un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

07 mars 2007

Le livre de ma mère - Albert Cohen *

 J’ai ouvert ce livre tout à l’heure et je l’ai feuilleté ; toute une journée d’été a ressurgi. Là, le marque-page de la librairie où jem_re l’avais acheté le jour même où je l’ai lu. Et puis le billet de train plié en deux calé entre deux pages. Tiens, des miettes de gâteau. Ce livre sent une journée de juillet ensoleillée, la fin d’une époque, le commencement d’une autre. J’étais complètement perdue. Ce livre a réussi à me faire pleurer (je ne pleure jamais sur un livre).

« Le livre de ma mère » dit la vie d’une mère. Elle revit à travers les souvenirs d’Albert Cohen et ses larmes, sa douleur de l’avoir perdue. On la voit tour à tour à travers les yeux d’un petit garçon, d’un adolescent, d’un jeune adulte, mais elle, reste toujours la même, avec son dévouement de sainte, ses sacrifices, sa sagesse, ses ridicules. La mère n’est pas idéalisée, et elle nous apparaît d’autant plus réelle, avec son chapeau étriqué, son mauvais français, ses régimes. Et lui, le monsieur de soixante ans qui écrit ces lignes, reste un éternel enfant qui appelle sa mère « maman ».

On dirait qu’il tente de ne pas perdre une miette de souvenir, comme si chaque moment oublié la tuait un peu plus. L’on suit le fil d’une pensée bric à brac qui mêle évocations et reflexions, faisant fi de la chronologie. On peut abandonner à un endroit, reprendre à un autre, sauter des pages, revenir en arrière. L’amour d’une mère étant sans limites, l’écriture de cet amour ne saurait être linéaire.

Dans son amour, la mère est davantage « La mère » que « Ma mère ». Même si ce n’est pas si clair que ça… Elle est sa « chérie », sa « bien-aimée ». On a envie de rappeler à Cohen que c’est de sa maman dont il parle, hein, sa mère quoi. Mais cela rend ce chant d’amour encore plus passionné et plus beau, triste. Et on se dit que si c’est pour la bonne cause, il a le droit d’appeler sa mère comme il veut.

Parfois on a envie de la frapper la maman. On a envie de lui dire d’arrêter d’être aussi pomme! « Avec la légèreté cruelle des fils, je frappais à deux heures ou trois heures du matin et toujours elle me répondait, réveillée en sursaut, qu’elle ne dormait pas, que je ne l’avais pas réveillée. »
Et parfois on a envie de frapper le narrateur. C’est comme ça que tu traites ta mère ??? « Elle m’a attendu trois heures dans ce square. Ces trois heures j’aurais pu les passer avec elle. Tandis qu’elle m’attendait, auréolée de patience, je préférais, imbécile et charmé, m’occuper d’une de ces poétiques demoiselles ambrées, abandonnant ainsi le grain pour l’ivraie. J’ai perdu trois heures de la vie de ma mère. »

 « Le livre de ma mère » ne fait donc pas que raconter l’histoire de la mère d’Albert Cohen. Il est un vibrant hommage, une offrande douloureuse fait sur l’autel de la maternité (ça n’ira pas si je commence à écrire comme Cohen…). Son écriture poétique retransmet tendresse, agacement, remords mais surtout vénération pour celle qui incarne pour lui l’éternelle idée de la mère. A travers elle, il chante toutes les mères. « Louange à vous, mères de tous les pays, louange à vous en votre sœur ma mère, en la majesté de ma mère morte. » On peut avoir l’impression qu’il en fait un peu trop, qu’il verse un peu trop dans le pathos. Je pense qu’il a mis tout son amour dans ses mots, et que dans ce cas les mots ne seront jamais assez violents. Et puis c’est Albert Cohen, vous ne vous attendiez quand même pas à de la sobriété et de la retenue ?

Ce livre est un magnifique et déchirant roman d’amour, un livre unique parce que l’on peut chacun y reconnaître sa propre mère. « Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se fâchent et s’impatientent contre leur mère, les fous si tôt punis ».

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai envie d’aller serrer ma maman.

 

 

Posté par celinevixen à 11:38 - Lagarde et Michard: XXè - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Lui, je l'ai lu il y a quelques années, et j'avais beaucoup aimé. Même si comme tu dis, un garçon qui parle de sa mère, ça nous rappelle souvent un certain complexe d'Oedipe... :)

Posté par Lilly, 07 mars 2007 à 16:53

>

Hein ? Non, non. ;-)
Encore une fois, belle critique ! J'avais justement prévu de découvrir Cohen par ce livre-là. Quand je lis les extraits que tu as mis, je n'arrive pas à croire qu'une telle mère a existé - la réveiller en pleine nuit, la pauvre ! Pire que Proust qui pleure (dans "A l'ombre...") quand il quitte sa mère pour l'été... (c'est que ça a le coeur tendre, un adolescent de 15 ans ! ;-) ).
Enfin ! Je n'ajoute pas "Le livre de ma mère" dans ma liste à lire, puisqu'il y était déjà ! :-)

Posté par feu aurélie, 07 mars 2007 à 17:04

Zut ! j'ai voulu citer ta critique, et ça n'apparaît pas ! désolée :-/
enfin, je citais ta dernière phrase, "Je ne sais pas vous, mais moi j'ai envie d'aller serrer ma maman"...

