ouvrit la tombe, elle apparut dans
l’état où une main pieuse l’avait rangée, vingt-quatre siècles auparavant. Des
fioles de parfum pendaient aux chevilles de terre, et l’une d’elles, après si
longtemps, était encore embaumée. Le miroir d’argenr poli où Bilitis s’était
vue, le stylet qui avait trainé le fard bleu sur ses paupières, furent
retrouvés à leur place. Une petite Astarté nue, relique à jamais précieuse,
veillait toujours sur le squelette orné de tous ses bijoux d’or et blanc comme
une branche de neige, mais si doux et si fragile qu’au moment où on l’effleura,
il se confondit en poussière. Je ne dirai pas que cette introduction
constitue un poème, mais elle possède indéniablement un très fort pouvoir
évocateur ; elle fait partie de l’œuvre à part entière.
Les poèmes, en prose, magnifiques, sont parmi les seuls à trouver
grâce aux yeux de Luc Decaunes, spécialiste es poèmes en prose qui n’est jamais
content. « [D’accord Pierre Louÿs a fait genre que c’était des
traductions], mais comment renoncer à ces joyaux, uniques dans notre littérature,
à ces pièces de prose parfaitement formées, où la sensualité, l’érotisme le
plus direct, trouvent, pour s’exprimer, une sorte de chasteté verbale ? En
d’ailleurs les exigences du poème en prose sont satisfaites : pas
d’ornementation « poétique », autant dire ; une simplicité
d’écriture ; une forme stricte et brève. En somme, de la tenue et de la
retenue. »
Ce qui m’a le plus marqué dans les
chansons est
le culte de la beauté au sens purement physique, d’autant plus
mise en valeur par la simplicité apparente des mots qui font écrin, et
entourée du
mystère de la volupté féminine. Elle apparaît « telle qu’en
elle-même », et ne renvoie à rien d’autre. D’où peut-être le choix du
cadre antique et paien, et donc pur car ne pouvant être rattaché à des
considérations plus actuelles.Ce cadre, par son exotisme, laisse libre
cours à
l’imagination car il nous est justement très peu connu, et fascine
d'autant plus qu'il ne nous est pas immédiatement compréhensible.
Composé très
majoritairement de belles femmes vivant en communauté (non seulement à
Saphos
mais aussi à Chypre où elle est courtisane au temple d’Amathonte), il
apparaît
idéal pour l’évocation de la beauté et de la volupté. Ainsi même les
pièces
plus moralistes sont empreintes d’une sensualité païenne.
PENOMBRE
Sous le drap de laine
transparent nous nous sommes glissées, elle et moi. Même nos têtes étaient
blotties, et la lampe éclairait l’étoffe au-dessus de nous.
Ainsi je voyais son corps chéri
dans une mystérieuse lumière. Nous étions plus près l’une de l’autre, plus
libres, plus intimes, plus nues. « Dans la même chemise » disait-elle.
Nous étions restées coiffées
pour être encore plus découvertes, et dans l’air étroit du lit, deux odeurs de
femmes montaient, des deux cassolettes naturelles.
Rien au monde, pas même la
lampe, ne nous a vues cette nuit-là. Laquelle de nous fut aimée, elle seule et
moi le pourrions dire. Mais les hommes n’en sauront rien.
Ca me fait penser à la fois où ma prof de lettres en hypokhâgne et moi
nous sommes entretenues au sujet de l’onanisme féminin au XIXè. Mythique.
Olala j’espère que cet article ne va pas attirer des lubriques en tout
genre. Je ne juge personne mais ce n’est pas le genre du blog, vous comprenez.
Remarquez, j’ai fait bien attention à ne pas mettre de mots clés comme ***** ou
******** ou encore ****. Oh non……...j’ai mis « saphique » et
« onanisme »……..