un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

27 mai 2008

Giovanni's room (La chambre de Giovanni) - James Baldwin

Giovanni’s Room est un classique de la littérature homosexuelle. Il s’agit d’une passion tourmentée comme je les aime : je ne te hais point mais un peu quand même et je te suis même si je te fuis et puis je ne sais pas et où tu vas je te parle ?

Deux hommes, un italien et un américain, se rencontrent un été dans le Paris des années 50. David vient d’arriver des Etats-Unis, fuyant l’ennui et partant à la recherche de lui-même dans la vieille Europe (un grand classique). Il fait la connaissance de vieux beaux ayant un penchant pour les beaux garçons et se trouve ainsi embarqué dans le milieu homosexuel parisien où il rencontre Giovanni, un jeune italien. Celui-ci l’emmène dans sa chambre. Que votre imagination vous dévoile la suite.

Tout va bien. Les deux hommes vivent heureux dans la petite chambre de Giovanni et connaissent une grande passion. Mais qui dit passion dit complications, sinon pas lieu d’écrire un roman. David en effet n’assume pas son attirance pour Giovanni. Le mot « homosexuel », ou même « bisexuel », ne s’applique jamais à leur relation il me semble, ce qui est révélateur étant donné que David est la voix du récit. Si on le croit, il n’est qu’un bon hétéro expérimentant les joies de l’existence en attendant sa chère et tendre qui se balade en Espagne pendant une bonne partie du roman. Car oui, il a une fiancée. Avec elle aussi on est en mode « je ne te hais point mais un peu quand même et je te suis même si je te fuis ».
Nous avons donc un héro tourmenté, déchiré entre son attirance pour les hommes et la pression exercée par une société patriarcale à son égard. Son rapport à la chambre de Giovanni traduit cette torture : elle nous parait d’abord un petit coin de paradis, et au fur et à mesure que leur amour se renforce, elle devient sombre et étouffante. Le but de David est de fuir la chambre de Giovanni, littéralement et métaphoriquement, ce qui mènera les deux hommes à leur perte. (Mais non je ne vous raconte pas la fin…)
Baldwin traite ce thème de l’homosexualité d’une façon intense, avec toute la beauté, le mystère et la sensualité que peut contenir la violence amoureuse. Il y a un désespoir tranquille dans la souffrance de David, une dignité dans celle de Giovanni, qui relèvent d’un grand art selon moi.

Le plus beau passage de ce roman à mon humble avis, et qui en reflète le mieux l’esprit : « You want to leave Giovanni because he makes you stink. You want to despise Giovanni because he is not afraid of the stink of love. You want to kill him in the name of all your lying little moralities. And you - you are immoral.”
(“Tu veux quitter Giovanni parce qu’il te rend puant. Tu veux mépriser Giovanni car il ne craint pas la puanteur de l’amour. Tu veux le tuer au nom de tous tes petits principes qui sont autant de mensonges. Et pourtant toi - tu n’as pas la moindre moralité. »)
Giovanni nous dit qu’il faut du courage pour aimer car il faut accepter de salir, d’être sali et d’en être fier. On ne peut ressortir pur de l’amour, physiquement et mentalement. Aimer, c’est porter sa souillure comme une croix, mais aussi comme une couronne.

Posté par celinevixen à 17:28 - Classiques pas si classiques - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


10 mai 2008

Heureuse qui comme Céline fera un beau voyage

Les gens, je pars aujourd'hui pour une traversée de deux semaines des Etats-Unis. Nous allons nous entasser à sept dans une immense voiture pour aller à San Francisco, de l'autre côté du pays donc.
Je sais que nous allons tous nous détester à la fin du voyage, ne dites rien.

Ainsi se concluera en beauté mon année merveilleuse aux Etats Unis. Je suis triste de partir, de quitter les personnes avec qui j'ai tant partagé.
Je pense beaucoup à ce texte depuis quelques jours. Je le trouve très beau donc je souhaite le partager avec vous. A bientôt les zamis!

FAREWELL! de Lord Byron

Farerwell!  if ever fondest prayer
For other's weal availed on high,
Mine will not all be lost in air,
But waft thy name beyond the sky.
'Twere vain to speak, to weep, to sigh:
Oh! more than tears of blood can tell,
When wrung from guilt's expiring eye,
Are in that word -- Farewell! -- Farewell!

These lips are mute, these eyes are dry;'
But in my breast and in my brain,
Awake the pangs that pass not by,
The thought that ne'er shall sleep again.
My soul nor deigns nor dares complain
Though grief and passion be there rebel;
I only know we loved in vain--
I only feel -- Farewell! -- Farewell!

(Adieu ! Si jamais plus tendre prière
Pour le bonheur d'autrui s'aida des dieux,
Ne s'évanouira la mienne en l'air,
Qui porte ton nom par-delà les cieux.
Vains seraient les mots, les pleurs, les soupirs;
Oh ! bien plus qu'il n'est dit, quand sourd des yeux
Coupables, pleur sanglant, et qu'ils expirent,
Réside dans ce mot : - Adieu ! - Adieu !

Ces lèvres sont closes, ces yeux sèchés;
Mais en mon esprit, mais dedans mon sein,
Veillent angoisses jamais épanchées,
La pensée qui n'aura d'instant serein.
Mon âme - qui ne daigne - ne se plaint,
Quoique se rebelle l'amour anxieux;
Je ne sais rien que : nous aimions en vain -
Je ne sens rien que - Adieu ! - Adieu ! )



Posté par celinevixen à 15:03 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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