05 février 2007
Siddharta - Herman Hesse
Je suis tellement zen en ce moment que ça commence à
inquiéter les gens autour de moi.
Qu’ils se rassurent, cela ne durera pas.
Mais voyez vous, je suis sous l’effet d’un narcotique, tout
à fait licite d’ailleurs (je ne suis pas très marrante)(une fille se bidonnant
sur Stendhal peut-elle être marrante ?). Vous l’aurez deviné, j’ai
consommé du « Siddharta ».
Il part écouter la parole de Gotama (le Bouddha historique),
dont la doctrine est réputée infiniment sage. Seulement, il comprend que seul
lui-même peut accéder à son propre moi ; une doctrine aussi bonne
soit-elle ne saurait mener à l’affranchissement de la pensée nécessaire à
l’écoute du moi. Il se sépare de Gotama.
Ses pas le mènent vers la ville corruptrice. Il y commence
une nouvelle vie dans les bras de la belle Kamala qui l’initie fort patiemment
aux quarante jeux d’amour. Parallèlement il s’associe à un gros capitaliste qui
lui apprend tout sur le commerce et l’argent. Il finit par se lasser.
C’est au bord d’un fleuve, en compagnie d’un passeur, devenu
passeur lui-même qu’a lieu l’Illumination.
Avant, je pensais que ce livre parlait de la vie de
Siddharta Gotama, (c’est le vrai nom du Bouddha que l’on connaît). Herman Hesse
aurait pu vouloir retracer sa vie avant son Eveil. Mais là il ne s’agit pas du
tout de lui. (mais dans ce cas, pourquoi lui a-t-il donné le même nom ?)
Siddharta semble être un saint homme inconnu (ou imaginé,
après tout cela importe peu). Le livre apparaît comme un écrit sacré
retranscrivant sa pensée et le moyen d’atteindre la sagesse par l’introspection,
indépendamment des grandes doctrines (Bouddha en prend d’ailleurs plein la
tronche à un moment). Ce livre ne dit pas ce qu’est la sagesse, mais montre le
chemin pour y accéder. "Le savoir peut se communiquer, mais pas la
sagesse. On peut la trouver, on peut en vivre, on peut grâce à elle opérer des
miracles, mais quant à la dire et à l'enseigner, non cela ne se peut pas"
En effet, ce qui constitue la
voie vers toute sagesse, c’est-à-dire le détachement, est au centre même de
l’œuvre. On retrouve cela dans la pensée bouddhiste, mais aussi stoïcienne. Il
s’agit d’éviter la souffrance que peut causer l’attachement, même pur, à un
objet terrestre (personne, biens) qui est par définition périssable. Ou tête à
claques, car ici la personne à qui Siddharta s’attache, c’est son fils un rien
rebelle.
En même temps, ce livre ne fait pas l’apologie du
détachement et de la solitude, au contraire. Il montre la beauté de l'amour, malgré la
souffrance qu’il génère, ce qui est une des leçons les plus belles de l’oeuvre.
« Depuis que son fils était auprès
de lui, Siddharta était complètement devenu, lui aussi, un homme comme les
autres ; lui aussi souffrait maintenant pour un autre, s’attachait à un
autre, se perdait pour l’amour d’un autre et tombait dans la folie. Une fois
dans sa vie, quoique tardivement, il éprouvait cette passion, la plus forte et
la plus étrange, il en souffrait, il en souffrait à faire pitié et pourtant il
était heureux ; n’aurait-elle pas renouvelé quelque chose en lui, ne
l’aurait-elle pas enrichi d’autant ? »
Mais c’est possible que j’aie mal compris ce livre.
Au VIè siècle avant J-C, Mayadevi, épouse d’un souverain,
donne naissance à Siddharta à Lumbini au Népal. Elle aurait conçu son fils en
songe, pénétrée au sein par un éléphant blanc à six défenses. Sitôt né,
l’enfant se serait mis debout et aurait ainsi pris possession du monde.
Son père fait venir huit sages afin qu’ils prédisent son
avenir. Sept voient un futur brillant de roi, le dernier prédit qu’il quittera
le royaume.
Il se marie, il a des enfants, il est richissime, il fait du
cheval, il lit.
Un jour qu’il se promène dans les bois, il rencontre
successivement un vieillard marchant avec peine, un pestiféré, une famille en
deuil, un ascète. Il comprend qu’il ne sera jamais protégé de la vieillesse, la
maladie, la mort.
