un renard dans une bibliothèque

"Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique; on se laisse tellement influencer." O.Wilde

19 février 2007

La Philosophie dans le Boudoir - Marquis de Sade

Sade, ça va cinq minutes. D’abord on trouve ça complètement dégueulasse, on détourne chastement le regard, puis au bout desade quelques pages on s’ennuie un peu. C’est vrai quoi, il se passe tout le temps la même chose, et on finit par se sentir blasé : « oui bon là il les fouette…ah il les fouette encore… tiens il les fouette toujours…ah cette fois ce sont elles qui le fouettent… ».

Je n’aime pas lire Sade. Ses descriptions de viols, de séquestrations et autres joyeusetés sont à lire une fois par curiosité, mais pas deux en ce qui me concerne.
Cela dit je distingue tout de même La Philosophie dans le Boudoir. Et j’ai de bonnes raisons!

Non, pas de pitch, vous avez cru quoi ?

C’est non.

Bon d’accord. Allez : pitch… (édulcoré)

La chose est composé de sept dialogues, durant lesquelles Mme de Saint-Ange et Dolmancé s’évertuent à débaucher Eugénie de Mistival, jeune vierge pas si farouche. Le titre complet est d’ailleurs La Philosophie dans le Boudoir ou Les instituteurs immoraux (sous titre : Dialogues destinés à l’éducation des jeunes demoiselles). Au fur et à mesure des progrès étonnamment rapides de la jeune fille, l’on introduit de nouveaux partenaires et des figures amoureuses plutôt compliquées.
Entre deux torticolis, nos héros parlent de la vie : la religion, la politique, la Starac… Ils commentent aussi un pamphlet « Français, encore un effort si vous voulez être républicains » (qui s’inscrit dans le débat révolutionnaire sur les nouvelles législations après 1789).
Au bout de six dialogues, Mme de Mistival commence à s’inquiéter pour sa fille. Elle vient donc prendre des nouvelles. Elle n’aurait pas du.

La philosophie dans le Boudoir, c’est bien, parce que le sexe est joyeux. Là tout le monde est consentant (sauf la Maman), tout le monde s’éclate. La seule règle est le plaisir pour l’un, pour tous. Même si parfois c’est berk, le récit est davantage érotique et sensuel que pornographique. Les personnages s’émerveillent, s’extasient, sont heureux.

Et puis c’est franchement drôle par moments : on a des explications très théoriques sur la sexualité, les commentaires sont naïfs, les positions sont tout à fait inconcevables, pareil pour la taille des phallus et substituts phalliques… Les personnages continuent à parler de façon soutenue dans une langue magnifique durant leurs ébats (à l’exception du jardinier qui parle son patois) (car oui, il y a un jardinier). Ce décalage est à mourir de rire ! Il existe vraiment un humour sadien (parfois douteux certes), et je trouve qu’il ressort particulièrement ici. Bref, je le trouve même sympathique ce Sade !

Et puis parce qu’il n’y a pas que ça dans la vie, nos héros ont aussi des conversations tout à fait honnêtes. L’éducation de la jeune fille n’est pas seulement physique, mais aussi morale et philosophique. Et ces trois enseignements se rejoignent. Ses instituteurs font table rase de toutes ses anciennes certitudes et croyances, pour lui inculquer la notion (discutable ici) de Liberté. Ainsi le bouleversement de l’univers d’Eugénie s’apparente au bouleversement de la France lors de la Révolution Française. Le pamphlet, l’appel aux armes « Français, encore un effort si vous voulez être républicains » proclame l’universalité du plaisir. Ceci est tout à fait en phase avec les débats de l’époque sur l’opposition Nature/Culture : cette dernière n’aliène-t-elle pas l’homme ? Ce qu’on appelle « crime » n’est-il pas au fond naturel ? Il ne faut donc pas réprimer ce que l’on désire faire, puisque le désir est naturel.

