30 décembre 2006
Marilyn, les dernières séances - Michel Schneider
Ce livre vient juste de sortir et je
l’ai acheté. Je l’ai même lu. Je répète :
il est vieux d’à peine quelques mois, et je l’ai acheté
et lu. Ceux qui me connaissent savent. Pour moi un bon
écrivain est un écrivain mort.
Non ce n’est pas vrai. C’était juste pour voir vos têtes.
En réalité, mon étagère d’ « A lire » est en train de s’écrouler. Façon de parler car mon étagère est une bibliothèque. Donc je ne lis pas ce qui sort et reçoit de tonnes de prix simplement parce que chez moi, tout le monde doit faire la queue. Même Kundera.
Mais là, ce n’est pas pareil. C’est sur Marilyn. Et en sa qualité de béguin number 2, elle est passée devant tout le monde, et même de façon tout à fait légale. Vous voyez Disneyland : tout le monde doit faire la queue pour le Space Mountain, mais certains ont droit à ce qu’on appelle un « Fast pass » (=droit de passer devant tout le monde en ricanant un peu). Là c’est la même chose.
Passons aux choses sérieuses : le pitch.
Le pitch : (celui de l'éditeur,
mea culpa, mais je le trouve bien fait...)
Trente mois durant, de
janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le
plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste
freudien. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à
se lever, de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à
aimer, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné
comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un
enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau (hum
pas terrible la métaphore, même s'il se rattrape après),
mais pour avoir été la dernière personne à
l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée
morte, on l'accusa d'avoir eu sa peau. Telle est l'histoire. Deux
personnes qui ne devaient pas se rencontrer et qui ne purent se
quitter. Des mots noirs et des souvenirs blancs. Dans la lumière
adoucie d'un cabinet de psychanalyste se redit la dernière
séance de Marilyn.
Ce livre est plutôt paradoxal. En
effet, il nous montre à la fois Marilyn et Norma Jean.
Marilyn, parce qu'il présente son histoire comme un film :
tout commence par l'image mystérieuse d'une belle femme morte,
allongée sur son lit, et on remonte le temps, comme dans
certains films. Marilyn ressemble aussi étrangement à
l'héroine de Billy Wilder, Norma Desmond du « Boulevard
du Crépuscule », ancienne très grande
actrice qui sombre dans la solitude et la folie. Et en effet, « comme
les cheveux de Marilyn, ce roman – ces romans emmêlés
– est vraiment faux ».
Et en même temps Norma Jean :
l'auteur nous montre derrière la ravissante idiote la jeune
femme qui lisait Joyce, avait un regard critique et désabusé
sur le cinéma, l'amour, la vie et surtout sa vie. On entend
ses propres mots, on lit des extraits de ses lettres. La conscience
très claire qu'elle avait du manque de sens de sa vie et de
l'impossibilité de lui en donner un, du fait du regard de
l'autre la réduisant à une fille « sexy »,
est quelque chose de tout à fait terrifiant. L'enfer c'est les
autres, comme dirait l'autre.
Et cette schizophrénie est au
fondement même de la tragédie.
De la même façon, le livre
prend la forme quelque peu factice d'une enquête policière
pour découvrir non pas qui, mais qu'est-ce qui a tué
Norma Jean Baker. Les médicaments? Ses amours malheureuses?
Son extrême solitude? Le refus qu'elle avait de s'identifier à
Marilyn Monroe tout en l'incarnant? Un cocktail explosif avec une
pincée d'un peu tout? Cette enquête se nourrit
d'éléments réels (comme son passé
d'actrice pornographique) comme fictionnels (les moments où
elle sort déguisée), et parfois aussi à la
limite des deux. Difficile de déceler le vrai du faux, mais on
s'en fout car « seule la fiction donne accès au
réel ».
Et en effet, ce livre nous offre à
travers Marilyn un regard sans complaisance sur l'univers du cinéma,
de la politique, du monde de l'analyse et aussi sur les relations
humaines. Ce regard nous aide à comprendre le regard injecté
de sang, le teint terne, les cheveux morts de la Marilyn de la
Dernière Séance de Bert Stern.
- mais pourquoi vouloir filmer en
noir et blanc, demanda Marilyn au metteur en scène (John
Huston – the Misfits)
- Parce que avec tes yeux
injectés de sang, tes capillaires éclatées par
la dope on n’aurait pas pu tourner en technicolor même si
j’en avais eu l’intention et le budget. Ne prends pas ça
mal et ne va pas te faire une autre rasade de pilules. Je ne
t’aimerai pas plus morte ! Les névrosés suicidaires
m’ont toujours tapé sur les nerfs. Tuez-vous si vous devez
vous tuer mais n’emmerdez pas les autres…
(Sympa)
A ce niveau, ce livre a valeur de
documentaire, à travers le fourmillement de détails
qu'il nous donne sur cette société.