Il abandonne alors tout et s’installe au pied d’un arbre,
jurant de ne pas bouger tant qu’il n’aura pas atteint la vérité.
L’on dit que le démon Mara fit tout pour le distraire de
cette quête (monstres, jolies filles), redoutant qu’il parvienne à délivrer les
hommes de la peur de mourir. (On dirait Satan voulant tenter Jésus dans le
désert !) Bien sûr, cela ne marche pas, et Siddharta devient
Bouddha : celui qui s’est éveillé.
Il parcourt le monde le reste de sa vie, insistant sur le
fait qu’il n’est pas un messager des dieux ou un être surnaturel, mais
quelqu’un parvenu à la sagesse par la seule force de l’introspection.
Il meurt à l’âge de quatre-vingt ans, relayé par ses
disciples.
Franchement, vous ne vous sentez pas déjà plus zen?
Commentaires
Je n'ai pas lu ce livre mais je suis d'accord avec toi quand tu refuses de négliger le savoir. Je dirais même que la sagesse est issue de la connaissance. Sans culture, sans connaissance, nous ne serions que des "hommes sauvages" en témoigne l'hitoire de ces deux fillettes retrouvées vivant en forêt au sein d'une meute de loup, ne parlant pas, marchant à quatre pâtes, devenues elles-mêmes presque loups. La sagesse a pour base la connaissance, puis tel un cerf-volant au fil coupé, peut s'en détacher...Et si chaque moment de sagesse était un cerf-volant différent au fil relié à un savoir qui lui aussi sans cesse évolue ?...A méditer :-)
En fait, c'est Bouddha, mais pas Bouddha... Parce que cette histoire me rappelle quand même furieusement Bouddha...
Je devrais lire ce livre, j'aimerais sentir à nouveau la sensation que ça procure d'être zen. Où peut-être devrais-je essayer la méditation ou le yoga. Mais je crois aussi qu'un bon livre peut faire des miracles!
Il faudrait que j'arrête de dire n'importe quoi. Je jure que je n'étais pas ivre quand j'ai écrit mon précédent commentaire (même si je ne suis pas sûre que ce soit très rassurant...). J'ai seulement la fâcheuse habitude de penser tout haut (ça non plus ça n'oeuvre pas en ma faveur). Par contre, j'ai la grippe, d'où mon délire. Ouf !
* Cédric, je ne connais pas cette histoire des deux fillettes...Je connais l'"enfant sauvage" de Truffaut, adapté d'une histoire vraie, mais pas celle-là...
Ah c'est vrai et beau ce que tu dis! :)
* Oh Lilly ne te prend pas la tête comme ça! J'ai trouvé ça très drôle mais surtout ça avait du sens! C'est vrai que ça ressemble furieusement à Bouddha! Et si c'était fait exprès? Je ne sais pas,je ne sais même pas si c'est adapté d'une histoire vraie.........
* Bonjour à toi Hilde! Je te confirme : ça fait des miracles! Un miracle qui commence à s'estomper pour moi d'ailleurs, il faudrait peut-être que je le relise... :D
Après une rapide recherche j'ai trouvé ça :
"Une histoire vraie, la plus connue d'ailleurs internationalement, est celle de deux fillettes, Amala et Kamala, qui furent arrachées à leur famille de loups et moururent sans atteindre leur vingt ans, de misère physiologique et de tristesse, toujours regardant la forêt par les fenêtres de leur hôpital. Ces deux enfants remirent en cause l'inné et l'acquis, posant le problème de l'épais mystère de la nature humaine."
Et ça : "Le cas le plus célèbre d’enfants-loup est sans doute celui des deux filles indiennes Amala et Kamala..." la suite ici : http://www.loup.org/spip/article55.html
A vot' service ma p'tite dame !
* Merci Cédric! ;)
Moi j'ai tjrs senti que le "savoir" freine considérablemnt l'évolution spirituelle d'un homme,il engendre les dogmes les religions;le savoir tue la vie car il est fixe mais la vie elle n'est que mouvement;allons vers la connaissance qui elle est vivante et ne fige rien....Hermann Hess à raison quand il dit "il n'y a rien à comprendre"Mais je souhaite à chaqun de ns de comprendre cela!!
Bisous
Cri
;-)))
C'est bien, mais il ne faudrait pas virer non plus en apologie de l'ignorance. ;-))
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