De plus, il appelle à se débarrasser de la religion établie en faveur de l’athéisme et donc là encore changer notre conception du « crime ». En effet, il n’y a plus de crime si l’on fait abstraction de Dieu. Donc on peut voler, violer, tromper, calomnier, et même faire subir des horreurs à sa propre mère! Aux chiottes les lois, c’est la fête !
Il y a donc une inversion des valeurs, avec la mise en place d’une nouvelle norme pour une nouvelle société. Sade professe une république du plaisir.

Et maintenant quelques points d'intérrogation :
- Si l’homme obéit aveuglément à la nature, peut-il encore y avoir liberté et donc plaisir (et donc Sade raconte n’importe quoi) ? Ou bien est-ce que la Nature est seulement un prétexte pour justifier l’anarchie qu’il professe ?
- Les citoyens libertins, les libertins citoyens : utopie ou parodie ? Cette anarchie professée se moque-t-elle du dérapage de la Révolution Française en Terreur (le livre est publié en 1795)?

 A suivre…(peut-être !)

Maintenant vous pouvez le dire...Je vous ai fait peur au début hein? ;)

Posté par celinevixen à 14:49 - Oeuvres a periphrases - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je vous ai fait peur au début hein?

Oh non, non. Même pas peur. Mais je trouve que tu racontes bien ;-))

Posté par Sibylline, 19 février 2007 à 19:48

Moi aussi, je trouve que tu nous le présentes avec brio ce livre.
Pourtant, pas facile !

Posté par Véro, 19 février 2007 à 20:40

* merci! ^^

Posté par céline, 20 février 2007 à 17:46

* et bienvenue à toi Véro!

Posté par céline, 20 février 2007 à 17:46

Je n'ai jamais lu Sade. Il me fait peur...
(au fait, tu vas te retrouver avec de drôles de recherches google, toi, avec les mots-clés dignes des pervers, disséminés dans ta critique ! ^^)
Bref : je n'ai jamais lu Sade, je n'en ai pas encore envie du tout, mais n'empêche que ta critique est excellente :o)

Posté par feu aurélie, 20 février 2007 à 20:27

J'ai lu Justine. Passionnant, il faut passer les scènes de sexes, sinon on y perd son latin. essayer de visualiser certaines scènes ...
Par contre entre ces scènes et il y a des thèmes de réflexions sur la liberté, l'église , la femme .

Et j'ai lu les crimes de l'amour. Du Sade soft ! si ça existe ! si vous avez peur de Sade, essayer ce livre. Quel langue ! La beauté du texte !

Posté par Michel, 20 février 2007 à 22:37

Je savais que Sade aimait bien parler sexe (j'augmente encore un peu tes stats, je suis sympa), mais pas à ce point. Je ne l'ai jamais lu. "Les crimes de l'amour" est soft selon Michel, je regarderai.

Posté par Lilly, 21 février 2007 à 09:01

* Aurélie, c'est vrai qu'on n'a pas forcément envie de lire Sade. Je m'y suis mise puisque mon prof de philo nous l'avait conseillé, en nous donnant des clés de lecture que je trouvais intéressantes! "La philosophie dans le boudoir" m'a choquée, mais je trouvais ça pas mal. (oh pour les stats, je ne suis pas à Sade près...avec mes posts sur Bataille et Louys, je me sens un peu blasée avec les requêtes google... pourtant certaines sont vraiment vraiment grave)

* Bienvenue à toi Michel! Ce qui est difficile avec Sade, c'est que les scènes de sexe font essentiellement partie du sexe, on ne peut pas en faire abstraction si on veut comprendre Sade. Maintenant tu as raison, on peut les survoler une fois qu'on a compris le principe du truc : le sadisme (oh surprise! ^^)
J'ai lu d'autres textes de Sade, dont Justine que je n'ai pas trop aimé. Mais as-tu lu "La nouvelle Justine"? Là c'est vraiment gore. "Justine ou Les infortunes de la vertu" c'est soft à côté. Ca m'a complètement écoeurée et vaccinée de Sade.
Mais si tu dis que "les crimes de l'amour" sont bien, je veux bien te faire confiance.
Je ne l'ai pas dit, mais c'est vrai que l'écriture est très belle!

