Ce livre vient juste de sortir et je l’ai acheté. Je l’ai même lu. Je répète : il est vieux d’à peine quelques mois, et je l’ai achetémarilyn et lu. Ceux qui me connaissent savent. Pour moi un bon écrivain est un écrivain mort.

Non ce n’est pas vrai. C’était juste pour voir vos têtes.

En réalité, mon étagère d’ « A lire » est en train de s’écrouler. Façon de parler car mon étagère est une bibliothèque. Donc je ne lis pas ce qui sort et reçoit de tonnes de prix simplement parce que chez moi, tout le monde doit faire la queue. Même Kundera.

Mais là, ce n’est pas pareil. C’est sur Marilyn. Et en sa qualité de béguin number 2, elle est passée devant tout le monde, et même de façon tout à fait légale. Vous voyez Disneyland : tout le monde doit faire la queue pour le Space Mountain, mais certains ont droit à ce qu’on appelle un « Fast pass » (=droit de passer devant tout le monde en ricanant un peu). Là c’est la même chose.

Passons aux choses sérieuses : le pitch.

Le pitch : (celui de l'éditeur, mea culpa, mais je le trouve bien fait...)
Trente mois durant, de janvier 1960 au 4 août 1962, ils formèrent le couple le plus improbable : la déesse du sexe et le psychanalyste freudien. Elle lui avait donné comme mission de l'aider à se lever, de l'aider à jouer au cinéma, de l'aider à aimer, de l'aider à ne pas mourir. Il s'était donné comme mission de l'entourer d'amour, de famille, de sens, comme un enfant en détresse. Il voulut être comme sa peau (hum pas terrible la métaphore, même s'il se rattrape après), mais pour avoir été la dernière personne à l'avoir vue vivante et la première à l'avoir trouvée morte, on l'accusa d'avoir eu sa peau. Telle est l'histoire. Deux personnes qui ne devaient pas se rencontrer et qui ne purent se quitter. Des mots noirs et des souvenirs blancs. Dans la lumière adoucie d'un cabinet de psychanalyste se redit la dernière séance de Marilyn.

Ce livre est plutôt paradoxal. En effet, il nous montre à la fois Marilyn et Norma Jean. Marilyn, parce qu'il présente son histoire comme un film : tout commence par l'image mystérieuse d'une belle femme morte, allongée sur son lit, et on remonte le temps, comme dans certains films. Marilyn ressemble aussi étrangement à l'héroine de Billy Wilder, Norma Desmond du « Boulevard du Crépuscule », ancienne très grande actrice qui sombre dans la solitude et la folie. Et en effet, « comme les cheveux de Marilyn, ce roman – ces romans emmêlés – est vraiment faux ».
Et en même temps Norma Jean : l'auteur nous montre derrière la ravissante idiote la jeune femme qui lisait Joyce, avait un regard critique et désabusé sur le cinéma, l'amour, la vie et surtout sa vie. On entend ses propres mots, on lit des extraits de ses lettres. La conscience très claire qu'elle avait du manque de sens de sa vie et de l'impossibilité de lui en donner un, du fait du regard de l'autre la réduisant à une fille « sexy », est quelque chose de tout à fait terrifiant. L'enfer c'est les autres, comme dirait l'autre.
Et cette schizophrénie est au fondement même de la tragédie.

De la même façon, le livre prend la forme quelque peu factice d'une enquête policière pour découvrir non pas qui, mais qu'est-ce qui a tué Norma Jean Baker. Les médicaments? Ses amours malheureuses? Son extrême solitude? Le refus qu'elle avait de s'identifier à Marilyn Monroe tout en l'incarnant? Un cocktail explosif avec une pincée d'un peu tout? Cette enquête se nourrit d'éléments réels  (comme son passé d'actrice pornographique) comme fictionnels (les moments où elle sort déguisée), et parfois aussi à la limite des deux. Difficile de déceler le vrai du faux, mais on s'en fout car « seule la fiction donne accès au réel ».
Et en effet, ce livre nous offre à travers Marilyn un regard sans complaisance sur l'univers du cinéma, de la politique, du monde de l'analyse et aussi sur les relations humaines. Ce regard nous aide à comprendre le regard injecté de sang, le teint terne, les cheveux morts de la Marilyn de la Dernière Séance de Bert Stern.
- mais pourquoi vouloir filmer en noir et blanc, demanda Marilyn au metteur en scène (John Huston – the Misfits)
- Parce que avec tes yeux injectés de sang, tes capillaires éclatées par la dope on n’aurait pas pu tourner en technicolor même si j’en avais eu l’intention et le budget. Ne prends pas ça mal et ne va pas te faire une autre rasade de pilules. Je ne t’aimerai pas plus morte ! Les névrosés suicidaires m’ont toujours tapé sur les nerfs. Tuez-vous si vous devez vous tuer mais n’emmerdez pas les autres…

(Sympa)
A ce niveau, ce livre a valeur de documentaire, à travers le fourmillement de détails qu'il nous donne sur cette société.

Sa construction est également digne d'intérêt.  L'auteur nous présente chapitre par chapitre des fragments de vie qui paraissent comme éclatés et souvent comme n'ayant pas de rapport entre eux : « une suite d'images brisées parcourue de reflets à contresens » qui au final forment les touches d'un tableau, se complètent, se fondent, tout comme l'existence de Norma Jean Monroe. De plus, ces chapitres sont extrêmement courts et se succèdent très rapidement, ce qui donne le sentiment d'une course. Et ici d'une course à la mort.

Mais évidemment, comme c'est Marilyn qui m'intéresse, j'ai eu envie d'arrêter ma lecture à la page 437, le moment où elle disparaît. Après tout, je serais restée dans l'ambiance, car elle ne finissait jamais de livres.Les états d'âmes de Ralph Greeson, voilà quoi.  Mais bon, en sage lectrice je l'ai fini, péniblement.

Au final, même si ça peut faire « Hollywood stories », même si l'écriture n'est pas toujours à la hauteur, j'ai lu ce livre avec beaucoup de respect, de tendresse et de tristesse.

Je ne peux pas m'empêcher :

Elton John – Candle in the wind. (Lui aussi, il avait tout compris!)
Goodbye Norma Jean
Though I never knew you at all
You had the grace to hold yourself
While those around you crawled
They crawled out of the woodwork
And they whispered into your brain
They set you on the treadmill
And they made you change your name
And it seems to me you lived your life
Like a candle in the wind
Never knowing who to cling to
When the rain set in
And I would have liked to have known you
But I was just a kid
Your candle burned out long before
Your legend ever did
Loneliness was tough
The toughest role you ever played
Hollywood created a superstar
And pain was the price you paid
Even when you died
Oh the press still hounded you
All the papers had to say
Was that Marilyn was found in the nude
Goodbye Norma Jean
From the young man in the 22nd  row
Who sees you as something as more than sexual
More than just our Marilyn Monroe