Posté par feu aurélie, 07 mars 2007 à 17:05

Comme tu le sais, de mon côté je n'ai pas été aussi sensible à ce livre. Il me semble que tout dépend certainement des rapports que chacun entretient avec sa propre mère.
Dans ce livre, j'ai trouvé Albert Cohen un tantinnet moralisateur, rendant presque coupables ceux qui n'adorent pas leur mère à ce point.
C'est peut-être aussi pour avoir rencontré, dans ma profession, bien des mères qui ne correspondent pas du tout à ce qu'il décrit comme étant "génie de l'amour".
Et de mon côté, je n'ai pas eu envie d'aller serrer ma maman après cette lecture et surtout je ne voudrais pas que mon fils en arrive à ce niveau de presque souffrances…

Posté par Véro, 08 mars 2007 à 18:24

oh oh interressant donc!!! à lire pour savoir qu'elle mère je suis tu crois? :o))))

Posté par lamousmé, 08 mars 2007 à 21:25

* Oedipe! Je l'avais complètement oublié lui!! Tu as vraiment raison Lilly, c'est tout à fait ça!

* Aurélie, c'est vrai que c'est un peu gonflé de réveiller sa mère à deux heures du mat. En plus non seulement elle se réveille, mais elle lui prépare de la pate d'amande! Je te jure...
Il y a aussi "Belle du Seigneur"! N'oublie pas "Belle du seigneur"! Tous deux traitent de la passion, sauf que dans "le livre de ma mère", la passion est vraie. Dans "Belle", elle est complètement bidon. C'est intéressant cette conception je trouve.

* Véro, tu as tout à fait raison, ce livre doit nous toucher de différentes façons selon notre propre relation avec notre mère. Ce livre m'a bouleversée parce que j'ai la grande chance d'avoir une mère extraordinaire, mais j'imagine bien que ce n'est pas le cas de tout le monde. Je n'ai pas voulu généraliser, et j'espère que je n'ai blessé personne.
Je ne pense pas que Cohen soit moralisateur. A mon avis, on est au-delà de la morale, son écriture étant purement subjective. La peine que Cohen éprouve est telle qu'il l'universalise. Il donne à sa douleur la dimension qui lui semble adéquate, afin de l'exprimer au mieux. Ca n'a rien à voir avec le lecteur, c'est un dialogue entre lui et sa mère. C'est ainsi que je l'ai senti du moins.
Et sinon, bien sûr qu'on ne voudrait faire souffrir personne comme ça, et dans ce livre, cette douleur n'apparait pas comme un bien. Mais est-elle évitable? Si on ne s'exprime pas comme Cohen, ne ressent-on pas des échos de cette peine lors de la perte d'une mère?

* Lamousmé, je suis sûre que tu es une mère fantastique, rien qu'en lisant ton blog! :D
Mais je t'en prie : lis!

Posté par céline, 09 mars 2007 à 00:17

Quitte à réveiller ma mère en pleine nuit, je lui demanderais quelque chose de meilleur que de la pâte d'amande...! ;-)
"Belle du Seigneur" est aussi noté sur ma liste, mais sa taille et sa densité me font bizarrement peur, alors je préfèrerais découvrir Cohen par un livre que j'imagine plus... "abordable". La question de la mère m'intéresse beaucoup, mais QUAND vais-je pouvoir lire tout ça ?!

Posté par feu aurélie, 10 mars 2007 à 13:31

* Oh c'est bon la pâte d'amande...Mais ce n'est pas un peu difficile à faire? Si oui, c'est une warrior la maman, je la respecte! :)
Tu sais, Belle du seigneur fait un peu peur vu de loin, mais une fois dedans tu te laisses embarquer. Et puis ce n'est pas du tout la même chose!
Aaaah si moi aussi je pouvais lire à ma guise... La vie est décidemment une jungle! :)

Posté par céline, 16 mars 2007 à 15:25

Mais écoute, manger une substance rose fluo (ou vert fluo ou blanc gélatineux), à deux heures du matin, je ne sais pas pourquoi mais ça ne m'inspire pas ! ;-))
Pour "Belle du seigneur", erreur : il fait peur même vu de près... à cause de sa taille ! :-)

Posté par erzébeth :o), 16 mars 2007 à 21:34

...

salut a tous
demain j'ai un controle sur se livre
mais le pb c que je me rapelle plus de nom de sa mere

parcontre le livre et bien mais il y a beaucoup de repetition qui se retrouve ds le meme chapitre voir d'autre defois on a l'impression qu'il refait les chapitre mais d'ne autre façons

merci de repondre a ma question

Posté par mimi, 26 mars 2007 à 16:18

* Bonjour Mimi!
Il ne me semble pas que la mère ait un nom... Elle est "maman", "ma mère", "ma bien-aimée", "ma chérie" mais pas de nom...
Ah oui c'est la même idée développée sur un bouquin. La figure même de l'obsession.
Bonne chance pour ton devoir! Je sais ce que c'est et je compatis! ;)

Posté par céline, 26 mars 2007 à 20:55

A L'AIDE J'AI BESOIN DE VOUS

Bonjour à tous.
j'ai un énorme problème.
J'ai lu 5 foi ce livre en 2 semaines, pour remplir une fiche de lecture.
Malheureusement, je n'arrive pas à répondre à quelques questions.
Quelle est l'époque ? La durée de l'action?
L'orgeanisatoin globale en partie et chapîtres ?
Aidez-moi svp !!!!
MERCI D'AVANCE

Posté par caro122222, 19 avril 2007 à 10:21

Tu veux pas qu'on fasse tes devoirs, non plus?
;-)))
Remarque, le lire 5 fois et ne toujours pas avoir la réponse à ces questions... tu vas te retrouver dans le livre des records.
Allez hop,Caro, au boulot! C'est en lisant qu'on devient liseron.

Posté par Sibylline, 19 avril 2007 à 12:47

Oui, je sais, je suis sans pitié. Mais c'est qu'ici, tu vas plutôt trouver des gens qui aiment lire. ;-)
Courage!

Posté par Sibylline, 19 avril 2007 à 12:50

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