* Lilly, moi non plus je ne savais pas que c'était aussi hard. C'est vraiment le mot! Je me disais que ça avait choqué les contemporains, mais que ce serait pas si terrible pour nous qui vivons au XXIè qui banalise le sexe.
Voilà si jamais tu veux te lancer dans Sade! Une lectrice avertie en vaut deux! ^^

Posté par céline, 21 février 2007 à 11:50

Moi j'aime bien tes thèmes à périphrases ;-) Et puis le "sexe joyeux" comme tu le dis c'est plutôt sympa non ?

Posté par Laurent, 26 février 2007 à 10:39

Enfin quelqu'un qui ne refuse pas de lire Sade sous prétexte que ce ne soit pas correct... Je vis dans un "bled" de montagne et c'est à peine si l'on ose prononcer son nom. Hum. J'ai d'ailleurs écrit un article sur mon blog, vous êtes dans la bonne dynamique, si le passage vous en dit...
http://aire0de0repos.canalblog.com/archives/2007/02/11/3968046.html#comments Bien à vous.

Posté par MélanieLP, 02 mars 2007 à 13:34

* Bonjour MélanieLP! Je suis allée voir ton article, c'est d'une virulence, j'adore! En ce qui me concerne, je n'avais pas pensé à lire Sade avant que notre prof de philo nous le conseille, pas par pudibonderie, mais juste pas pensé...Tu as raison, il est encore pas mal tabou dans notre société, qui utilise pourtant le mot sadique, sado à toutes les sauces!

Posté par céline, 03 mars 2007 à 22:05

Quelle horreur ! La façon dont vous lisez Sade. Personnellement j'ai lu beaucoup de Sade et de Bataille, sans l'aide d'une prépa. Sade ce n'est pas vraiment les "crimes de l'amour", oeuvres pour défier la censure. Sade ce n'est pas le "sexe et l'orgie". Sade ce n'est pas à lire que philosophiquement, ça c'est son ironie. Sade ce n'est pas à survoler. A croire que vous n'avez rien compris au sadisme comme la plupart des gens. Sade est à lire impliqué, Sade c'est une théorie qu'il met en pratique, voire Georges Bataille qui en parle très bien, Sade c'est la transgression et pas celle des libertins, c'est la torture et le plaisir sadique. C'est jouissif et destructeur. Sade c'est Justine, la philosophie dans le boudoir et Sade c'est surtout les 120 journées de Sodome et Gommorrhe, à lire jusqu'à la fin. A croire que Sade vous a bien eu.

Posté par iadlioda, 11 août 2007 à 11:30

* Iadlioda, tout d'abord bienvenue.
Votre commentaire est un peu décousu mais il en ressort l'idée principale que je n'ai rien compris à Sade. Seulement, mes billets ne sont pas des dissertations sur oeuvre mais des impressions de lecture. Je ne suis pas une spécialiste de Sade (mes études en classe préparatoire font de moi une spécialiste en rien du tout, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient), ce qui peut expliquer que mon avis soit discutable et lacunaire par rapport à quelqu'un qui s'y connait vraiment, vous par exemple. Cela n'empêche pas que je puisse l'apprécier à ma manière.

J'ai lu "La philosophie dans le boudoir", mais survolé -je dois bien l'avouer- les autres oeuvres telles "Justine", "les cent vingt journées"... Et ce qui m'a frappé dans "La philosophie dans le boudoir" par rapport aux autres oeuvres, c'est la présence du plaisir. J'en veux pour preuve les nombreuses exclamations de jouissance, les multiples projections de foutre et autres. A part dans la scène avec la mère (la dernière), je n'y ai pas lu de "torture", de plaisir exclusivement sadique, mais un plaisir sexuel collectif, bien que le sadisme soit présent car l'un n'empêche pas l'autre. (au contraire des autres oeuvres) Et dans ce post, je parle uniquement de "La philosophie dans le bousoir", pas de l'oeuvre du Marquis de Sade en général. Je connais trop peu le sujet pour m'atteler à une telle tâche.

