27 janvier 2008
La dame en blanc (The Woman in White) - Wilkie Collins
Soufflée. J’ai été complètement soufflée par ce fabuleux
roman que j’ai eu la surprise de découvrir dans ma boîte aux lettres un jour de
novembre. Je n’avais jamais lu cet auteur ami de Dickens, considéré comme le précurseur des romans d'enquête. A peine en avais-je
entendu parler une fois chez Aurélie, dont la critique était alléchante. C’est
justement elle qui me l’a offert, cette chère Aurélie qui décidemment connaît
très bien mes (bons) goûts. En même temps, je vous défie de trouver quiconque
résistant au charme de ce récit de maître qui dépeint avec force une Angleterre
victorienne inquiétante, rendant de façon magistrale sa froideur et son feu.
L’impression générale que me laisse ce livre est similaire à
celle créée par la contemplation d’une œuvre de Turner. L’on devine à travers
une brume la lueur d’éléments aquatiques mêlée à la lumière des astres du jour
ou de la nuit. Et le mystère résolu à la fin de l’œuvre ne rend pas plus
distincts les contours de l’histoire : le cœur humain demeure enveloppé de
toutes ses ténèbres.
(Une allusion à une œuvre de Conrad s’est subrepticement
glissée dans ce paragraphe. Sauras-tu la retrouver lecteur ?)
Mais tout ceci est bien abstrait je le sens. Et
pourtant j’hésite à éclaircir mes propos de peur de vous gâcher l’histoire...
Et puis jouer au Père Fouras j’aime bien. Seulement, ça ne va peut-être pas
vous donner envie de lire ce livre extraordinaire, ce qui n’est pas le but.
Voilà donc comment cela commence :
Walter Hartright se rend à Limmeridge House afin d'enseigner la peinture aux deux jeunes filles de la maison : Marian
Halcombe et sa demi-soeur Laura Fairlie, aussi différentes qu'unies. Au cours du voyage qu’il entreprend de
nuit, il fait l’étrange rencontre d’une femme vêtue de blanc. Elle tient des
propos inquiets, agités et semble craindre un certain baron dont elle refuse de
dire le nom. Au cours de sa vie à Limmeridge House, il se rend compte que cette femme
est liée à l’histoire de la famille. Il apprend aussi que le baron qu’elle redoute tant est
fiancé à la jeune et belle Laura Fairlie qui ressemble étrangement à la dame en blanc.
Le mystère de la dame en blanc et du passé qui la lie à
Laura Fairlie mettra quelques six centaines de pages à se résoudre. Et
pourtant, croyez-moi, le rythme ne faiblit pas une seule fois. L’histoire est
complexe, fascinante, extrêmement cohérente, menée par de multiples
rebondissements. Nos sens sont perpétuellement gardés en éveil, la narration
peut déstabiliser le lecteur en une seule phrase, ce qui est un coup de maître
vue l’épaisseur du livre. La résolution du mystère n’est donc pas si importante
pour moi, tant la maîtrise du récit est excellente.
Wilkie Collins adopte la polyphonie pour ce roman, laissant
la parole aux personnages principaux ainsi qu’aux personnages mineurs dont
l’intervention est souvent inattendue. Elle apparaît sous différentes
formes : celle du témoignage, du journal intime, de la lettre, de la
confession. Ce changement constant des perspectives constitue une des très
grandes richesses du roman. De plus les différents narrateurs ne sont pas tous
fiables, ce qui est également source de déstabilisation pour le lecteur.
Ainsi le style varie selon les personnages : l’on a une
écriture procédant par touches, contours et couleurs quand Hartright
intervient ; celle de Mr Fairlie est névrosée, agitée, écrite comme sous
la contrainte ; celle de Marian est puissante et sobre.
La dame en blanc
présente une galerie de personnages remarquables de force, de passion, de
mystère. Des rapports complexes et inattendus entre les personnages se
dessinent, et si ces liens sont tus, ils forment tout de même une fascinante
histoire en filigrane.
Deux figures sont somptueuses à mes yeux: celles de
Marian Halcombe et du Comte Fosco. Le personnage de Marian, la sœur laide et
célibataire, est tout en sensualité retenue, en passion réprimée par les conventions de la société
victorienne, mais que l’on devine à travers son écriture et ses actes.
Le(s) portrait(s) du comte Fosco nous présente(nt) un
personnage flamboyant à l’image de Marian, très charismatique, raffiné, véritable
génie dans la manipulation des vies et des personnes.
Ce roman aborde également des thèmes problématiques de la
société victorienne : le rôle des femmes, la société patriarcale, le poids
des conventions, la crainte de l’étranger. De façon assez curieuse, la
narration semble soutenir ces préjugés : la femme est inférieure, faible
et est incapable de rationalité, les étrangers sont des êtres vils et fourbes.