Sa construction est également digne d'intérêt. L'auteur nous présente chapitre par chapitre des fragments de vie qui paraissent comme éclatés et souvent comme n'ayant pas de rapport entre eux : « une suite d'images brisées parcourue de reflets à contresens » qui au final forment les touches d'un tableau, se complètent, se fondent, tout comme l'existence de Norma Jean Monroe. De plus, ces chapitres sont extrêmement courts et se succèdent très rapidement, ce qui donne le sentiment d'une course. Et ici d'une course à la mort.
Mais évidemment, comme c'est Marilyn qui m'intéresse, j'ai eu envie d'arrêter ma lecture à la page 437, le moment où elle disparaît. Après tout, je serais restée dans l'ambiance, car elle ne finissait jamais de livres.Les états d'âmes de Ralph Greeson, voilà quoi. Mais bon, en sage lectrice je l'ai fini, péniblement.
Au final, même si ça peut faire « Hollywood stories », même si l'écriture n'est pas toujours à la hauteur, j'ai lu ce livre avec beaucoup de respect, de tendresse et de tristesse.
Je ne peux pas m'empêcher :
Elton
John – Candle in the wind. (Lui
aussi, il avait tout compris!)
Goodbye
Norma Jean
Though I never knew you at all
You had the grace to
hold yourself
While those around you crawled
They crawled out
of the woodwork
And they whispered into your brain
They set you
on the treadmill
And they made you change your name
And it
seems to me you lived your life
Like a candle in the wind
Never
knowing who to cling to
When the rain set in
And
I would have liked to have known you
But I was just a kid
Your
candle burned out long before
Your legend ever did
Loneliness
was tough
The toughest role you ever played
Hollywood created a
superstar
And pain was the price you paid
Even when you died
Oh
the press still hounded you
All the papers had to say
Was that
Marilyn was found in the nude
Goodbye Norma Jean
From the young
man in the 22nd row
Who sees you as something as more
than sexual
More than just our Marilyn Monroe
Commentaires
Une Marylin peut cacher une Norma Jean comme le renard d'une bibliothèque peut prendre les formes les moins probables... Après sa mort, Marylin est devenue un sainte et elle a accompli un miracle : faire lire de la littérature contemporaine à Céline!
Je voulais écrire : Marilyn bien sûr (et pas Marylin)
J'ai été assez surprise de te voir lire un livre de moins de cinquante ans en effet :D
Je ne connais rien à Marylin à part qu'elle a eu des aventures avec des Kennedy et qu'elle était blonde... Mais ça me dit bien de lire ce livre pour voir comment on peut en arriver à perdre totalement pied.
Euh...Marilyn. Décidément !
Merci d'avoir si bien parlé de ce livre, ça m'évitera de devoir le lire. J'en avais entendu du bien mais une chose m'avait fait décidé de ne pas chercher à le lire, non pas que l'histoire de Norma Jean ne m'intéressât point (c'est la première fois que j'utilise le subjonctif imparfait -j'en ai quelques sueurs- mais je ne sais même pas si c'est à mon escient), non, c'est plutôt un mot qui m'a rebuté : le mot qui crée en moi une grimace intérieure qui, si je l'extériorisait, devrait être pénible à voir , le mot : "psychanalyse".
Discipline aussi peu scientifique que ne l'est une religion, aussi gourouesquement fondée que l'est une secte, par un pauvre hère nommé Freud, entourée de toute une mythologie entretenue par les membres, souvent aveuglement conditionnés, de cette religion-secte. En effet, n'ayant rien de scientifique, cette "discipline" a des adeptes et des croyants. Et moi, tout conditionnement, ça me fait grimacer. Voilà, désolé d'exposer cela ici comme ça, ça n'intéresse certainement pas grand monde, mais j'avais envie de le dire :-). (Tu peux toujours virer ce commentaire, si les défenseurs acharnés des différents courants et maîtres (Lacan, Joung, Freud,...) en viennent à lire ceci et à vouloir exposer leur point de vue, défendre leur gagne-pain ou leur vide-poche, polluant ainsi (tout comme je suis en train de le faire) ce site qui parle de littérature et pas de "c'est quoi qui est vrai" "c'est qui qu'à raison" "c'est qui le meilleur".
Amen.
Attention les anti-psychanalyses débarquent...
N'aie pas peur Gabriel ! ( Tiens, ça sonne comme si c'était sorti de l'évangile ;-) ) Je ne suis militant d'aucune sorte. Je n'ai fait qu'émettre une opinion. Je dirai même que pour moi : Militer c'est se limiter.
Que chacun fasse ce qui lui plaît plaît plaît ! :-)
Oulala, je pars un jour et il y a déjà débat! ;)
Vous me faites trop rire à ne pas écrire Marilyn correctement du premier coup! Seul Cédric ne s'y est pas risqué!
* Gabriel, ça veut dire quoi ça, "les formes les moins probables"? Est-ce que je dois me vexer? ;)
* Lilly, il faut que tu le lises, parce que justement, ce n'est pas que sur Marilyn! C'est tout un monde qui ressucite! (je suis sûre que c'est mal orthographié. Prawn, ne me dis rien.)