J'espère que votre courroux s'est apaisé. Je ne pense pas que mon post de simple amatrice de livres valait la peine que vous vous emportiez ainsi. Tournez vous plutôt vers ceux qui prétendent avoir une autorité sur le sujet et possèdent donc une véritable influence sur d'innocents esprits.
Merci d'avoir cherché à m'éclairer.
Bien à vous,
Céline P.

Posté par céline, 11 août 2007 à 12:52

bonjour Céline,
Non mon "courroux" ne sera pas apaisé. Je m'excuse d'une chose, j'ai oublié de préciser que je ne parlez pas de vous, je ne vous désignez pas : vous en parlez assez bien, avec votre raisonnement et vos sentiments, vous l'avez lu. Je m'adressais à ceux qui ont posté ensuite des commentaires.

Posté par iadlioda, 11 août 2007 à 13:31

(excusez-moi des fautes d'ortographe -horribles- erreur de frappe) parlais* et désignais*. Je m'excuse de mon commentaire décousu, mais je reprenais quelques idées et impressions citées au-dessus. Et je ne tenais pas à entrer dans les détails. Mais si ça vous intéresse, on peut en parler, ou même échanger des opinions sur d'autres littératures.
Bien à Vous. Iadlioda

Posté par iadlioda, 11 août 2007 à 13:37

* Iadlioda, je comprends un peu mieux ton (on peut se tutoyer si tu n'y vois pas d'inconvénient ^^) premier commentaire. Je n'avais pas pensé que tu puisses d'adresser aux commentateurs. En tant qu'admiratrice de Sade, je comprends que des avis d'amateurs puissent t'irriter, mais dans un commentaire sur un blog on ne peut pas toujours bien développer comme on veut. Ce qui explique qu'ils puissent apparaitre lacunaires. Et puis c'est intéressant quand des gens expriment un point de vue, une vision de lecture différents, même s'ils sont parfois discutables.
Enfin, cloturons le sujet si tu veux bien. En tout cas, je te remercie beaucoup de l'intérêt que tu sembles porter à mon humble blog et ce serait un plaisir de "causer bouquins" avec toi. Je t'invite à réagir sur mes billets ou à m'écrire un email, c'est toi qui voit!

Posté par céline, 11 août 2007 à 20:09

merci

Je découvre à peine la litterature de Sade, et je vous remercie pour vos nombreux commentaires.

Posté par kneukneu, 29 août 2007 à 22:49

* Bienvenue Kneukneu! Sens toi libre de poser ta touche sur ce mur de commentaires aussi! :)

Posté par céline, 01 septembre 2007 à 01:46

Sade ?

... non, franchement non. Surtout son Sodome. Crade, grave à faire court-circuit au cerveau. Il faut vraiment choisir ce qu'on lit puisqu'on en sort pas indemne, je crois. Notre fonctionnement prend un sacré coup. En tout cas, c'est pour un public très avisé.
Je beaucoup aimé votre commentaire, Céline.
Bonne soirée.

Posté par sympa, 13 juin 2008 à 22:29

Sade ?

... non, franchement non. Surtout son Sodome. Crade, grave à faire court-circuit au cerveau. Il faut vraiment choisir ce qu'on lit puisqu'on en sort pas indemne, je crois. Notre fonctionnement prend un sacré coup. En tout cas, c'est pour un public très avisé.
Je beaucoup aimé votre commentaire, Céline.
Bonne soirée.

Posté par sympa, 13 juin 2008 à 23:37

* Oups j'avais pas vu que ce n'était pas toi Sib! Bon Sibylline n°2, ajoute un n°2 à ton pseudo, ou alors trouve un autre pseudo histoire qu'on vous reconnaisse! :)

Posté par Céline, 04 juillet 2008 à 22:33

* Merci à vous Sympa! Je suis d'accord avec ce que vous dites. Je pensais être un public avisé, et en fait... non.

Posté par Céline, 04 juillet 2008 à 22:34

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