Alors question : s’agit-il de l’opinion de l’auteur ou veut-il démontrer
l’inanité de ces vues ? Car je veux bien que Laura Fairlie soit une
chochotte fade et sans relief, mais quand un personnage aussi puissant que Marian affirme que « My courage was only a woman’s courage », je n’y crois pas une
seconde.
Jetez-vous sur ce livre chers lecteurs ! Mon dernier
argument en sa faveur sera le suivant : pendant une semaine, j’ai repoussé
toute activité sociale en prétextant une gastro. En général, personne ne s'aventure à moins de dix mètres de vous, c'était le bon plan. Et puis de toute façon, si quelqu’un de courageux me dérangeait
dans ma lecture, je montrais des dents.
Merci pour ce merveilleux moment de lecture Aurélie!
10 janvier 2008
La Mort d'Ivan Ilych - Leon Tolstoi
La Mort
d’Ivan Ilych est une expérience difficile,
autant pour lui que pour nous. Enfin, plus pour lui maintenant, mais vous,vous vous
prenez toujours autant la tête sur la mort.
Vous étiez pourtant bien tranquille avant
cette lecture. Vous pensiez à la mort bien sûr, mais vous ne vous y attardiez
pas, trop occupé à vivre. Et puis aussi, ce n’est pas très agréable. On a en
effet trois possibilités me semble-t-il :
- être anéanti. Moui.
- Se réincarner. Moi,
si je ne suis pas réincarnée en moi ou en chat, je préfère éviter.
- Aller au Paradis ou
en Enfer. Le Paradis ça a l’air chiant. Et l’Enfer, dit comme ça… Sauf si on
l’envisage comme Rowan Atkinson dans « La Vipère Noire ». Selon lui
l’Enfer c’est cool puisque ce serait là où on la luxure, la paresse, la gourmandise
font office de lois.
Bref, toutes les raisons sont bonnes pour ne
pas y penser et céder à la panique : « On a le temps. »
« Ca n’arrive qu’aux autres ». C’est aussi ce que pensait Ivan Ilych jusqu’à
ce que…
Mais je vais un peu vite. Voilà comment la
nouvelle commence. Nous assistons aux funérailles d’un homme, et surprenons les
conversations de ses proches qui ne semblent pas très émus par sa mort. Ils
parlent argent. Ils pensent à la soirée qui les attend après l’enterrement. On
ne sent pas de douleur de leur part, sauf chez un petit garçon silencieux à
peine évoqué. On se sent pris d’une grande pitié, et même d’une certaine
tendresse pour celui qui va être enterré.
(Ah non, ce n’est pas gai)
Puis, sans préambule, la deuxième partie de la
nouvelle nous plonge directement dans la tête d’Ivan Ilych, alors tout jeune
homme. Et là, on comprend un peu mieux la réaction de son entourage. Il n’est
pas très sympathique, un chouilla tête à claques même. C’est un bon bourgeois
médiocre menant une vie inintéressante. Il nous ennuie.
Un jour, il tombe malade. Pour être tout à
fait honnête, je n’ai pas bien compris de quoi il s’agissait, si c’était un
virus, ou un accident. Mais il est malade, ça c’est sûr.
Ivan Ilych comprend qu’il va mourir, et ça le
terrifie. Son personnage prend du relief, mais à quel prix ! La moitié de
la nouvelle est consacrée à l’expression de son angoisse, de ses
interrogations. Il y a aussi de petites descriptions de douleurs bien sympathiques.
Le narrateur nous présente également une
réflexion sur la solitude. Car Ivan Ilych est seul dans son agonie ou presque.
Les gens sont mal à l’aise face à lui, entretiennent des conversations
factices, font semblant de rien.
Ce livre m’a tellement stressée que j’en avalé
une boîte de cookies.
La Mort
d’Ivan Ilych nous présente le désespoir d’un homme
face à l’absurdité et l’arbitraire de la vie. Mais ce fut tout de même une
belle expérience de lecture, très intense.
Je ne me souviens pas avoir déjà lu de
roman sur la maladie. Je me trompe ou c’est plutôt rare ? Il y a bien La Montagne Magique de Thomas Mann (pas
lu), et La Tâche de Philip Roth (pas
lu non plus) (ou l’art de parler de livres que l’on n’a pas lu), mais à part
ça, je ne vois pas.
Et vous savez quoi ? Ca se finit bien.
Edit:
Elou ajoute La Maladie de Sachs de Martin Winckler
Rose: Morts imaginaires de Michel Schneider (ce n'est pas specifiquement sur la maladie, mais on reste dans l'ambiance)
Gabriel: Un Homme de Philip Roth
Erzébeth: Love story