* Eh eh eh Cédric, mes posts sont faits pour que l'on veuille lire le livre! Tu n'es pas le premier à me dire ça, ça ne va pas du tout! ;)
Je pense que tu poses un problème très juste, car je dois avouer que ce n'est pas un domaine par lequel je suis convaincue (ainsi, la lecture psychanalytique d'une oeuvre, moi je dis bouof)(parce que je ne m'y connais pas assez? Pas impossible). Mais je pense qu'une biographie sur Marilyn de ce point de vue n'est pas chose incohérente, car après tout, elle était férue de psychanalyse et cherchait même à découvrir de nouvelles méthodes (qui doivent valoir ce qu'elles valent j'imagine, j'y connais que dalle).
Les discours sur la psychanalyse dans "les dernières séances", j'ai un peu zappé, ce qui m'intéressait c'était elle.
En tout cas, si un jour je dois effacer un commentaire, c'est uniquement s'il est insultant, dégradant. Et encore, j'ai laissé un commentaire pas sympa pour Emily Brontë dans mon post sur "Les hauts de Hurlevent". Allez le voir, il est trop drôle.
Je les été voir le qu'on m'enterre en qu'est-ce t'y on! Une ainsulte mal aurtographiét cé des grandants pour l'hauteur de l'ainsulte pas pour le livrin sulté !! ;-)
Très drôle en effet !
Encore une fois, maîtresse des lieux, je vous donne raison : ressuscite était mal orthographié ! N'est-ce pas pour vous fatigant, maîtresse (je peux vous appeler ainsi?), d'avoir toujours raison ?
;-)
Céline la lecture psychanalytique n'est pas tout certes, mais c'est un prisme de lecture fort intéressant qui peut révéler le véritable sens des oeuvres! Exemple : Armance de Stendhal, soporifique à la première lecture, passionnant à la lumière (je dis bien "lumière" Cédric) psychanalytique. Il ouvre de nouveaux horizons. Comme quoi, militer n'est pas forcément limiter... Bonne année à tous.
* Maitre renard si tu y tiens cédric! ;)
On y croit, on y croit!
J'aurais du ajouter "ne dis rien toi aussi Cédric"
* Gabriel, je me suis mal exprimée. Moi ce que je trouve peu pertinent c'est psychanalyser l'auteur à la lumière des oeuvres, comme si elles n'avaient pas leur fin en soi. Je préfère penser qu'elles valent par elles-mêmes. Je suis un peu remontée contre ça en effet puisque en ce moment, avec mon mémoire sur E.A.Poe, je trouve une quantité incroyable d'ouvrages qui focalisent sur la perte de la mère, la mort de l'épouse, tout ça. C'est certes pertinent, mais l'oeuvre n'est pas analysée pour elle-même et finalement on considère davantage l'hommme plutôt que l'auteur, ce qui n'est pas lui rendre justice.
Et bonne année à tous! ;)
En l'occurence je suis d'accord avec toi. Mais je parlais de la texte-analyse qui applique les principes de la psychanalyse au texte et uniquement au texte, indépendamment de l'auteur.
Mais oui Gabriel, j'ai compris, c'est pour ça que j'ai voulu expliciter ma pensée... ;)
'ttention Céline, si tu laisses Cédric t'appeler "maîtresse" ça va finir en cuir tout ça !
Quoi, cette remarque est tout à fait déplacée et ne va pas du tout avec le contexte psychanalytique super poussé? Chuis fatiguée moi, c'est pour ça.
Et un bon écrivain est un écrivain mort, ça me fait mourir de rire, en référence à Sébastien avec sa variante sur les collégiens !
Je trouve pas que ta remarque soit déplacée, Prawn...puisque j'avais moi-même pleinement conscience de l'ambiguité du terme et je l'ai utilisé exprès pour voir ce que ça provoquerait, c'était peut-être un peu déplacé de ma part mais je trouvais ça drôle...mais la réponse recadra les choses : "Maitre renard si tu y tiens cédric!"...sauf que maître renard, je trouve ça pas drôle ;-)...alors pour l'instant, à défaut de mieux, je continue de t'appeler 'Céline', Céline... :-)
En tout, avec un Renard et Une crevette, on va bientôt se sentir en pleine nature sur ce blog :-)...ce qui n'est pas pour me déplaire...
* Ehhh moi je trouve ça très drôle Maitre Renard, et je donne des coups de bottes en cuir aux fesses de ceux qui ne sont pas d'accord! ;)
* Ah oui Prawn, tu veux sans doute parler des trolls hargneux et affamés qui nous passaient par bande de douze entre les pattes pour aller à la cantine? Mais pourquoi il disait ça le Crabe (=Séb)? ;)
* Animaux de tous les pays, unissez-vous! ;)
Oula, hé bien si tu donnes des coups de bottes en cuir, alors je suis d'accord avec toi : en effet, c'est très drôle 'Maître Renard' !! ;-)
Et pourquoi pas une petite variante : "Maître Renarde " ? Ça vous va maître ?
Et voilà !!! Tu es très forte Céline... Même avec la psychanalyse, tu parviens à faire glisser les gens sur des thèmes à "périphrases" !!! Et ne me dis pas que tu n'y es pour rien... On revient toujours à ses premières amours ;-)
En tout cas, bonne année à toi !!
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=194973&pid=3556184
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :