27 mars 2008
Au coeur des tenebres (Heart of Darkness) - Joseph Conrad
Au cœur
des ténèbres, monstre de la littérature, c’est le cas
de le dire. Je ne sais pas vous, mais a moi il me faisait peur.
Et puis un beau jour on s’aperçoit qu’il ne
fait même pas cent pages. Mais la Réputation veille… Ce pauvre Conrad est en
effet souvent étiqueté de chiant, obscur, insupportable, et moi je crois
toujours ce qu’on me dit, même si je n’écoute pas. Je me suis donc lancée au
cœur des ténèbres, et je reviens ravie de mon expédition (haha).
Le livre nous conduit dans un monde étrange et
exotique dès les premières pages qui se déroulent à Londres au XIXè siècle.
(J’ai utilisé Londres et exotique dans la même
phrase !)
En effet, la Tamise est comparée à la rivière
qui traverse le Congo, sur laquelle Marlowe navigue plus tard dans le roman. On
se rend compte que l’Angleterre fut une contrée sauvage, inexplorée et inconnue
il fut un temps, avant l’arrivée des colonisateurs, à l’égal des terres
mystérieuses de l’Afrique. Et là, quelque chose de magique se produit : ma
vision de Londres se rembobine, et peu à peu apparaissent des forêts, un fleuve
tourmenté, des sauvages hirsutes (qui a dit « au secours le cliché ? »)
qui effacent les immeubles bourgeois, Soho, le Prince Charles.
Au cœur
des ténèbres raconte comment un homme part à la
recherche d’un autre dans une contrée qui lui est irréductiblement mystérieuse,
qui le trouble et l’hypnotise. C’est elle le personnage principal de
l’histoire, cette jungle congolaise que l’on perçoit à travers les yeux
hallucinés de Marlowe dans sa remontée du fleuve pour trouver Kurtz. Sa vision
se noie dans le brouillard, l’obscurité, l’entremêlement de la végétation dans
lequel on perçoit de temps à autre d’absurdes tâches de couleur. Le mystère de
cette jungle tient aussi aux êtres qui l’habitent, qui n’ont pas encore été
réduits en esclavage. On entend leurs cris, leurs chuchotements. A moins qu’il
ne s’agisse des bruits de la jungle ? On ne sait pas bien. Ils sont l’étrangeté absolue aux yeux de
Marlowe qui adopte une attitude ambiguë à leur égard, entre empathie et
méfiance. Et qui ne cherche pas à comprendre.
De la à traiter Conrad de raciste, il n’y a
qu’un pas. Mais en fait tout le monde est mystérieux. Les traficants d’ivoire
ne sont pas clairs, les indigènes sont bizarres, Kurtz est carrément louche.
Conrad parle de l’impossibilité de connaitre un autre être humain.
Grace à ce livre vous allez frissonner, que
dis-je ! trembler, tressaillir de tout votre être et tout votre corps face
à la noirceur insoupconnée du cœur humain, y compris le votre. Peut-être bien que, l’angoisse vous prenant a
la gorge, ne saurez vous retenir un cri, pensant qu’il vous sortira de ce
cauchemar junglesque. Mais souvenez vous : au cœur des ténèbres, personne
ne vous entend hurler. (une reference a Alien se cache dans ce paragraphe, sauras-tu la retrouver ami lecteur?)
Beau programme n’est-ce pas ? Vous
l’aurez compris, je recommande.